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Non entrée en matière (NEM) et aide d'urgence

"... Je ne sais pas où loger. J'ai encore un tout petit peu d'argent, de quand on m'a donné la dernière assistance avant de me sortir. Je soir je vais dans les bars, là où on peut entrer, parfois je reçois un verre d'eau, parfois rien. Le matin tôt, je m'achète un billet de bus, je prends le premier bus, pour dormir. Je m'installe pour dormir jusqu'au terminus. Chaque matin. Peut-être que vous me verrez. Je m'appelle Sam."

 

 

 

 

 

 


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Vaud
Aide d'urgence pour les déboutés
Graves atteintes à la dignité

Paru dans Vivre Ensemble n° 118 (juin 08)
(consultation en ligne des articles de VE)

Depuis le 1er janvier 2008, les déboutés de la procédure d'asile sont soumis au même régime d'aide d'urgence que les personnes frappées de non-entrée en matière (NEM). Les mouvements de défense des réfugiés alertés par la mise en place de cette aide ont mis sur pied en mars 2008, une permanence d'accueil à Lausanne dans une Maison de quartier proche du centre d'aide d'urgence du Simplon. Cette initiative a également soulevé un grand intérêt du côté du centre d'aide d'urgence de Vennes, destiné aux hommes seuls. Des informations ont pu ainsi être recueillies sur les conditions de vie dans les centres. Alors que l'EVAM (Etablissement vaudois d'accueil des migrants, ex-FAREAS) conteste l'ensemble des reproches qui lui ont été adressés, un groupe de dix-huit députés vaudois de divers bords politiques a visité le 20 mai, deux centres accueillant des requérants d'asile déboutés et des personnes frappées de NEM. Ils y ont découvert des conditions de vie "spartiates", admissibles pour quelques semaines, mais "inhumaines sur la durée".

Les récits des premiers déménagements forcés ont montré les violences symboliques que représentent le fait de devoir quitter un logement devenu souvent un lieu de refuge pour des personnes ayant fui des persécutions, et l'obligation d'abandonner meubles et objets quotidiens.

Un régime de liberté surveillée
Dans les centres, les personnes déboutées sont encadrées par des agents de sécurité de sociétés privées, qui les fouillent régulièrement à l'entrée, et qui semblent bénéficier d'une grande liberté dans l'application - ou non - du règlement, déjà très restrictif. Comme cela a été concrètement vérifié, et contrairement aux dénégations de l'EVAM, les visites et l'apport d'aide par des bénévoles sont extrêmement restreints. Dernièrement, une femme ayant besoin d'une transfusion sanguine a été mise en danger, car un surveillant a refusé d'appeler une ambulance pour l'amener à l'hôpital. Le respect de la dignité personnelle n'est pas garanti dans ce régime semi-carcéral: les personnes à l'aide d'urgence se plaignent de tracasseries, de brimades, voire de coups.

Une nourriture peu variée
Les repas aux centres de Vennes et de Vevey sont servis à des heures fixes et aucune exception n'est autorisée même en cas de force majeure. Alors que l'EVAM prétend le contraire, la nourriture en quantité restreinte n'est pas variée et peu saine, et ne semble pas correspondre aux critères d'équilibre alimentaire. De plus, des résidents ont rapporté qu'à quelques reprises, des "barquettes" étaient de mauvaise qualité. Bien que les régimes ou habitudes alimentaires ne soient pas respectés, les résidents n'ont pas la permission de disposer de leurs propres condiments, y compris de sel ou poivre.

L'eau potable n'est disponible qu'aux WC, ce qui est vécu comme quelque chose d'avilissant. Par ailleurs, il n'y a aucune possibilité réelle pour les mamans du centre du Simplon de réchauffer le biberon d'un bébé pendant la nuit et dans la chambre: l'EVAM affirme qu'il leur suffit de s'adresser aux agents de sécurité, mais l'expérience a montré que l'accueil réservé par ces derniers à ce genre de demande est franchement décourageant.

Mise en danger pour la santé
Quoi qu'en dise l'EVAM, on constate que la mauvaise nourriture et son manque de variété causent des troubles fréquents et persistants. Le stress, la peur, la solitude et la promiscuité sont à l'origine de dépressions graves ou d'actes de violence. L'accès aux soins est difficile et les actes médicaux sont décidés par le personnel des centres. On a pu constater que des médicaments et même des tranquillisants sont distribués par des infirmières sans avis du médecin. La consommation de "cachets" est énorme et entraîne une dépendance.

Absence de vie privée
Les affaires personnelles sont séquestrées et seulement le strict minimum décidé par les autorités est toléré. L'espace privé disponible est restreint à un lit et une petite armoire. Les chambres ne sont pas fermées à clef. La promiscuité est difficilement soutenable, et des bagarres éclatent, sans que la police ne soit appelée. Par contre, le sommeil des personnes est souvent dérangé par des visites et des fouilles intempestives des agents de sécurité. Les centres ne sont pas équipés pour assurer une hygiène personnelle normale. L'eau chaude pour les douches n'est pas toujours suffisante ou disponible. Le chauffage a été arrêté pendant plusieurs jours à Vennes pendant des jours de grand froid.

Dans les centres, pas d'accès non plus aux journaux ou à Internet. Les émissions de télévision sont limitées aux chaînes suisses. A Vennes, le choix d'une chaîne est géré par l'agent de sécurité. Enfin, pas d'accès aux transports publics. Depuis Vennes, les personnes déboutées doivent se rendre à pied en ville, même pour se rendre aux rendez-vous obligatoires et très fréquents du Service de la population (SPOP) ou pour des visites médicales.

Affaire à suivre
Lors de leur visite, les députés du Grand Conseil ont ainsi pu voir par eux-mêmes que les faits dénoncés n'étaient pas de simples affabulations, contrairement à ce que laissaient entendre le Conseiller d'Etat Leuba et l'EVAM. Le thème va donc être traité prochainement au parlement, tandis que les mouvements de défense et les personnes concernées continuent à rassembler des informations du terrain. Sûr que l'on va encore reparler de l'aide d'urgence dans le canton de Vaud !

Christophe Tafelmacher

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Aide d'urgence
L'exclusion de l'assurance maladie viole le droit
Des malades laissés à l'abandon

Paru dans Vivre Ensemble n° 118 (juin 08)
(consultation en ligne des articles de VE)

L'affaire a été rondement menée. Le 5 mars, une conférence de presse dénonçait l'exclusion de l'assurance maladie de la plupart des déboutés placés à l'aide d'urgence. Françoise Kopf nous présentait ce dossier dans notre dernier numéro. Moins de deux mois plus tard, le Directeur de l'Office fédéral de la santé publique le confirme: il y a problème: "Les faits que vous relatez dans votre courrier me surprennent et m'inquiètent… l'assurance-maladie (est, ndlr.) obligatoire pour toute personne domiciliée en Suisse… et je ne vois aucun motif qui justifierait une pratique dérogeant aux règles de la LAMal". Affaire réglée ? Pas vraiment. Car tout montre que les cantons, qui devraient payer, vont trainer les pieds en piétinant le droit. Françoise Kopf nous montre ici les conséquences pour les personnes concernées dans le canton de Soleure. (réd).

En juillet 2005 (la pratique illégale d'exclusion de l'assistance existe depuis 2004 pour les personnes frappées de non-entrée en matière), un requérant à l'aide d'urgence se plaint de douleurs "derrière son œil en verre" et de "brûlures à l'autre œil". Il est myope et a cassé ses lunettes. Il s'adresse donc au service social cantonal et demande un rendez-vous chez l'oculiste. Le responsable l'envoie d'abord chez le généraliste Dr. B. Celui-ci se contente de lui donner un flacon de gouttes homéopathiques et le renvoie.

Deux semaines plus tard, Monsieur G. se plaint toujours de douleurs. Il a l'œil rouge et larmoyant. IGA-SO insiste auprès des autorités cantonales pour qu'il obtienne un rendez-vous chez un oculiste. Les autorités délèguent au médecin cantonal la compétence de décider si oui ou non, ce requérant à l'aide d'urgence peut consulter un spécialiste. C'est finalement non. Motif: "Monsieur G. refuse de donner le nom du médecin qui lui aurait placé la prothèse oculaire dans un centre hospitalier de Lucerne; d'ailleurs le docteur B. doute que la prothèse lui ait été mise en Suisse; je recommande donc de renoncer à tout traitement, tant que Monsieur G. n'aura pas donné le nom du médecin de Lucerne".
Nous sommes scandalisés: les requérants d'asile déboutés n'ont à Soleure jamais accès à leur dossier médical et Monsieur G, ne sait vraiment pas le nom de l'oculiste du centre hospitalier dans lequel on lui a implanté un oeil en verre en 2003, avant qu'il ne soit exclu de l'aide sociale et de l'assurance.

Une aide médicale bénévole
Nous prenons alors l'initiative de l'envoyer chez une amie, spécialiste en médecine interne, qui accepte de faire une anamnèse à titre bénévole: il s'avère que la mère de Monsieur G. souffre d'une maladie héréditaire conduisant à la cécité. Le patient, déjà borgne et myope, craint de devenir aveugle. La doctoresse nous annonce que Monsieur G. doit impérativement être examiné par un spécialiste et l'envoie derechef chez un collègue oculiste, qui travaillera lui aussi sans honoraires. Le spécialiste retire la prothèse et constate que les cicatrices de la cavité oculaire sont irritées. Monsieur G subit un examen complet de la vue. Il a droit à une paire de lunettes (dont la monture est offerte par un opticien) et à un traitement médical anti-inflammatoire.
Voilà à quoi en sont réduits les requérants à l'aide d'urgence: trouver des médecins bénévoles parce que le canton n'assume pas ses obligations. Détail piquant, l'oculiste qui connaît bien l'Afrique (où il travaille deux mois par an) confirme que l'oeil de verre de Monsieur G a bel et bien été implanté en Suisse, comme il le disait !

En insistant beaucoup…
De 2004 à 2008 les problèmes d'accès aux soins sont restés les mêmes. Début mars 2008, nous attendons Madame I. à la permanence. Comme elle ne vient pas au rendez-vous fixé, nous lui téléphonons. Au bout du fil, un filet de voix à peine audible: elle est au fond du lit depuis une semaine, avec quarante de fièvre; elle a mal quand elle respire, des difficultés de déglutition; elle a bien téléphoné au médecin, mais celui-ci "est désolé mais ne peut plus la recevoir, car les frais d'un traitement ne sont plus couverts depuis qu'elle a été privée d'assurance maladie".
Vu l'état de santé de la malade nous avertissons (fermement) par téléphone le médecin que la patiente sera amenée sur le champ à son cabinet, et que s'il refuse de l'examiner, nous le dénoncerons à la Fédération des médecins suisses (FMH) pour non assistance à une personne en danger. La patiente a été examinée le jour même par le praticien, et mise sous antibiotiques, pour une angine et une bronchite sévères. Son état s'est rapidement amélioré et les autorités cantonales ont tout de même pris en charge tous les frais du traitement.

Pas d'urgence, pas de soins
Plus récemment Madame Z. souffre depuis la mi-avril de douleurs à une main. Informée par les autorités qu'elle n'a plus d'assurance-maladie et qu'elle ne sera soignée qu'en cas d'urgence. Madame Z. "attend que ça passe". Au fil des jours, les douleurs empirent, un doigt enfle et devient "tout rouge". Elle se décide donc à appeler le médecin chargé de soigner les requérants domiciliés dans la commune. L'assistante médicale lui explique poliment "que selon les directives cantonales, seuls les cas d'urgence peuvent être traités ce qui n'est probablement pas son cas, puisqu'il s'agit d'une main". De toute façon, Madame Z. "doit impérativement demander une autorisation de consulter au responsable cantonal du service social, sans feu vert des autorités cantonales, aucun traitement n'est possible". Après quelques essais infructueux Madame Z. finit par renoncer. Par chance nos interventions dénonçant l'exclusion de l'assurance commencent à avoir de l'effet. Notre demande de réaffilier Madame Z. à l'assurance-maladie vient d'aboutir, et la patiente a été prise en charge le jour même. Elle est actuellement soignée pour une infection qui partant d'un doigt, a fini par s'étendre à une partie de la main. Mais il aura fallu une multitude de démarches, pour guérir sa main.

Françoise Kopf - IGA Soleure

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Aide d'urgence
Pas de couverture médicale pour les déboutés
L'Etat de droit à la dérive

Paru dans Vivre Ensemble n° 117 (avril 08)
(consultation en ligne des articles de VE)

Depuis le premier avril 2004, les requérants d'asile frappés d'une décision de non-entrée en matière (NEM) ont été exclus de l'assurance maladie obligatoire, en même temps qu'ils étaient exclus de l'aide sociale. Ils n'ont, depuis lors, plus le droit qu'à des "soins médicaux d'urgence".Ces mesures "d'économie", proposées initialement par les cantons et l'Office fédéral des réfugiés [aujourd'hui Office fédéral des migrations (ODM)] dans un rapport du 9 mars 2000, sont maintenant appliquées à tous les requérants faisant l'objet d'une décision de renvoi exécutoire. Considérées comme "des personnes en situation de séjour illégal", ces déboutés n'ont en effet plus droit qu'à une aide d'urgence très limitée. Paradoxe: ces mêmes autorités qui leur reprochent de rester illégalement en Suisse sont elles-mêmes en pleine illégalité lorsqu'elles suppriment leur couverture médicale.

