Face au durcissement du droit d'asile proposé par le gouvernement, il faut s'interroger plus en profondeur sur les enjeux fondamentaux de cette révision. Car bien au delà du droit d'asile, ce référendum est un combat pour la justice et la solidarité.
Nous vivons dans un monde difficile, et les réfugiés sont un peu les ambassadeurs de ce monde qui va mal et que nous préférerions ne pas voir. Nous avons ainsi négligé d'écouter ce que nous disaient les réfugiés de la Kosove depuis le début des années nonante, et l'office fédéral des réfugiés a continué de prononcer des renvois en minimisant la situation. Notre gouvernement est même allé jusqu'à négocier avec les criminels de guerre serbes pour les convaincre de reprendre ceux qui avaient fuit l'oppression, comme nous avons négocié avec les nazis, il y a exactement soixante ans, pour qu'ils inscrivent un « J » dans les passeports des juifs avant que nous puissions mieux les identifier et les refouler. C'est cette politique de l'autruche, menée par la Suisse et par toute l'Europe, qui nous a empêché d'agir à temps pour éviter l'éclatement de la guerre en Kosove. Et Monsieur Koller fait preuve du cynisme le plus total lorsqu'il invoque l'urgence pour freiner les arrivées, maintenant que la violence en Kosove fait augmenter le nombre des réfugiés.
Dans cette société en crise, où bien des personnes sont désécurisées, il est très facile de désigner les réfugiés comme des boucs émissaires, et certains politiciens de la droite nationaliste ne se privent pas de flatter des tendances xénophobes qui ne demandent qu'à se réveiller. Là encore, la dramatisation voulue par Arnold Koller est irresponsable. Ceux qui se laissent tenter par certains raisonnement à courte vue devraient se rendre compte que la restructuration globale qui est en cours et qui se fait toujours sur le dos des plus fragiles ne produit pas que des réfugiés. Ceux-ci ne sont que des exclus parmi d'autres : chômeurs, sans droits et autres laissés pour compte de notre société. Abandonner l'idée de solidarité à l'égard des réfugiés, c'est déjà nous préparer à laisser tomber tous les exclus de notre société. Car une société qui se sera habitué à rester indifférente à l'égard des uns sera aussi une société impitoyable à l'égard des autres.
Renier le droit d'asile, c'est renier une part de notre humanité.
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