Se basant sur un avis de droit de l'Office fédéral de la justice, les auteurs du rapport du 9 mars 2000 avaient eux-mêmes reconnu qu'"une restriction des prestations médicales pour le groupe de personnes concerné implique… obligatoirement l'exclusion de ces personnes du système de l'assurance-maladie obligatoire. [Mais que] la loi sur l'assurance-maladie (LAMal) stipule l'égalité de traitement des personnes soumises à l'obligation d'assurance". Le rapport du 9 mars 2000 concluait ainsi à la nécessité de modifier l'article 3 LAMal, qui règle cette question.

Cette disposition n'a cependant pas été modifiée. Son texte est parfaitement clair: toute personne domiciliée en Suisse est soumise à l'obligation de s'assurer, le domicile étant défini comme le lieu de résidence effectif d'une personne au sens du Code civil. Une directive de l'Office fédéral des assurances sociales a rappelé en 2002 que cette disposition s'appliquait également aux personnes sans autorisation de séjour, comme les sans-papiers. Il n'existe ainsi aucune base légale justifiant une restriction des prestations médicales ou l'exclusion de l'assurance-maladie obligatoire des requérants déboutés. Pourtant la grande majorité des cantons exclut l'ensemble ou une bonne partie de ces "illégaux" de l'assurance-maladie obligatoire, et leur refusent les soins médicaux ordinaires. Certains à l'instar des cantons de Soleure et de Zurich ont même inscrit ces mesures dans leur législation.

Cas d'urgence uniquement
Selon le Conseil d'Etat soleurois, "les personnes en situation de séjour illégal n'ont par définition pas de domicile en Suisse". Pour le gouvernement zurichois "les assurer reviendrait à leur signaler indirectement que leur présence est tolérée et ne serait pas en conformité avec la volonté du législateur fédéral". D'autres comme Berne n'ont pas légiféré sur la question. Les Offices de prévoyance sociale se contentent d'informer les personnes concernées ou les médecins par des lettres stéréotypées. Les directions de la sécurité sociale des cantons de Soleure et de Berne ont annoncé par une circulaire à tous les médecins et hôpitaux que les personnes concernées perdaient leur assurance maladie de base et n'avaient droit à des soins médicaux qu'en cas d'urgence. Aucun des documents mentionnés ne fait référence à la LAMal et le malaise des cantons est palpable.

Responsabilité rejetée
L'auteur de la circulaire bernoise, interrogé par un juriste sur la légalité des mesures prises a répondu un peu embarrassé, que l'Office de prévoyance "ne faisait que relayer les directives du Service cantonal de migration". Le directeur de ce service, interrogé quelques jours plus tard par un journaliste invoque "une situation juridique peu claire, et une divergence de vue entre l'Office fédéral des migrations et l'Office fédéral de la santé: son service partage le point de vue de l'Office fédéral des migrations", dit-il. Interrogé sur la base légale fondant le point de vue de l'ODM, il n'a pu répondre. Et pour le porte-parole de l'ODM, "la responsabilité en incombe aux cantons."

Violation de la loi
Selon l'ancien chancelier de la Confédération Fançois Couchepin, "les faits constatés constituent, une violation de la loi fédérale sur l'assurance maladie. Bien plus, ils constituent une violation du principe de l'Etat de droit, voulu par le peuple suisse lorsqu'il a adopté les articles de la Constitution qui précisent ce principe". L'article 36 al 1 stipule que "toute restriction d'un droit fondamental doit être fondée sur une base légale. Les restrictions graves doivent être prévues par une loi." et l'article 46 al 1 dit que "les cantons mettent en œuvre le droit fédéral conformément à la Constitution et à la loi."

Mesure dissuasive
Il ne s'agit pas d'une simple erreur administrative. Les dispositions du droit fédéral étaient claires dès le début. Le projet d'exclure les requérants déboutés de l'assurance-maladie obligatoire et de restreindre leur droit à des soins médicaux, qui faisait partie de l'arsenal de mesures sociales restrictives censées les pousser à quitter la Suisse, n'aurait jamais dû voir le jour. Le fait que nos autorités cantonales et fédérales aient osé passer outre et qu'elles appliquent des dispositions illégales depuis quatre ans sans être inquiétées, est significatif du peu de considération dont jouissent les requérants et est de nature à ébranler sérieusement la crédibilité de notre Etat de droit.

Françoise Kopf

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Aide d'urgence
NEM en terre vaudoise
De la mise en boîte

Paru dans Vivre Ensemble n° 112 (avril 07)
(consultation en ligne des articles de VE)

Comme chacun sait, les personnes frappées d'une décision de non-entrée en matière (NEM) sur leur demande d'asile et dont le renvoi est entré en force n'ont plus droit à l'aide sociale depuis le 1er avril 2004. En lieu et place, la Constitution fédérale ne leur garantit plus qu'un strict minimum, communément appelé "l'aide d'urgence".

On ne s'attardera pas sur le fait que cette aide urgente dure pour certains depuis plus de deux ans et demi. Dans le canton de Vaud, elle consiste à regrouper les hommes célibataires dans un centre collectif d'hébergement à Lausanne. Les dortoirs sont équipés de lits métalliques superposés, en tout et pour tout. On n'y trouve même pas une table de nuit. Inutile d'essayer de brancher une radio, il n'y a pas d'électricité dans les prises. De toute façon le règlement interne interdit les équipements télévisuels, radiophoniques et autres faiseurs de bruit.

Pas de vie privée
La consigne est d'ailleurs qu'aucun effet personnel ne peut rester dans les dortoirs. Tout doit rentrer dans une armoire individuelle (160x80x80 env.) placée dans le couloir, dont les agents de sécurité ont un double de la clé, au cas où le besoin de perquisition se ferait sentir… sans mandat judiciaire bien sûr. Ces gens-là n'ont de toute façon pas besoin de vie privée. Ce luxe n'est pas compris dans "l'aide d'urgence". Outre que les dortoirs ne peuvent pas être fermés à clé, les agents de sécurité du centre les visitent à intervalles réguliers de jour comme de nuit. Les visites sont interdites, de toute façon, quand on doit quitter la Suisse, on n'a plus besoin ni de vie sociale, ni de vie intime. Pour la satisfaction des besoins personnels par exemple en matière de communications, transports ou même, loisirs pourquoi pas, aucun poste d'assistance n'est prévu.

Juste de quoi survivre
En clair, quand on est frappé d'une décision de non-entrée en matière sur sa demande d'asile, et frappé de l'interdiction de travailler qui va avec, on n'a pas droit au moindre argent de poche. Il faut vivre d'air frais, de nuits de sommeil, et de nourriture emballée sous vide (un plat en général à base de riz le soir, un sandwich à midi) servie à heures fixes au réfectoire, sur présentation du bon délivré à 17 heures. A quoi bon de l'argent de poche ? Pour les autorités, ces personnes n'ont plus qu'une chose à faire: quitter la Suisse.

Karine Povlakic

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Monitoring NEM: un bilan atterrant

19% des personnes dont la décision de non-entrée en matière (NEM) est passée en force depuis le 1er avril 2004 ont quitté la Suisse dans le cadre d'un départ contrôlé. C'est le chiffre que mentionne en passant le dernier rapport de monitoring NEM, du 1er mars 2007. Avant d'exclure de l'aide sociale et de pousser dans la clandestinité les victimes de NEM, les statistiques officielles enregistraient toujours au moins 30% de départs contrôlés. Vous avez dit autogoal ?
Le rapport officiel se garde bien de mettre en exergue cette perte de contrôle de l'exécution des renvois. Une analyse attentive montre par ailleurs que plus de 20% de ceux qui se résignent à demander l'aide d'urgence ont été interpellés par la police durant le trimestre en question (200 sur 880 personnes). Pour un seul trimestre (on n'ose imaginer ce qu'il en est en statistique annuelle), c'est un taux sans précédent, qui montre bien à quel point l'aide d'urgence ne permet pas de vivre dignement.
Bien qu'ils aient été augmentés de 660 fr. à 1800 fr, les forfaits fédéraux ne permettent même pas aux cantons de couvrir les frais de cette aide minimaliste. Au troisième trimestre 2006, le découvert se montait à 3 millions. Jusqu'à quand le ton lénifiant des rapports de l'Office fédéral des migrations (ODM) va-t-il abuser les responsables politiques ?

Yeb

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Suisse allemande
Centres d'urgence pour NEM
La logique de la dissuasion

Paru dans Vivre Ensemble n° 111 (février 07)
(consultation en ligne des articles de VE)

Le régime d'aide d'urgence imposé aux personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) vise à déshumaniser l'individu. Tout est fait pour leur rendre le séjour invivable et les pousser à disparaître dans la clandestinité, comme le montrent les exemples ci-dessous relevés en Suisse allemande, où les personnes frappées de NEM et les requérants déboutés de la procédure d'asile sont placés dans des "centres d'urgence" ou "centres minimaux" (Minimalzentren). Petit tour des lieux dans les cantons de Berne et Soleure.

Le canton de Berne, pionnier en la matière, avait déjà concrétisé le principe d'assignation à un territoire (art. 13e LSEE) bien avant l'entrée en vigueur de la loi au 1er janvier 07, en ouvrant deux centres d'urgence, l'un sur le col du Jaun en juin 2004 et l'autre qui lui a succédé en 2005, sur l'alpage du Stafelalp: "Si notre choix s'est porté sur le Col du Jaun", expliquait la Cheffe de l'Office de la population lors d'une conférence de presse le 7 juin 2004, c'est notamment parce que cette solution "(...) n'incite pas à s'attarder en Suisse." Et que : "D'autres personnes vont l'utiliser également. Il s'agit de personnes qui ont activement empêché leur renvoi ou qui dissimulent leur identité et qui n'ont pas encore fait l'objet d'une décision de refus d'entrer en matière…".

L'abri PC du Jaun
Un des journalistes présents le décrit ainsi dans le Journal du Jura du 8 juin 2004: "A l'extérieur, des grillages ont été installés afin que le lieu soit un peu isolé, et pour protéger les requérants d'éventuels importuns. (...) Les gens sont répartis dans des chambres de quatre à douze personnes (...) les requérants ne touchent pas d'argent liquide, mais des prestations en nature. Ce sont des bons qu'ils peuvent échanger contre de la marchandise au kiosque tenu par l'ORS (Organisation pour mandats spéciaux et en régie SA) qui gère le centre (…)". Très peu de requérants s'y rendirent; d'autres s'enfuirent, telle une mère avec une petite fille de deux ans qui vint chercher de l'aide à... Soleure ! Une jeune femme fut hospitalisée, suite à une grève de la faim.

Sur l'alpage
A l'abri de protection civile du col du Jaun fermé en novembre 2004, succéda le centre d'urgence du Stafelalp. En 2005, les NEM et d'autres personnes désignées comme des "NIKOS", abréviation de "Nichtkooperativ", ont été logés dans une ancienne colonie de vacances isolée, située sur l'alpage de Stafelalp. Dans ce centre, comme auparavant dans celui du Jaun, les requérants ont été cantonnés dans un périmètre de 2 km autour du centre, avec interdiction formelle de franchir ces "frontières". Le centre de Stafelalp plus fréquenté que celui du Jaun était considéré comme "trop attractif" pour les autorités, et la durée moyenne de séjour des NEM (52 jours) trop longue. Il fallait trouver autre chose. En janvier 2006, le centre fut fermé et les NEM ont été réintégrés dans un centre de transit. Ils ne touchent pas d'argent mais ont droit à trois repas par jour. Ils s'y déplacent plus librement, du moins à pied. Mais le fait qu'ils ne disposent d'aucun pécule pour payer les transports publics restreint leur liberté de mouvement aux alentours et dans la commune de Lyss où est situé le centre.

Soleure ne fait pas mieux
Depuis mai 2006 (auparavant ils bénéficiaient d'aide en espèce et aucun hébergement n'avait été mis à leur disposition), les "NEM" soleurois sont logés dans le centre d'accueil pour requérants d'asile situé sur la montagne du Balmberg, mais ils n'y sont pas nourris. Ils y touchent 8 fr. par jour pour leur entretien, versés sur place tous les jeudis par le responsable du centre. Le contrôle de présence est journalier et ceux qui s'absentent perdent leur pécule pour les jours d'absence, voire leur droit à l'hébergement en cas de récidive. Les occupants n'ont pas le droit d'y accueillir des amis pour la nuit. Le visiteur externe doit demander une autorisation au responsable (qui lui est parfois refusée sous divers prétexte) pour y entrer.

Là-haut sur la montagne !
Le lieu est isolé. On y trouve trois téléskis et un restaurant, mais aucun magasin, si bien que les requérants frappés de NEM sont obligés d'utiliser l'autobus circulant de Soleure au Balmberg (prix du billet aller et retour: 11 fr. !) pour faire leurs achats et se procurer le nécessaire. Si les requérants d'asile encore en procédure, également logés dans ce centre, bénéficient de tickets de bus gratuits, ce n'est pas le cas des personnes frappées d'une NEM. Ils n'ont le droit de consulter un médecin qu'en cas d'urgence et c'est un des responsables du centre, sans formation médicale, qui prend la décision. Depuis quelques mois, les NEM doivent débourser quelques centimes pour des comprimés: antidouleurs, aspirine etc. (obtenus gratuitement auparavant) distribués sur place par le préposé à la pharmacie.

Une stratégie efficace
Le régime drastique, l'isolement et le nombre de descentes de police qui les terrorisent fait qu'au bout de quelques semaines, les NEM soleurois "disparaissent" dans la clandestinité. La méthode, il faut le reconnaître, est efficace et la stratégie de découragement sur laquelle l'Office des réfugiés (actuellement l'Office fédéral des migrations) avait misé dans un rapport de mars 2000 pour se débarrasser des indésirables, a l'air de se réaliser. Les six NEM qui sont encore au Balmberg ne pèsent pas lourd, en regard des centaines de ces "disparus volontaires", soumis dans les centres d'urgence "à une pression psychique insupportable" au point qu'ils ont préféré la clandestinité. Beau résultat pour un pays qui se vante d'être un Etat de droit.

Françoise Kopf

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Zürich "dynamise" ses NEM !

Depuis l'été 2005, le canton de Zürich a trouvé une formule inédite pour à la fois inciter ses NEM à quitter la Suisse et pour entraver toute velléité de se solidariser entre compagnons d'infortune. Il a instauré un système de rotation continue, qu'il a appelé "Dynamisierung".
Les personnes frappées d'une NEM, répartis dans cinq centres, doivent faire leur balluchon tous les mercredis et se rendre à l'office des migrations pour y faire renouveler une sorte de "papier d'identité" valable une semaine, attestant de leur condition de NEM. Cette démarche effectuée, ils doivent se rendre au service social cantonal, qui leur indique leur nouveau domicile pour la semaine. Comme les NEM zürichois ne touchent qu'une aide hebdomadaire de 60 francs sous forme de bons Migros, que leurs lieux d'habitation sont éloignés du centre ville, ils se font régulièrement amender dans les transports publics pour avoir resquillé. Actuellement les femmes et les enfants ne sont pas (encore) "dynamisés".

Tiré du bulletin augenauf, décembre 2006

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NEM
Monitoring de l'ODM
La grande mystification

Paru dans Vivre Ensemble n° 104 (septembre 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Une fois de plus Christoph Blocher aura réussi à bluffer son monde en présentant le dernier rapport de "monitoring" relatif aux non-entrées en matière (NEM). Un rapport qui s'arrête opportunément au 31 mars 2005, alors que les chiffres se dégradent de trimestre en trimestre, notamment au niveau des charges financières des cantons.

Pour Blocher, le 80% des cas, soit tous ceux qui ne sollicitent pas l'aide d'urgence sont à classer parmi les départs. C'est bien sûr faire l'impasse sur le passage à la clandestinité en Suisse même. Le vrai chiffre des départs se trouve caché à la page 10 du rapport: sur une année, les cantons n'ont touché le forfait d'exécution du renvoi que pour 115 personnes, alors qu'ils avaient la charge de renvoyer plus de 9'440 ! Le taux de départs contrôlés, qui était jusqu'en 2004 de l'ordre de 30%, s'effondre donc à 1% pour les victimes de NEM, qui sont désormais systématiquement poussés dans la clandestinité. Impossible bien sûr de savoir si beaucoup passent à l'étranger. Mais l'adhésion de la Suisse à l'accord de Dublin entraînera tôt ou tard leur retour, puisque cet accord a justement pour but d'empêcher le passage dans un autre pays.

Côté délinquance, c'est le même bluff qui fait dire à Blocher que le taux de criminalité n'a pratiquement pas augmenté. Avec le passage de 3,1% à 7,4% pour les infractions touchant aux stupéfiants et au patrimoine, cela fait tout de même un accroissement de 140%, qui aurait fait hurler au loup en d'autres temps.

Tour de passe-passe
Quant à l'argument selon lequel la politique dissuasive de Blocher a fait diminuer le nombre des demandes infondées, ce qui se traduit par une augmentation du taux d'admission, c'est là encore une farce. Un grand nombre de ceux qui ont obtenu l'asile en 2004/2005 étaient arrivés bien avant le changement de régime en cas de NEM. Et s'il y a plus de décisions positives, c'est que la baisse des arrivées oblige les autorités fédérales à s'occuper enfin de dossiers complexes, mais souvent bien motivés, que l'administration avait jusqu'ici laissés au fond d'un tiroir. On a ainsi vu des décisions d'octroi de l'asile prises après treize ou quatorze ans !

En fin de compte, le seul véritable "succès" de Blocher est à chercher dans la baisse des nouveaux arrivants, qui est nettement plus forte en Suisse qu'en Europe. Réussir à faire peur à ceux qui voudraient demander protection à la Suisse, c'est tout de même une victoire un peu paradoxale pour un homme chargé d'appliquer le droit d'asile.

Yves Brutsch

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NEM
Aide d'urgence
Quel coût réel ?

Paru dans Vivre Ensemble n° 104 (septembre 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

La Confédération peut certes se targuer d'avoir limité les dépenses sur l'asile depuis l'entrée en vigueur de la politique de NEM, grâce à la diminution de l'enveloppe budgétaire allouée aux cantons. Mais sur le terrain, la réalité n'est pas la même. Les gouvernements cantonaux sont obligés de mettre la main dans le porte-monnaie pour arrondir les déficits budgétaires, parfois importants. Quasiment tous les cantons sont concernés, indépendamment des frontières linguistiques.

Romands, Alémaniques et Tessinois sont logés à la même enseigne. Le dernier rapport de monitoring de l'Office fédéral des migrations paru en juillet relève qu'il n'y a plus que 5 cantons qui n'enregistrent pas de déficit: "Après s'être légèrement contractés au 4ème trimestre 2004, les coûts de l'aide d'urgence (frais de santé compris) sont repartis à la hausse au cours de la période sous revue (1er trim. 05, ndlr.). Par ailleurs, le nombre de cantons dont les dépenses d'aide d'urgence par personne dépassent le forfait de 600 francs prévu par la Confédération est passé de 10 à 14 au 1er trimestre 2005 (et même à 21 en comptabilisant les effectifs RT (personnes frappées d'une décision de NEM entrée en force avant le 1er avril 04, ndlr.)".

Tansfert aux cantons
Largement bénéficiaire jusque-là, le bilan des coûts fait ressortir un déficit à la charge des cantons de plus de 2 millions de francs, rien que pour les trois premiers mois de l'année. Tout porte à croire que les coûts ne vont cesser d'augmenter. En clair, la politique des NEM ne fait que transférer les charges de la Confédération sur les cantons. Et encore, les différents rapports de monitoring précisent que moins de 20% des personnes frappées par une décision de NEM sollicite une aide d'urgence.

En plus de cette organisation logistique autour des personnes frappées de NEM, il y aura forcément une augmentation des coûts liés à la sécurité et aux frais de justice, il suffit de songer au coût d'une journée de détention. Au cours du 1er trimestre 05, les services de police ont interpellés 1'433 personnes frappées d'une NEM, dont 874 (61%) pour motif de séjour irrégulier.
Et au-delà des coûts matériels, qui pourra évaluer les coûts humains de ce gâchis.

Manuel L. Hiol

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Première victoire !

Le 15 juin dernier, un arrêt du Tribunal administratif vaudois a invalidé le règlement cantonal sur l'aide d'urgence pour les requérants dont la demande d'asile a fait l'objet d'une décision de NEM. Dans l'attente d'une nouvelle base légale qui fixera les modalités de l'aide d'urgence aux personnes touchées par une NEM, le Conseil d'Etat a décidé leur réintégration dans les structures de la fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile (FAREAS). C'est dans ce contexte que les locaux du centre de premier d'accueil des "casernes" dans le Nord vaudois ont été réhabilités pour accueillir provisoirement les NEM célibataires. Le centre d'hébergement de la Fareas en dessous de la gare ferroviaire de Lausanne, lui a été ouvert aux familles de NEM.

M. L. Hiol

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NEM
Racisme d'état et désordre juridique
Tout et n'importe quoi

Paru dans Vivre Ensemble n° 104 (septembre 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Plus d'une année après l'entrée en vigueur des mesures excluant de l'aide sociale les requérants dont la demande a fait l'objet d'une non-entrée en matière (NEM), les organisations sur le terrain sont confrontées non seulement aux problèmes humains créés par leur précarisation extrême, mais également aux pratiques de certains fonctionnaires cantonaux, qui semblent avoir jeté par dessus bord certains principes de droit.

Dans le canton de Soleure, tous les Noirs, supposés être à la fois des dealers et des "illégaux" sont victimes de "contrôles ciblés", c'est à dire saisis à la gorge, puis menottés et fouillés au corps par des unités de la police cantonale en civil, patrouillant dans les rues, les gares, les lieux publics et même les bistrots. Du coup, deux restaurants soleurois, gênés par ces descentes de polices intempestives et spectaculaires ont carrément interdit l'entrée de leurs établissements à des personnes noires.
A la suite d'un de ces "contrôles ciblés", un Sierra Leonais suspecté de trafic de drogue s'est vu interdire par la police cantonale de séjourner sur tout le territoire du canton de Soleure. Les soupçons étaient infondés, le rapport de police le confirme. Pourtant, la police des étrangers a maintenu la sanction prononcée par la police cantonale alléguant que "pour les illégaux noirs, le soupçon suffisait", mais comme il s'agissait d'un NEM, attribué par l'Office des migrations (ODM) au canton de Soleure, il était tout de même difficile de lui en interdire l'accès. La police des étrangers a dû rectifier le tir et limiter le périmètre interdit… aux villes de Soleure et d'Olten !

Racket policier
Les NEM noirs qui tombent entre les mains de la police sont doublement pénalisés: en plus des "contrôles ciblés" en raison de la couleur de leur peau, ils se voient systématiquement confisquer la quasi totalité de leur aide d'urgence à titre d'amende "pour délit de séjour illégal", ainsi que leur natel (s'ils en possèdent un) et le cas échéant leur abonnement de train "voie 7" qu'ils ont pu s'acheter lorsqu'ils bénéficiaient encore de l'aide sociale.
En confisquant l'aide d'urgence remis aux NEM par leurs collègues de l'Office cantonal de sécurité sociale, la police cantonale boycotte le jugement du Tribunal fédéral du 18 mars dernier (voir V-E no 102, avril 05, p. 9), qui stipule que "l'aide d'urgence doit être accordée sans condition aux personnes concernées et ne peut en aucun cas être supprimée ou réduite." Et du même coup, ils poussent leurs victimes à se procurer illégalement l'argent dont ils auront besoin pour se nourrir et se loger. L'action policière est ensuite légitimée formellement par fax par le juge d'instruction de service, sur un simple coup de fil de la police. Une procédure pénale est ouverte débouchant sur des condamnations à des peines de prison ou/et à des amendes pour "délit de séjour illégal".

Fondement contesté
Selon certains juristes, les condamnations des étrangers sans papiers qui ne quittent pas la Suisse reposent sur un fondement juridique incertain. Ainsi le procureur du canton de Zürich a recouru avec succès contre une amende infligée à un NEM pour "infraction à la loi sur le séjour et l'établissement des étrangers en suisse" par un juge d'instruction du district de Bülach.

Système absurde
En définitive, les mesures absurdes imaginées par un appareil bureaucratique qui tourne dans le vide ne servent qu'à rendre la vie insupportable et à criminaliser encore plus les personnes frappées de NEM et dans la foulée, les Noirs aux yeux de la population. Et les personnes en quête de protection, qui bien souvent ont fui des pays à régimes totalitaires, se retrouvent avec stupéfaction confrontées à des pratiques qui leur rappellent celles en vigueur dans leurs pays d'origine. Des procédés qu'elles peinent à concevoir de la part d'autorités et d'administrations d'un Etat de droit qui abrite le Haut commissariat aux réfugiés et qui a, ou plutôt avait, à leurs yeux la réputation d'un pays "des droits de l'homme".

Françoise Kopf

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Condamnations à répétition !

L. originaire du Soudan a été attribué au canton de Soleure, après une décision de NEM entrée en force le 6 août 04. Ce canton n'offrant aucune structure d'hébergement à "ses" NEM, L. se déplace fréquemment, à la recherche d'un coin où dormir. Contrôlé une première fois le 13 octobre 04 par la police cantonale bâloise, il y est condamné pour "délit de séjour illégal" à une amende de 250 francs. Le 11 janvier 05, il quitte une structure d'accueil bernoise pour se réfugier chez un prêtre à Bâle-ville. Manque de chance, il est contrôlé par la police deux fois le même jour: à son départ de Berne et à son arrivée à Bâle. S'ensuivent deux nouvelles condamnations pour "séjour illégal".
Comme L. n'a pas d'adresse et que les juges sont débordés, ce n'est que le 3 juin, lorsqu'il se présente à Soleure pour chercher son aide d'urgence, qu'il reçoit les procès-verbaux des trois condamnations: l'ardoise se monte à 850 francs. Avec à la clé, une condamnation supplémentaire provenant d'un juge soleurois qui le condamne également "pour séjour illégal". L. se retrouve donc avec une dette de 1'430 francs, dont il ne pourra jamais s'acquitter étant au régime de l'aide d'urgence et sous le coup d'une interdiction de travail. Ce qui pour tous les protagonistes était clair dès le début.

F.K.

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NEM
L'aide d'urgence
Un alibi pour justifier l'injustifiable ?

Paru dans Vivre Ensemble n° 103 (juin 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Dans notre dernier numéro (voir V-E no 102, avril 05, p. 9), nous avons salué la décision du Tribunal fédéral (TF) du 18 mars, interdisant au canton de Soleure de priver de l'aide d'urgence un requérant frappé d'une non-entrée en matière (NEM) et qui affirmait ainsi qu'il n'est pas possible pour un canton de supprimer l'aide d'urgence sans violer la Constitution fédérale. L'article 12 de cette dernière dit: "Quiconque est dans une situation de détresse (...) a le droit d'être assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine". Si le Tribunal fédéral a interdit de laisser mourir de faim les personnes concernées, il est resté évasif sur le contenu du concept de "dignité humaine", se contentant de fixer une limite inférieure à ne pas franchir, tout en justifiant un durcissement pour des raisons politiques: "les prestations peuvent être minimales, pour éviter une incitation à rester. Elles doivent garantir notamment l'intégrité physique"*. Et malgré cet arrêt du TF, sur le terrain la situation empire.

Les "NEM" soleurois vivent l'expérience douloureuse de leur destruction progressive. Etre frappé de non-entrée en matière à Soleure signifie que vous n'avez pas droit à un logement, mais à une aide d'urgence de 21 francs par jour, qui permet de se nourrir mais pas de se loger (aucune structure d'accueil à bas prix n'existant dans le canton). Aide que vous obtiendrez sur demande à l'Office cantonal de sécurité sociale, chaque quinze jours, entre 9 et 10 heures. De surcroît, si vous vous présentez au guichet pour obtenir cette aide, vous courez le risque d'être arrêté pour séjour illégal.

Sous pression constante
Dans la rue, vous courez le même risque. La police cantonale contrôle les salles d'attente des gares, les lieux publics, les parcs, les foyers de requérants. Vous pouvez être arrêtés ou amendés, pour "délit de présence" ou pour "violation de domicile" si les policiers vous ont trouvé dans un foyer de requérants, en flagrant délit de prendre une douche, de partager un repas ou d'y passer la nuit. Vous vous voyez alors confisquer l'intégralité de votre aide d'urgence. Si vous récidivez en vous obstinant à rester en Suisse, les montants des amendes s'élèveront à plusieurs centaines de francs, dépassant largement la modeste somme que vous avez dans votre porte-monnaie. Si vous ne pouvez vous acquitter de l'amende, vous ferez de la prison. Dans tous les cas, une enquête pénale est ouverte. Vous comparaîtrez devant le juge, à condition que vous soyez encore là dans les deux mois qui suivent et que vous receviez la convocation, ce qui ne va pas de soi, comme vous n'avez plus d'adresse. Si vous avez la chance de posséder un portable enregistré au nom d'un citoyen suisse ou d'un étranger résidant, l'appareil, supposé volé, vous sera confisqué.

Une situation sans issue
Si vous tentez de vous réfugier dans des cantons réputés plus humains (surtout en Romandie) ou dans des grandes villes, vous dépenserez en billets de train deux fois le montant de l'aide d'urgence journalière pour un allez simple à Genève, par exemple. Si vous resquillez, vous risquez une nouvelle amende.

Une réalité brutale
A mes yeux de témoin et aux yeux des premiers concernés, "l'aide d'urgence" ainsi conçue est une gigantesque supercherie, un alibi destiné à masquer une réalité brutale, un acte de barbarie commis en violation non seulement de la Constitution, mais aussi du droit international: les traitements dont font l'objet les "NEM" soleurois s'apparentent à des traitements inhumains et dégradants. L'absence de logement, le manque de soins médicaux, (ils n'ont droit qu'aux soins d'urgence), la malnutrition, le harcèlement par la police souvent accompagné de violences et d'injures de type raciste, et surtout le déni de leur identité individuelle rendent les gens malades physiquement et psychiquement, conduisent à des états dépressifs provoquant parfois des psychoses aiguës: lors de notre dernière rencontre hebdomadaire, nous avons accompagné deux personnes aux urgences, dont une a été admise en hôpital psychiatrique.

Une existence digne ?
Si le canton de Soleure est un des plus dur, la palette des systèmes cantonaux d'aide d'urgence existant ailleurs en suisse - logement dans des abris de protection civile, des bâtiments vétustes, des centres d'urgence isolés dans la montagne (Berne), nourriture insuffisante, préemballée sous plastique, bons de repas, manque de structure d'accueil, etc. - ne répond pas non plus aux critères de ce que chacun d'entre nous, s'il devait y être soumis, oserait appeler des conditions conformes à une existence digne.

Françoise Kopf

* Jugement du TF du 18 mars 2005, p. 17, traduction libre

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Aide d'urgence
Les parlementaires violeront-ils leur serment ?
TF: les "NEM" ne sont pas sans droit

Paru dans Vivre Ensemble n° 102 (avril 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Le 18 mars, par trois voix contre deux, le Tribunal fédéral (TF) a rendu un arrêt qui fera date, en interdisant au canton de Soleure de priver d'aide d'urgence un requérant d'asile dont la demande avait fait l'objet d'une non-entrée en matière. Cette aide minimale est inconditionnelle tant qu'il se trouve dans une situation d'indigence. Elle n'est pas limitée dans le temps, ni liée à une "collaboration".

Le président a précisé que le montant de cette aide d'urgence, (21 francs par jour pour le logement, la nourriture et les autres besoins, selon le règlement soleurois), ne peut en aucun cas être réduit ou supprimé, sous peine de mettre l'existence même du requérant concerné en danger. Le président de la Cour a fait remarquer que ce montant n'était pas vraiment attractif, étant donné les coûts élevés de la vie en Suisse. Le canton a signalé qu'il respecterait la décision du TF, mais sur le terrain les choses sont encore difficiles: le problème du logement n'est pas résolu, il n'y a toujours pas de structure d'hébergement à disposition.

Une clarification indispensable
Ce jugement a provoqué une tempête, mais il a contribué à clarifier la situation: il est avéré désormais que les propositions du Conseil des Etats, avalisées par le Conseil fédéral, sont inconstitutionnelles. Reste à savoir si la majorité des parlementaires acceptera de voter une loi anticonstitutionnelle, violant ainsi leur serment solennel de parlementaires "Je jure devant Dieu tout puissant d'observer la Constitution et les lois et de remplir en conscience les devoirs de ma charge" (art. 3 loi sur l'Assemblée fédérale).

Reste aussi une question: que serait-il arrivé sans l'extraordinaire engagement de notre amie Françoise Kopf, cheville ouvrière de l'association IGA-SOS Racisme à Soleure, et de l'avocat Peter Niederöst, co-président de Solidarité sans frontières ? Et que se passe-t-il pour tous les requérants des autres cantons qui ne parviennent pas à trouver de tels appuis ?

Vivre Ensemble

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Non-entrée en matière
Recours au TF pour obtenir l'aide d'urgence
Soleure va faire jurisprudence

Paru dans Vivre Ensemble n° 101 (février 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Au début octobre, le canton de Soleure décidait de supprimer progressivement toute aide d'urgence aux requérants d'asile victimes d'une non-entrée en matière, entrée en force. Grâce à une exceptionnelle mobilisation des membres de l'association IGA SOS Racisme, une des rares structures en Suisse alémanique à défendre les NEM tant sur le terrain que sur le plan juridique, la suppression de cette "aide à la survie", qui avait été confirmée le 16 novembre par le tribunal administratif soleurois, a été contestée auprès du Tribunal Fédéral (TF) le 17 décembre. Ce dernier ordonna immédiatement le rétablissement provisoire de l'aide. (réd.)

Ceci a amélioré quelque peu la situation des quinze personnes, dont la plainte est déposée au Tribunal Fédéral. On verra ce que sera la décision finale. Mais pour tous les autres, la galère continue: en dépit de la décision du TF, le canton continue de couper les vivres à tous les "NEMS" qui ont bénéficié pendant quelques semaines de l'aide d'urgence, ignorant superbement la décision du TF. Comme si l'égalité de traitement n'existait pas...
Et le pire est, que d'un point de vue formel, dans l'ordre juridique helvétique, chaque personne faisant l'objet d'une telle décision doit recourir individuellement pour obtenir gain de cause. C'est la seule possibilité d'enrayer le processus.

Travail à la chaîne
Hargneuse, se sentant désavouée, l'administration cantonale continue donc à produire ses décisions d'exclusion de l'aide d'urgence, qui tombent toutes les semaines à un rythme soutenu et touchent de plus en plus de personnes.
Nous nous effectuons donc un "travail à la chaîne": la personne, munie d'une décision de "Nothilfestopp", nous l'amène; nous déposons un recours au Tribunal administratif (TA), suivant les voies de droit indiquées. Le Tribunal administratif ne juge plus, se bornant à rétablir, à contrecœur, l'effet suspensif aux mesures administratives en raison de la décision du TF. Et les personnes concernées "récupèrent" ainsi - provisoirement - leur aide d'urgence, car le Tribunal administratif ne perd pas l'espoir que dans sa décision finale, le TF lui donne raison.

Remise sur les rails
De notre côté, nous remettons sur les rails toutes les personnes victimes de cette stratégie et qui viennent à notre "réunion-brunch-consultation juridique" des mardis matin. Celles-ci sont de plus en plus nombreuses, en moyenne une quarantaine de personnes par semaine. Dont beaucoup de "nouveaux" arrivants et quelques "nouvelles" (les femmes sont également mises à la rue) qui s'étaient terrés jusque là et qui, contactés et informés par leurs compagnons d'infortune de l'existence de ces réunions et de notre action, ont repris un peu espoir...

Digne de Kafka
Parmi eux, beaucoup ont "raté le coche", le service social s'étant bien gardé de les informer des possibilités de recours existantes et des délais pour contester la décision de stopper l'aide d'urgence. Pour ceux-là, il faut tout recommencer: demande d'aide sociale pour obtenir un cas de refus formel, puis recours au tribunal administratif, etc. Une situation kafkaïenne, qui nous force: d'une part à recourir immédiatement contre les nouvelles décisions de suppression, afin que le tribunal administratif rétablisse le plus vite possible l'effet suspensif, et d'autre part à remettre sur les rails toutes les personnes frappées d'une NEM pour lesquelles aucune procédure n'avait pu être engagée...

Françoise Kopf

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La traque aux "NEM"

Pendant que les voies de "droit" déploient lentement, trop lentement leurs effets, les gens désespèrent, ont froid, sont arrêtés puis relâchés pour "délit de présence" ou, amendés pour "resquille dans les transports publics" mais également pour "délit de séjour illégal".

A peine sortis du service social cantonal qui leur attribue chaque semaine leur pécule (21 francs par jour) les "NEM" qui ont eu la chance de le récupérer par voie judiciaire (TF + TA-SO), ou qui le touchent encore pour quelques semaines, se le font fréquemment confisquer par des policiers soleurois, bernois, bâlois, etc. Les montants touchés servant ainsi à payer l'amende pour délit de séjour illégal. Amende dont le montant varie au gré du preneur et du contenu du porte-monnaie de la personne amendée: de 400 francs à 50 francs, c'est selon...

Traqués à l'intérieur d'un pays qu'ils ne peuvent quitter sans papiers et sans argent, se déplaçant (souvent en resquillant, faute de moyens) dans le canton et dans les cantons avoisinants à la recherche d'un coin pour dormir, d'où ils sont chassés souvent brutalement par des policiers ou des "assistants sociaux" particulièrement zélés qui contrôlent les quelques foyers pour requérants encore ouverts, les exclus de l'asile ne peuvent se reposer nulle part et se trouvent pris dans une logique d'errance et de marginalité.

Drôle de jeu du chat et de la souris que nous jouons là. Mais ici, il ne s'agit pas d'un jeu: les" NEM" ne peuvent pas dire "pouce".

F. Kopf

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Non-entrée en matière
Premier bilan de l'exclusion de l'aide sociale
La survie au quotidien

Paru dans Vivre Ensemble n° 100 (décembre 04)
(consultation en ligne des articles de VE)

Depuis premier avril 2004 la Suisse coupe les vivres et jette à la rue les requérants d'asile qui ont reçu une décision de non-entrée en matière (NEM), soit à peu près un tiers des demandeurs (voir Vivre Ensemble no 97 et 98). Quelques mois plus tard, le bilan est déjà dramatique, notamment dans le canton de Soleure, où l'association IGA SOS Racisme fait un remarquable travail de solidarité. (Réd.)

Comment vivent les nouveaux "clandestins" de Soleure ? L'aide d'urgence, qui a été accordée pendant quelques semaines aux premiers déboutés soumis à ce système, s'est limitée à 8 francs par jour pour la nourriture, l'hygiène et les vêtements (montant dégressif pour les familles: soit 17 francs pour 4 personnes !). Quant au logement, l'aide accordée (13 francs par nuit) n'a jamais correspondu à un quelconque minimum vital, le canton de Soleure ne disposant d'aucune structure d'accueil adaptée à ce tarif. La structure d'urgence mise en place, une baraque de chantier retapée pour l'occasion, a été fermée quelques semaines après son ouverture. Seules deux personnes y ont eu accès.

Une dégradation programmée
Avec l'arrivée du froid et du mauvais temps, les conditions de survie des personnes fragilisées physiquement et psychologiquement après quelques mois ou semaines de "clochardisation" se sont sérieusement dégradées.
Ce d'autant plus que Soleure a supprimé progressivement l'aide d'urgence aux personnes concernées: celles-ci sont donc actuellement dans la rue, sans aucun moyen de subsistance. D'ici fin décembre, plus personne ne touchera un sou, sauf décision contraire du Tribunal fédéral. Le Tribunal administratif cantonal ayant le 10 octobre, contrairement à celui de Berne, cautionné la suppression de toute aide en cas de collaboration insuffisante à l'organisation du renvoi.

Un dénuement inhumain
Les déboutés de la procédure et de l'accueil sont donc toute la journée "en route". "Il faut bouger pour se réchauffer", disent-ils. Les directeurs des centres et des foyers d'hébergement ont l'ordre non seulement de les empêcher d'y passer la nuit, mais aussi d'en empêcher l'accès de jour: des personnes nous ont raconté que même une demande de pouvoir y prendre une douche, d'aller aux toilettes, de partager un repas chaud avec les autres requérants, se heurtait à un refus strict.
Impossible pour eux de se reposer la nuit. Certains nous ont dit dormir sur une chaise dans des bars où ils restent jusqu'à la fermeture, se remettant en route au petit jour.

Où dormir ?
D'autres attendent que les veilleurs de nuit des centres d'hébergement soient partis, vers minuit, puis frappent aux fenêtres des centres (il s'agit souvent de baraques avec des fenêtres à hauteur d'homme), où des requérants compatissants les laissent entrer. Pour ne pas se faire surprendre, ils quittent le centre à cinq heures du matin, reprenant leur errance. S'ils sont repérés, ils sont accusés de violation de domicile et arrêtés.
Certains sont hébergés par des privés qui courent le risque d'être amendés pour motif "d'héberger des illégaux". Un grand nombre de personnes dorment dans les toilettes des petites gares, à même le sol, entre minuit et cinq heures du matin, heures où les trains locaux ne circulent plus. D'autres passent la nuit sous les auvents d'écoles où ils sont au moins à l'abri du vent, mais pas du froid.

Une situation d'indigence
De plus en plus de personnes frappées d'une NEM sont amendées pour n'avoir pas payé les transports publics ou pour "délit de présence" sur le sol helvétique et cumulent ainsi des dettes qu'elles ne pourront jamais payer. Une partie des personnes concernées ne possède pas de vêtements suffisamment chauds et presque toutes n'ont plus de possibilités de faire la lessive ou se doucher. Nous avons constaté que certains n'ont même plus de chaussettes !
La faim tenaille
La plupart des personnes frappées de NEM que nous rencontrons une fois par semaine souffrent fréquemment de crampes, de maux de ventre et disent avoir faim. S'il leur est impossible de se faire la cuisine, faute d'hébergement et de moyens, il leur est tout aussi impossible de prendre un repas chaud dans un restaurant, faute d'argent.
Tous sont extrêmement fatigués, épuisés moralement et physiquement, et leur résistance est fortement affaiblie. Beaucoup toussent. Une personne victime du froid a dû être hospitalisée.

Victime d'actes racistes
Il faut constater que l'immense majorité des personnes frappées de NEM sont originaires du continent africain. Or, les personnes originaires d'Afrique sont particulièrement exposées aux regards et aux attaques de groupes racistes et partant, courent des dangers certains en vivant dans la rue. Trois Africains frappés de NEM ont été contrôlés par des policiers en civil et fouillés au corps: ils ont dû se déshabiller jusqu'au slip en pleine ville de Soleure.
Quelques jours plus tard, deux d'entre eux ainsi qu'un requérant d'asile encore en procédure, ont été arrêtés pour délit "de séjour illégal". Ils ont passé vingt heures en prison, sans nourriture ni boisson. Même pas une tasse de thé. Lorsqu'ils ont demandé à manger, il leur fut répondu: "vous mangerez en Afrique".

Des cas non isolés
Un journaliste congolais a été giflé en pleine rue par un citoyen helvétique, la gifle a été accompagnée d'une injonction raciste: "Sale Africain, rentre chez toi". A une heure avancée de la nuit, un jeune Guinéen expulsé de son logement et errant dans les rues d'Olten fut passé à tabac par une bande de jeunes, ceux-ci tentèrent de le jeter dans l'Aar. Il ne doit sa vie qu'à l'intervention d'un automobiliste arrivé opportunément. La situation est également dramatique dans les autres cantons: selon des personnes frappées de NEM venant de Lucerne, il y aurait une centaine de personnes à la rue dans le canton de Lucerne et celles-ci n'auraient reçu aucun renseignement concernant leur droit à l'obtention de l'aide d'urgence. Elles ont été mises à la porte sans autre forme de procès et sans un sou.

Françoise Kopf

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Coup de gueule
Le droit d'asile sous contrôle !

Ouf, magnifique, beau travail: "les décisions de non-entrée en matière se sont multipliées, avec un effet dissuasif attendu pour 2004". C'est le bilan "positif" des activités de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), présenté en janvier 2004 par son directeur sortant: presque 8'000 personnes ont reçu une décision de non-entrée en matière et, de fait, n'ont pas eu accès à une procédure d'examen, sur un total de 27'000 qui ont demandé protection à la Suisse.

Depuis le 1er avril, une fois la décision de non-entrée en matière entrée en force, les requérants changent de statut et deviennent des "immigrants illégaux", par un tour de passe-passe juridique. Ce qui logiquement parlant est erroné: ces personnes ont demandé asile et protection, qu'elles ne l'aient pas obtenu ne change rien au fait qu'elles restent des "demandeurs". Exclues du système d'aide sociale réservé aux autres requérants, les personnes frappées d'une NEM se retrouvent depuis à la rue.
Pour ne pas violer trop ouvertement la Constitution, garantissant "une vie digne" à toute personne se trouvant sur le territoire helvétique, les cantons sont tenus de leur accorder une aide d'urgence, c'est à dire une assistance matérielle, bien en dessous des barèmes d'assistance en vigueur pour les autres requérants, dont rappelons-le, les normes sont déjà de moitié inférieures aux normes calculées pour tous les autres groupes de la population.

But visé: leur disparition
Comble de l'absurde, après en avoir fait des indigents et des sans-domicile fixe, les privant à la fois de ressources financières, de domicile et de leur "identité" par la confiscation de leur livret de requérant, l'Etat les enjoint "de quitter la Suisse par leurs propres moyens". Sachant pertinemment qu'ils ne peuvent franchir légalement les frontières sans argent et sans papiers d'identité. Plus qu'un retour dans leur pays, le traitement infligé aux "NEM" vise à la "disparition" de ces personnes dans la clandestinité, ici ou ailleurs.

Stigmatisation des requérants
La mise à la rue de milliers de personnes humaines n'a guère rencontré de grandes résistances. Si cela a été possible, c'est que les requérants d'asile ont été les victimes, depuis des années, d'un discours politico-administratif stigmatisant et malveillant, trop souvent relayé par une grande partie des médias. Le poison insidieusement répandu a fait son oeuvre, les requérants, tous permis confondus sont des indésirables, des profiteurs, voire des personnes dangereuses dans l'imaginaire populaire. Et tout au bas de l'échelle, les plus visibles d'entre eux, les Africains, qui constituent le groupe le plus important parmi les personnes frappées de "NEM", est aussi le plus impopulaire sur lequel se focalise l'attention. Alors même que parmi les requérants, ils sont peu nombreux.

Traitements indignes
Envers ce groupe-là, aujourd'hui, tout semble possible et tacitement permis: arrestations et menottage en pleine rue, fouilles au corps humiliantes dans l'espace public, brutalités policières à répétition et confiscation de leurs biens (téléphones portables) présupposés d'office volés. Le processus d'élimination virtuelle (renvoi dans la clandestinité) est dangereusement proche de l'élimination physique: exposer sciemment des personnes au froid, à la faim, à des agressions racistes peut conduire à la maladie ou même à la mort.

Respecter les droits des personnes
Si l'expérience en cours avec une petite minorité de la population réussit, nous risquons tous gros. Ce qui a marché pour un groupe pourra être appliqué à d'autres "inutiles ou indésirables". Dans l'immédiat, ce sont les requérants qui vivent en Suisse parfois depuis de nombreuses années malgré une décision d'asile négative, qui sont menacés.
Il faut non seulement stopper la machine, mais revenir en arrière. Très vite. Se souvenir que le droit d'asile est destiné à protéger et non pas à éliminer, et que le respect des droits de l'homme pour tous est au fondement de la paix sociale et la condition première de l'existence d'un Etat de droit démocratique.


Françoise Kopf

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Le Monitoring de l'ODR

Face à la réalité qui commence à apparaître, l'ODR a choisi la fuite en avant et la désinformation. Dans un premier rapport d'évaluation publié le 26 octobre 2004, il critique la mise sur pied de structures d'urgence trop importantes, susceptibles selon lui d'augmenter la demande et de mettre ainsi en péril l'objectif déclaré d'économie. Il fait également l'impasse sur les effets - dévastateurs - pour les personnes concernées. On sait cependant qu'une première version de ce rapport a été expurgée de ses passages les plus critiques. Très habilement, l'évaluation livrée à fin octobre ne portait que sur la pratique d'avril à juin, à un moment où l'exclusion de l'aide sociale venait tout juste de commencer et ne s'appliquait pas encore à un grand nombre de requérants.

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Une exclusion planifiée de longue date

Les mesures décidées dans le cadre du programme d'allègement budgétaire 2003 trouvent leur origine dans le rapport "incitations financières dans le domaine de l'asile" publié le 9 mars 2000 et élaboré par un groupe de travail dirigé conjointement par l'ancien directeur de l'ODR Jean-Daniel Gerber et la Conseillère d'Etat UDC zurichoise Rita Fuhrer. Objectif: trouver "des mesures destinées à amener des améliorations systémiques" et "freiner la progression des dépenses" dans la "gestion de l'asile".
Dans ce rapport, les mesures testées actuellement sur le groupe des NEM, étaient initialement prévues pour toutes les personnes déboutées. Le processus ayant fait son chemin l'élargissement au "groupe cible" prévu initialement doit être discuté au Parlement l'an prochain.
Comme le montre ce rapport, le projet d'économie basé sur l'exclusion du logement et de l'aide sociale tablait, dès l'origine, sur l'entrée dans la clandestinité des personnes visées. "L'effet probable direct de l'imposition de l'anonymat serait une accélération des départs non-contrôlés et des disparitions. Ces dernières sont actuellement déjà très nombreuses (environ 12'000 en 1999) et verraient probablement leur nombre s'accroître de quelques centaines de cas par an" (Rapport du 9.3.2000, p. 11).

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Non-entrée en matière
Canton de Vaud
La difficile organisation des NEM

Paru dans Vivre Ensemble n° 99 (septembre 04)
(consultation en ligne des articles de VE)

Suite aux nouvelles dispositions en vigueur depuis le 1er avril concernant les personnes frappées d’une décision de non-entrée en matière (NEM) (voir VE no 98, p. 4), plusieurs personnes, partis et associations actives sur le canton de Vaud, regroupés sous le nom de «Carrefour NEM», se rencontrent pour tenter de leur venir en aide.

Les actions publiques organisées dans le courant du printemps ont débouché sur un débat au Grand Conseil et sur l’adoption d’une résolution invitant le Conseil d’Etat à améliorer la situation des victimes de NEM. Un signe heureux en ces temps difficiles pour les réfugiés ! Toutefois, une telle résolution n’est pas contraignante pour le gouvernement, et le travail de pression doit continuer pour qu’elle porte des effets concrets sur le terrain. C’est ainsi qu’une lettre a été adressée au Conseil d’Etat de la part du Carrefour NEM, et qu’une pétition a été mise en circulation pour demander à la fois le respect des dispositions constitutionnelles s’agissant de l’assistance à apporter aux personnes frappées d'une non-entrée en matière, et l’abolition des nouvelles dispositions légales entrées en vigueur le 1er avril 2004.

Mobilisation
A côté de cela, une association de demandeurs d’asile, l’Association des requérants Fareas Yverdon-Les-Bains (ARFY), s’est créée pour tenter d’organiser les victimes de NEM. Petit à petit, le travail porte ses fruits et des dizaines de personnes gardent un contact minimal. Pour le moment, ce sont avant tout les «anciens cas», soit des personnes séjournant depuis quelque temps sur territoire vaudois et ayant reçu une décision de NEM avant le 1er avril 2004, qui se montrent intéressés à cette association.
Une grande méfiance est cependant constatée, car les victimes de NEM se sentent trahies par les autorités. A ceci s’ajoutent la crainte d’être arrêté par la police, et, bien entendu, les énormes difficultés à affronter pour se loger et se nourrir. La structure mise en place par le canton, un abri de protection civile immédiatement surnommée «le Bunker» par ses usagers, connaît un taux d’occupation en hausse, mais nombreuses sont les personnes qui craignent de s’y rendre ou qui se plaignent des mauvaises conditions d’hébergement. Un représentant de l’ARFY qui a voulu visiter les locaux s’est vu refuser l’entrée... Quant à la scandaleuse norme des deux repas par jour, elle a été contournée par les surveillants de l’abri PC, qui ne supportaient plus la vision des personnes affamées devant les portes: une possibilité de se restaurer à midi a été ainsi organisée.

Dans le plus complet désarroi
Les besoins exprimés par les personnes mises à la rue sont élémentaires autant qu’urgents: besoin de se loger et de se nourrir, mais aussi besoin de relations, de contacts, de chaleur humaine. Arrachées de leurs appartements, de leur centres FAREAS (Fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile), de leurs emplois, ces personnes se retrouvent brutalement dans une impasse, sans possibilité d’élaborer un projet. Pour espérer les regrouper et élaborer avec elles des actions collectives, il faut d’abord organiser une réponse à ces besoins-là.

Des gens largués
Le contact est beaucoup plus difficile avec les personnes qui arrivent au centre d’enregistrement (CERA). Aucune des associations du Carrefour NEM n’a de lien avec celles-ci. Les problèmes de compréhension et de maîtrise de l’information sont immenses.
De plus, les victimes de non-entrées en matière sont assignées à résidence au CERA pendant dix jours, entre la réception de la décision et son entrée en force; ce délai peut être réduit si elles renoncent par écrit à leur droit de recours. Comme les perspectives de succès sont faibles, les gens concernés sont d’autant plus tentés par cette renonciation qu’ils supportent mal cette assignation à résidence. Ils sortent alors plus rapidement du CERA mais se retrouvent aussi plus vite perdus en Suisse où ils ne disposent, en général, d’aucun réseau. On les voit d’ailleurs errer à la gare de Vallorbe, ne sachant où aller et n’ayant pas compris les indications données au centre d'enregistrement.

L’absence de perspective offerte par la voie juridique pousse les personnes frappées de NEM à ne plus même contacter les juristes du Service d’aide juridique aux exilé-e-s (SAJE). Le bruit court ainsi qu’il ne sert à rien de se rendre aux diverses consultations, «puisqu’ils ne peuvent rien faire»... En raison de ce désarroi bien compréhensible, peu de nouvelles victimes de NEM se sont annoncées aux permanences juridiques ou sociales.

Un pari dangereux
Les nouvelles mesures semblent donc atteindre en partie l’effet escompté par les autorités: découragement maximal des candidats à l’asile frappés de NEM et «disparition» de ceux-ci hors de tout contact. Seules les personnes qui résidaient déjà en Suisse depuis un certain temps montrent pour le moment une volonté de résistance. Le pari de l’Office fédéral des réfugiés (ODR) est-il en passe d’être gagné ? Peut-être, s’il s’agit de multiplier les cas de sans-papiers et les problèmes liés à la clandestinité. Mais l’ouverture annoncée d’une Maison des migrations à Lausanne, offrant accueil et hospitalité aux personnes menacées d’expulsion, pourrait changer la donne et faire réapparaître les personnes annoncées disparues.
Quoi qu’il en soit, l’ignominie de ces mesures se confirme jour après jour, comme en témoignent ces personnes errantes dans nos rues, affamées et sans toit...

Christophe Tafelmacher

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Dispositifs cantonaux: rapide tour d’horizon

Un rapport de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) daté du 4 juin sur l’aide d’urgence aux personnes frappées d’une NEM montre que l’accès à une aide de première nécessité, pourtant garantie par la Constitution, est souvent malaisé: les dispositifs cantonaux sont souvent conçus de façon minimaliste et dissuasive, et leur accès parsemé d’entraves (informations lacunaires aux personnes frappées d’une NEM, hébergement dans des structures mi-closes, nécessité de demandes réitérées et démonstration que des efforts sont entrepris pour quitter la Suisse, mises en détentions en vue du refoulement et procédures pénales à la clé, etc.).

De façon quasi générale, les cantons n’octroient une aide qu’aux requérants pour lesquels ils sont compétents en matière d’exécution du renvoi et ne prévoient guère une aide «de toute première urgence» pour ceux qui relèvent de la compétence d’un autre canton. En général, l’identification des intéressés est une condition à l’octroi de l’aide. Certains cantons, comme Soleure ou Glaris, n’ont mis sur pied absolument aucune structure d’aide d’urgence. Quelques cantons (Bâle-Campagne, Zurich, Schaffhouse, Lucerne, Vaud, Schwyz) réservent un traitement particulier (surtout en ce qui concerne l’hébergement) aux personnes particulièrement vulnérables.

Poursuites pénales
Seuls certains cantons (Bâle-Ville, Genève, Vaud, Fribourg, dans une moindre mesure Zurich) accordent une forme d’aide et/ou de consultation en vue du retour. Lucerne, Saint-Gall, Argovie, Thurgovie et les Grisons sanctionnent couramment l’illégalité du séjour en engageant des poursuites pénales. L’état des lieux de ce rapport a certainement évolué depuis sa rédaction en raison du travail des défenseurs du droit d’asile, mais il ressort en particulier que ces situations hétéroclites souffrent de l’absence de standards minimaux qui auraient pu être fixés par la Confédération.

Réd.

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«Je m’appelle Sam»

«...Je ne sais pas où loger. J’ai encore un tout petit peu d’argent, de quand on m’a donné la dernière assistance avant de me sortir. Le soir je vais dans les bars, là où on peut entrer, parfois je reçois un verre d’eau, parfois rien. Le matin tôt, je m’achète un billet de bus, je prends le premier bus, pour dormir. Je m’installe pour dormir jusqu’au terminus. Chaque matin. Peut-être que vous me verrez. Je m’appelle Sam.»

C’était à une soirée-débat en juin dernier. Un public consterné par les nouveaux durcissements fédéraux. Quelques requérants avaient accepté de venir. Il a pris la parole tard, après qu’on ait demandé plusieurs fois «est-ce qu’une des personnes avec une NEM aimerait nous expliquer comment ça se passe pour elle ?». Après son témoignage il y a eu un grand silence. Personne n’a osé demander: «qu’est-ce que vous mangez ?», ni «qu’allez-vous faire quand vous n’aurez plus d’argent pour le bus ?».

Le dimanche suivant à l’église, jour du «Dimanche des Réfugiés», j’ai redit le récit de Sam. Pas évident de prier, après cela. On a proposé de signer la «Déclaration de Solidarité pour les personnes NEM» diffusée dans tout le canton par les Médiateurs Eglises-Réfugiés catholiques et protestants. Beaucoup de signatures. Est-ce qu’un jour cela changera quelque chose pour Sam ? Mais quand ? Un paroissien outré a pris violemment à partie la lectrice, qui n’y pouvait rien: «c’est scandaleux, vous voulez tous les accueillir ?». Il y a des montagnes de préjugés à renverser. Pendant ce temps Sam glane quelques instants de sommeil, jusqu’au terminus. Quel terminus ?

Hélène Küng

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Non-entrée en matière
Mesures d'allégements budgétaires
Encore pire que prévu…

Paru dans Vivre Ensemble n° 98 (juin 04)
(consultation en ligne des articles de VE)

Depuis le 1er avril 2004, les personnes frappées de décisions de non-entrée en matière (NEM) sont soumises à des nouvelles mesures les excluant de la procédure d'asile et de l'aide sociale normale. Echos des premières mises en application.

Au centre d'enregistrement pour requérants d'asile (CERA) de Vallorbe, on a observé une nette diminution du rythme des décisions de non-entrée en matière à partir du 1er avril. La mise en place du nouveau système par l'Office fédéral des réfugiés (ODR) se fait donc plutôt doucement. Les mandataires du Service d'aide juridique aux exilés ont reçu les personnes concernées, mais les éventuels recours n'offraient aucune chance de succès, notamment à cause du délai de recours ramené à cinq jours.

Chantage à la survie alimentaire
La logique du système est de mettre les personnes sous pression par l'annonce de l'imminente exécution du renvoi. A Genève, une personne frappée de NEM a expérimenté ce que cela peut impliquer. Econduite une première fois de l'Office cantonal de la population (OCP) sous prétexte de difficultés de compréhension, elle n'a reçu qu'une aide d'urgence limitée à cinq jours. Puis, l'OCP lui a refusé toute aide supplémentaire aussi longtemps qu'elle ne disposerait pas de papiers d'identité pour assurer l'exécution du renvoi. Face à ce chantage, il a fallu effectuer des démarches juridiques, avec l'aide du Centre social protestant, pour simplement obtenir le rétablissement provisoire de l'aide d'urgence.

L'aide d'urgence refusée
Une tendance forte s'impose partout: refuser de donner la moindre aide, sous n'importe quel prétexte. Le but: pousser les personnes visées à respecter l'injonction de quitter la Suisse. Vaud ne veut donner aucune information systématique concernant le droit constitutionnel à l'aide d'urgence. Ailleurs, on ferme la porte à une personne frappée de NEM qui s'est présentée au canton où elle avait vécu avant de déposer sa demande d'asile, car c'est un autre canton qui est chargé du renvoi sur la décision de l'ODR. Ailleurs encore, selon la ligne officielle, l'aide d'urgence n'est prévue que pour les malades.
Une autre méthode efficace: n'ouvrir les bureaux que de 9 à 11 heures, et, avant d'accorder l'aide d'urgence, attendre que la personne la demande très explicitement… A Berne, plusieurs personnes frappées de NEM ont été éconduites de l'aide d'urgence sans autre forme de procès: c'est probablement que le bunker perdu sur le col du Jaun, destiné à les "accueillir", n'était pas encore fonctionnel.

Une aide misérable
Il semble y avoir consensus à définir l'aide d'urgence de la manière la plus réduite possible, le plus souvent en nature, avec éventuellement la couverture des soins d'urgence. Les abris de protection civile sont fréquemment utilisés pour l'hébergement de nuit, mais on n'offre aucun lieu de séjour ni d'activités pour la journée. Quant à la nourriture, elle tend à être limitée à deux repas par jour: c'est bien connu, la victime de NEM n'a pas besoin de manger autant que les autres !

Pressions sur les anciens cas
Le canton de Vaud s'est distingué en étant très actif envers les personnes ayant reçu une NEM avant le 1er avril 2004. Toutes, au nombre de cinq cents environ, ont reçu une lettre début avril les informant qu'elles ne seraient prochainement plus prises en charge par la Fondation pour l'hébergement des requérants d'asile (FAREAS), et qu'elles devraient quitter la Suisse "par leurs propres moyens", une aide financière étant offerte dans ce but. Plusieurs dizaines de personnes ont ensuite été convoquées au Service de la population pour se voir signifier leur mise à la rue sur-le-champ. Affolement complet: elles ne savaient ni quoi faire, ni où dormir, ni comment se procurer à manger…

Directement en prison
C'est en Suisse allemande qu'on semble recourir le plus à la détention sous diverses formes. Ici, quelqu'un rapporte avoir été arrêté pendant 24 heures par la police, puis avoir été relâché sans autre aide d'urgence… qu'une ordonnance de condamnation pour séjour illégal ! Là, les personnes s'annonçant à la police des étrangers doivent compter passer une nuit en détention sous prétexte de vérifications d'identité. Ailleurs, une victime de NEM s'étant présentée au Service social a vu, après une longue attente, arriver… la police. Directement placée en détention, elle a été rapidement expulsée.

Bilan: un système monstrueux
Comme on le voit, les premières expériences du nouveau système en confirment toute la monstruosité. La réduction du délai de recours combinée avec la mise à la rue immédiate prive concrètement les victimes de NEM de tout moyen de se faire entendre par les autorités d'asile: pas assez de temps pour amener des preuves justifiant le recours, plus de possibilité de compléter le dossier par la suite. Pour les anciens cas, l'extraction des lieux de vie est brutale et choquante, laissant les gens désemparés et réduisant à néant ce qui avait pu être construit jusque là.

Quant à l'aide d'urgence, non seulement on cherche à en limiter la portée et le contenu, mais encore elle est utilisée comme un instrument de pression en vue de l'expulsion. Il est extrêmement choquant que même des cantons s'étant opposés au projet en consultation exercent aujourd'hui ce genre de chantage à la survie pour contraindre des personnes qui, on le rappelle, sont venues demander protection à la Suisse. Enfin, le recours à la mise en détention de personnes venues solliciter cette aide d'urgence place l'Etat dans un rôle de producteur actif de sans-papiers. A quand des plaintes pénales contre les responsables cantonaux et fédéraux pour contrainte et favorisation du séjour illégal ?

Vivre Ensemble

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Les requérants se mobilisent

Une trentaine de requérants d'asile africains ont créé mi-mai une nouvelle association: "l'Association des requérants pour l'aide sociale des NEM". Tous sont des requérants africains logés à la FAREAS d'Yverdon. Leur but: créer un fonds de solidarité, prélevé sur leurs maigres revenus, pour aider les requérants frappés d'une NEM. Car pour beaucoup d'entre eux, un départ n'est pas envisageable, et en les sortant de l'assistance, "c'est les pousser à devenir clandestin. Et là, beaucoup n'auront rien à manger. Certains pourraient devenir malhonnêtes et faire des choses illégales", selon un membre Congolais de l'association, cité dans 24 Heures du 18 mai.

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Quelques témoignages

Jean - couturier. Il vient régulièrement au groupe de couture du Point d'Appui à Lausanne (voir p. 18). Un homme sérieux, fier et compétent en tant que couturier. Dès le mois de mai il sera également dans la rue. Lui non plus ne peut pas rentrer chez lui. "En tout cas, je tâcherai de garder ma machine à coudre, nous dit-il, car j'ai beaucoup travaillé pour pouvoir l'acheter". Cet homme, en apparence sûr de lui, est devenu en un jour un homme abattu. Que deviendra-t-il ? Où ira-t-il ? Quel sera son avenir ? Le Congo va de plus en plus mal…
Safyha - jeune érythréenne et son fils de deux ans. Elle sera dans la rue à partir du mois de juillet. Son mari l'a lâchée, il était américain. Son petit est aussi américain... Nous essayons un regroupement familial avec le Canada, mais rien n'est moins sûr, nous disait sa soeur à Toronto, car la législation a aussi changé. Elle ne peut pas rentrer, car elle serait punie avec du service militaire et de toute façon, rentrer avec un enfant américain, cela voudrait dire payer chaque année un visa pour lui... et la famille n'en a pas les moyens. De multiples démarches sont en route pour elle, mais l'assistante sociale n'a pas beaucoup d'espoir. Safyha qui ne parle pas encore le français, est vouée à la mendicité...

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Humains de 3ème classe

Paru dans Vivre Ensemble n° 96 (février 04)
(consultation en ligne des articles de VE)

Depuis la fin des années 80', l'assistance pour les demandeurs d'asile a progressivement été déclassée pour s'établir grosso modo à la moitié des barèmes fixés pour la population résidante. Et malgré les protestations des défenseurs de l'asile, cette conception de l'accueil visant à faire vivre quelques dizaines de milliers de personnes très en dessous de ce qui est normalement considéré comme le minimum "vital", ne choque plus grand monde aujourd'hui.

Avec l'application à partir du mois d'avril, des mesures d'allègement budgétaire qui prévoient l'exclusion du système d'assistance prévu par la loi sur l'asile pour ceux qui sont frappés d'une décision de non-entrée en matière, la logique de la dissuasion fait un pas de plus. Derrière l'assistance de seconde classe réservée aux réfugiés demandeurs d'asile, c'est désormais une aide sociale de troisième classe qui s'installe en Suisse.

Le seul filet social auquel pourront se raccrocher ceux qui seront ainsi laissés à la rue, sera en effet cette aide sociale d'urgence directement fondée sur l'article 12 de la Constitution, qui évoque le "droit d'obtenir de l'aide dans les situations de détresse". Un dispositif d'aide très rarement utilisé jusqu'ici, et dont les déboutés de l'asile vont être d'une certaine façon les cobayes.

Tout indique que cette aide sera réduite au strict minimum: un abri où dormir et des repas du type "soupe populaire". Encore faut-il s'attendre à ce que certains cantons traînent les pieds pour l'organiser et que certains déboutés de l'asile soient dissuadés de demander cette aide par manque d'information ou par peur d'une intervention policière. Des milliers de personnes seront ainsi poussées à vivre dans la misère, sauf à s'adonner au travail clandestin ou à la délinquance pour s'en sortir. La mendicité et le système D sont donc appelés à s'institutionnaliser dans une société à trois vitesses. A-t-on bien mesuré les conséquences de cette évolution, où l'on trouve normal de traiter certains comme des humains de troisième classe ?

A travers la clochardisation organisée des déboutés de l'asile, on est en fait en train de faire tomber le tabou qui veut que notre société ne doit pas abandonner sur le bas côté de la route ceux qui ne parviennent pas à s'en sortir. A terme, c'est toute la conception de notre politique sociale qui est en jeu. Quand des milliers de requérants auront fait la démonstration que l'on peut survivre avec une aide sociale encore plus réduite, cette façon de faire se répercutera immanquablement sur l'ensemble des chômeurs, des assistés et autres bénéficiaires d'allocations diverses pour lesquels la baisse des prestations sociales est déjà engagée. Nous aurons alors durablement posé les bases d'une société impitoyable, où la solidarité et l'humanité disparaîtront derrière la logique de la concurrence et de la compétition. Ceux qui se désintéressent de l'asile en le considérant comme un domaine à part devraient y réfléchir.

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Allégements budgétaires
Pas d’assistance en cas de non-entrée en matière
Le grand saut dans l’inconnu

Paru dans Vivre Ensemble n° 96 (février 04)
(consultation en ligne des articles de VE)

Dès le 1er avril, mais ce ne sera pas une plaisanterie, les modifications de la législation sur l’asile prises dans le cadre du programme d’allègement budgétaire 2003 entreront en vigueur. Avec à la clé ce que Monsieur Gerber a appelé un changement de paradigme: ceux qui quitteront les centres d’enregistrement (CERA) avec une non-entrée en matière, un tiers des cas, peut-être, seront laissés à eux-mêmes, sans être attribués à un canton pour y être assistés jusqu’au jour du renvoi. Que deviendront ces déboutés, que l’Office fédéral des réfugiés (ODR) espère voir «disparaître», faute de parvenir à organiser facilement leur renvoi ? Mystère.

Face aux interrogations des cantons, qui ont critiqué ce projet parce qu’ils craignent que la disparition d’un système de prise en charge automatique en cas de non-entrée en matière (7’818 en 2003) ne se traduise par un chaos social, l’ODR a toujours répondu en prenant l’exemple des «disparitions» en fin de procédure (10’459 en 2003), qui ne suscitent guère de remous. Mais la différence est de taille. En fin de procédure, les requérants ont eu le temps de trouver leurs marques, et s’ils disparaissent, plutôt que d’attendre un éventuel renvoi, c’est que cette option leur paraît jouable.
Avec les non-entrées en matière, ce sont des requérants en début de procédure qui seront livrés à eux-mêmes, sans autre marge de manœuvre que d’aller solliciter l’aide d’un proche ou d’un compatriote pour survivre. Quitter la Suisse ne leur sera pas non plus possible sans moyens financiers.

Mise à la rue
Au fur et à mesure que les refus d’entrer en matière tomberont aux centres d’enregistrement, on se retrouvera donc avec un nombre croissant de sans domicile fixe. Et quand l’entourage sera parvenu au bout de ses possibilités, il ne leur restera que la délinquance de survie ou la mendicité, sans parler des problèmes de santé publique. C’est là qu’intervient le droit constitutionnel à un minimum d’assistance, dont personne ne sait bien par quelles démarches on y accède. Comme l’ODR prévoit de favoriser le dispersement de ces déboutés en leur donnant une carte journalière CFF à leur sortie du CERA, c’est surtout dans les grandes villes que ces cas devraient apparaître progressivement, à partir du mois d’avril.

Indemnisation ciblée
Pressé par les cantons de couvrir les frais de cette aide d’urgence constitutionnelle, l’ODR a effectivement prévu d’indemniser les cantons qui comptent les cinq plus grandes villes de Suisse (BE, BS, GE, VD, ZH) et ceux qui abritent un CERA (BS, SG, TG, TI, VD). Mais par contre coup, les dix-huit autres ne recevront rien, ce qui ne peut que les inciter à ne rien faire et pousser à une concentration d’autant plus problématique dans les grandes villes. Or, la charge d’exécuter les renvois reste répartie entre tous les cantons.

Procédé irresponsable
On pourrait donc bien assister à un jeu de ping-pong irresponsable, où chaque canton cherchera à renvoyer la balle ailleurs, si ce n’est que qu’il s’agira d’êtres humains. Seule alternative: un usage accru de la détention, autorisée sans retenue par la modification de loi pour toutes les non-entrées en matière. Mais avec huit mille cas par an, on voit bien que la saturation sera vite atteinte. A moins que cette mesure ne soit utilisée que pour quelques cas choisis arbitrairement, à titre de dissuasion. Le tout coiffé d’un «monitoring» censé permettre le bilan de cette expérimentation humaine grandeur nature sur la meilleure façon se débarrasser des laissés pour compte du droit d’asile.

Reste que ce nouveau système marque l’échec complet de la politique menée depuis quinze ans et qui visait à contrôler l’exécution du renvoi. Ne parvenant plus à obtenir de documents de voyage de certains pays, l’ODR préfère aujourd’hui pousser les déboutés à disparaître, quitte à rebondir par de nouvelles mesures de durcissement lorsque le public réagira aux effets pervers de ce laisser-aller. On peut compter sur l’UDC pour pousser dans ce sens.


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Droit de recours entravé

Le droit de recourir pour faire corriger une décision erronée est fondamental, et la Déclaration européenne des droits de l’homme le consacre en exigeant qu’il soit «effectif». Dorénavant, pourtant, le délai de recours contre un refus d’entrer en matière sera limité à cinq jours, et les requérants resteront assignés à résidence au CERA pendant ce laps de temps, loin des centres urbains où ils pourraient trouver l’aide de compatriote ou d’un service juridique. Ne connaissant ni la langue, ni la législation, ceux-ci seront en pratique dans l’impossibilité de se défendre. Débordées, les maigres antennes juridiques des œuvres d’entraide créées à proximité immédiate des CERA ne pourront guère faire plus que de donner quelques conseils. L’article 29 de la Constitution fédérale prévoit clairement, pour de tels cas, une assistance judiciaire gratuite. Pourtant, les projets d’ordonnances d’application passent ce problème sous silence. Si rien ne change, tout ce dispositif sera clairement contraire aux droits fondamentaux. Mais il pourrait se passer des années avant que cela soit reconnu.

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Démantèlement du droit d'asile
Un arrêté urgent pour septembre 2003 ?

Paru dans Vivre Ensemble n° 93 (juin 03)
(consultation en ligne des articles de VE)

Il y avait déjà deux importants projets de loi en chantier, la révision totale de la législation sur les étrangers (dont certains aspects touchent de près à l'asile - voir pages précédentes), et la "6ème" révision de la loi sur l'asile (pour ne compter que les révisions majeures). Mais c'est un troisième projet qui risque de prendre les deux autres de vitesse dans le programme des Chambres fédérales. Le déficit des finances fédérales a en effet conduit le Conseil fédéral à exiger une réduction de 70 millions du budget de l'Office fédéral des réfugiés (ODR). Des mesures d'économies qui pourraient faire l'objet d'un arrêté urgent lors de la session parlementaire de septembre.
Profitant de l'appel aux économies, l'ODR n'a pas hésité à ressortir sa vieille idée d'une coupure de l'assistance pour les déboutés de l'asile, en visant cette fois-ci spécialement ceux qui viennent d'arriver et qui font l'objet d'une décision de non-entrée en matière dans les centres d'enregistrement. Techniquement, ceux qui ne pourraient être expulsés immédiatement pourraient à l'avenir être lâchés dans la nature sans même être attribués à un canton pour leur assistance (voir VE no 92, p. 3).

Bien sûr, notre Constitution fédérale prévoit un doit constitutionnel à une assistance minimale, et celui-ci pourrait théoriquement être revendiqué par les intéressés. Mais l'ODR sait bien que ces derniers auront toutes les peines du monde à accomplir les démarches nécessaires, d'autant qu'ils n'auront même plus un canton précis comme interlocuteur et qu'ils seront susceptibles d'être arrêtés à tout moment.

Effets pervers programmés
Pratiquement, ce changement risque évidemment de développer de nombreux effets pervers sur le terrain: accroissement du nombre des "sans papiers", développement d'une délinquance de survie, problèmes de santé publique. L'association des villes suisses, qui s'attendent à subir les contrecoups de cette politique de marginalisation à outrance, s'est exprimée le 9 mai contre la proposition fédérale. De fait, les économies de la Confédération risquent bien de se reporter sur les villes et les cantons.
Si l'on voulait vraiment économiser 70 millions, il serait très facile de le faire en favorisant le travail des requérants d'asile aujourd'hui voués à l'assistance. Mais tout indique que l'ODR, qui a gardé un effectif pléthorique de 600 collaborateurs depuis l'afflux des réfugiés kosovars en 1999, n'est pas vraiment intéressé par les économies. Il ne s'agit aujourd'hui que d'un prétexte pour poursuivre le démantèlement du droit d'asile, et le pourrissement qui résultera de la mise à la rue de milliers de déboutés servira évidemment à justifier de nouveaux durcissements.

Forcing de l'ODR
L'examen des propositions mises en avant dans ce projet montre d'ailleurs que loin de s'en tenir aux mesures financières, l'ODR cherche à faire passer dans cet arrêté urgent certaines des pires propositions des projets de loi sur l'asile et sur les étrangers. Voté en procédure accélérée, l'arrêté urgent échappe en effet à un débat parlementaire approfondi.
Entrent ainsi dans cet arrêté "financier", la réduction de trente à cinq jours du délai de recours en cas de décision de non-entrée en matière et l'élargissement de la détention en vue du refoulement à tous ceux qui font l'objet d'une telle décision, indépendamment de leur comportement. Au prix d'une journée de prison, on se demande où seront les économies.

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Témoignage
Soleure: une vie de NEM

Paru dans Vivre Ensemble n° 105 (décembre 2005)
(consultation en ligne des articles de VE)

Dans le canton de Soleure, les personnes noires frappées d'une décision de non-entrée en matière (NEM) font de plus en plus l'objet de traitements inadmissibles venant de fonctionnaires de l'Etat. Nous constatons avec inquiétude que les actes hargneux de méchanceté gratuite et de brutalité policière se multiplient. Ce, en toute impunité et avec l'accord tacite de la hiérarchie, informée par nos soins à plusieurs reprises des faits. Certains policiers ou fonctionnaires de l'Etat "se lâchent", déchargeant leur agressivité sur des personnes pour lesquelles ils n'ont plus aucune considération. Le récit de John* publié ci-dessous, un requérant africain frappé d'une NEM, fait écho à des témoignages que nous recevons de plus en plus fréquemment. (F. Kopf)
Le mercredi 7 septembre 2005, aux alentours de 20 heures, je me suis fait arrêter dans la rue à Dulliken par deux policiers en uniforme alors que je me rendais chez un ami. Ces deux hommes m'ont interpellé et ils m'ont demandé où j'allais, à quoi j'ai répondu que je me rendais chez un ami. Ils voulaient me contrôler, je leur ai dit "Ok, no problem", qu'ils pouvaient me contrôler. Ils ont trouvé mon natel que je m'étais acheté sept jours auparavant et mon porte-monnaie qui contenait 20 francs. Je leur ai donné la quittance pour le natel, pour prouver que je l'avais bel et bien payé, mais rien à faire, ils ont gardé l'argent et mon téléphone portable.

Directement en prison
Puis, ils m'ont dit que je devais passer la nuit à la prison d'Olten parce que je séjourne illégalement en Suisse. J'aurais voulu savoir leurs noms, mais ils n'avaient pas la plaquette avec leur identité sur leur uniforme, du coup je ne sais pas à qui j'ai eu affaire. Ils m'ont donc mis dans la voiture et emmené en prison. La nuit s'est déroulée "normalement".
Le matin suivant, dont le jeudi 8 septembre, à 11 heures, la police de la prison m'a mis dans la voiture direction, le juge de Soleure. Le juge a statué sur mon cas en me disant que j'étais là (en Suisse) illégalement et que je devais par conséquent payer une amende de 160 francs, sans quoi je risquais deux mois de prison. Après cela, la police de la prison m'a remis dans la voiture et m'a ramené à la prison d'Olten. Il était environ 12 heures 30.

Des coups pour toute aide
Arrivé là-bas, de retour dans ma cellule, j'ai appelé à l'aide de l'interphone en demandant du secours. Je ne me sentais pas bien. Je leur ai dit, en leur spécifiant que j'avais besoin de médicaments, je me sentais fiévreux. "Bitte", j'ai dit, "I am sick, I need medecine". Par trois fois, j'ai demandé de l'aide, et aucune fois ils n'ont daigné me répondre. A ma quatrième tentative, je leur ai demandé d'appeler la police pour moi. Et cette fois-ci, une réponse… Un homme de la prison a ouvert la porte et ils sont entrés à trois.
Ils m'ont demandé pourquoi je les dérangeais, "tu ferais mieux de rentrer chez toi, ici ce n'est pas chez toi". Je leur ai répété que, s'il vous plaît, j'étais malade et que j'avais besoin de soin, qu'il fallait appeler un médecin. Et là, pendant une dizaine de minutes, ils m'ont frappé (les trois hommes que je n'avais pas encore vus). Lorsqu'ils se sont arrêtés, ils m'ont emmené dans une autre pièce à l'étage, sans eau et sans toilettes. A ce moment-là, il était environ 13 heures. Ils m'ont laissé dans cette pièce, avec l'avant-bras en sang et la douleur des coups, jusqu'à 17 heures. Je ne pouvais rien faire, je suis resté là, j'ai enlevé une partie de mes habits, j'avais chaud à cause de la fièvre, et je me suis allongé sur mes vêtements (il y avait quand même un lit à disposition dans la chambre).

Une attitude abjecte
A 17 heures, deux des hommes qui m'ont frappé ont ouvert la porte et m'ont ordonné de sortir. Je suis donc sorti et descendu. Là, ils m'ont rendu mon porte-monnaie mais pas mon portable (la police avait certainement dû le garder), et mon billet de 20 francs coupé en deux. Je leur ai demandé pourquoi je n'avais qu'une moitié de billet, ils m'ont répondu que la police l'avait découpé et gardé la moitié pour elle.
Je suis parti de la prison, avec ma moitié de billet en poche, direction le commissariat de Olten, j'y suis arrivé autour de 17h30. Là, j'ai demandé à parler au chef, qui est venu. Je lui ai montré mon argent et mon avant-bras qui saignait. Je lui ai expliqué la situation, ce qui s'était passé avec la police ainsi qu'avec les gens de la prison qui m'avaient frappé. Le chef de la police m'a répondu qu'il ne me croyait pas, je lui ai dis d'appeler la prison puisqu'il ne me croyait pas. Il m'a redit qu'il ne me croyait pas, je lui ai donc donné mon nom afin qu'il appelle la prison pour savoir ce qui s'était passé. Comme il ne me croyait toujours pas, je suis parti chez un ami.

Aucune considération
Le lendemain je suis allé au bureau de l'asile à 13h30 afin de prendre rendez-vous avec un médecin, pour la fièvre et pour mes blessures, mais la personne qui m'a répondu m'a dis que tout le monde était pour le moment en pause et que je devrais repasser à 14h00. Ne pouvant être là, je n'ai pu avoir mon rendez-vous qu'aujourd'hui, mardi 13 septembre pour jeudi prochain, soit le 15 septembre 2005.
Je ne sais pas les noms des gens qui m'ont traité de la sorte, mais je les reconnaîtrais à coup sûr si je les voyais. Les collaborateurs de la consultation du mardi ont pu constater la présence d'une cicatrice sur mon avant-bras droit.

Témoignage recueilli le 13 septembre 2005 par une stagiaire de IGA-SOS Racisme


*prénom fictif

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Je suis un NEM

Paru dans Vivre Ensemble n° 104 (septembre 05)
(consultation en ligne des articles de VE)

Je fais cette lettre pour que les gens comprennent vraiment comment vivent les NEM.
Je vais vous raconter ce que nous vivons à la Voie-des-Traz.

On y est très nombreux et tous mélangés.
Dans mon dortoir, il y a trente personnes.
On ne se connaît pas et on ne se comprend pas.

Beaucoup ont complètement perdu la mémoire à travers des souffrances mal vécues
et une nourriture que ne convient pas.

Nous sommes trop nombreux pour pouvoir dormir,
les gens ne s'entendent pas bien, se dérangent.
Il y a le bruit des avions et des odeurs très fortes.
Il est difficile de garder les locaux propres, parce qu'il y a trop de monde.

La nourriture est insuffisante: un sandwich à midi et le soir un repas,
mais où il y a tout le temps du riz.

Beaucoup sont malades.
Il y a beaucoup de déprimés et de personnes qui,
depuis qu'elles sont NEM, sont devenues alcooliques.
Sans espoir, elles se détruisent petit à petit.

Les visites sont contrôlées.
Souvent on les refuse.
Et j'ai peur de faire venir un ami me trouver

On a le sentiment d'être mis dans un magasin ou un dépôt de marchandises.
Les NEM sont des gens que la Suisse a voulu jeter à la poubelle.
NEM est un nom humiliant. Et on ne mérite pas de vivre dans de telles conditions.

La Suisse est en train de détruire beaucoup de gens !
J'espère que les autorités suisses nous donneront le droit de vivre comme des êtres humains

B.A., Grand-Saconnex, 22 juillet, paru dans la Tribune de Genève, 6/7.8.05

Mon ami Tenzin dit que…

Paru dans Vivre Ensemble n° 102 (avril 05)

Mon ami tibétain Tenzin dit que la Suisse est belle et jolie.
Voilà un visage de la Suisse qui est souriant.

Malheureusement, la Suisse a un autre visage,
qui est beaucoup plus sombre:
c'est celui de la peur, du rejet, des expulsions forcées,
de l'exclusion, des plans de vol et des NEMS.

Mais qu'est-ce qu'une NEM ?
Une NEM, c'est une non-entrée en matière.

Et qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire que n'importe quel requérant d'asile, même bien intégré,
peut du jour au lendemain recevoir ce papier maudit
et voir sa vie basculer.

Il perdra son permis de séjour, son travail, son appartement.

Le mot d'ordre de la NEM est: DEHORS !

IL N'Y A PAS DE PLACE POUR TOI ICI !

Pourtant … j'ose croire, espérer et rêver qu'un jour
ces lois inhumaines, qui jettent à la rue des personnes
comme Tenzin, Mustapha, Dimitri, Uran et Serguéï, disparaîtront.

Oui, osons croire, espérer et rêver qu'un jour
un large sourire couvre l'entier du visage de la Suisse.

Et que notre belle Suisse tourne ce visage souriant
vers nos frères et nos sœurs exilés,
dans un esprit de confiance et de générosité.

Ce sujet est brûlant, dangereux, scandaleux
et l'on ne peut pas en parler gentiment,
comme si c'était une mondanité.

C'est bien plutôt une bombe à retardement.

Tic-tac-tic-tac !

Mais les gens d'ici préfèrent qu'on leur chuchote des douceurs,
qu'on les caresse dans le sens du poil,
qu'on leur dise : "oui, la Suisse est belle, jolie et gentille."

Si gentille qu'elle n'a qu'une seule envie,
c'est de s'endormir comme la Belle au Bois dormant,
bien au chaud, sans surprises, sans risques pris
et avec des comptes en banque bien garnis…

Et on ira tous au paradis…
des Suisses…

Les étrangers, eh bien ils iront ailleurs,
dans leur propre paradis.

Les gens d'ici préfèrent qu'on leur chantonne des berceuses
pour leur faire oublier que dans les gares dorment des gars,
qui n'ont plus rien qu'un sac en plastique déchiré,
avec des affaires sales dedans.

Faut-il qu'un requérant ou qu'un SDF, meure de froid,
pour qu'ils daignent ouvrir un œil et se dire:
"Ah bon, ça se passe aussi chez nous ? !"

Natasha de Félice
bénévole auprès de réfugiés - novembre 2004

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