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Loi sur l'usage de la contrainte (LusC)A la fin de l'année 2004, le Conseil fédéral a mis en consultation un projet de "Loi fédérale sur l'usage de la contrainte dans le cadre du droit des étrangers des transports de personnes ordonnés par une autorité fédérale", abrégée loi sur l'usage de la contrainte (LusC). Les dispositions proposées sont plutôt inquiétantes. Parmi les mesures envisagées, on trouve en effet l'utilisation de pistolets à électrochocs pour assurer les expulsions des requérants d'asile déboutés. On rendrait ainsi légal le fait d'infliger une décharge de 50'000 volts à un expulsé récalcitrant.
Expulsions
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A la fin de l'année 2004, le Conseil fédéral a mis en consultation un projet de "Loi fédérale sur l'usage de la contrainte dans le cadre du droit des étrangers des transports de personnes ordonnés par une autorité fédérale", abrégée loi sur l'usage de la contrainte (LusC). Les dispositions proposées sont plutôt inquiétantes.
Le souci de réglementer au niveau fédéral l'action des agents chargés d'exécuter les renvois répondait à un souci très légitime. Il n'y avait en effet aucune norme légale à ce sujet, alors même que l'organisation des expulsions pouvait porter de graves atteintes à l'intégrité des personnes concernées. Lors de la visite du Comité pour la prévention de la torture (CPT) en 2001, cette lacune de notre ordre juridique avait été pointée et il s'imposait d'y remédier. Malheureusement, et comme cela a été trop souvent le cas dans le domaine de l'asile ou des étrangers, l'administration a saisi l'occasion pour introduire toute une série de nouvelles mesures particulièrement dangereuses.
Pistolets paralysants, menottes,...
L'aspect qui a fait le plus réagir concerne l'autorisation de recourir
à des matraques ou à des pistolets paralysants à
électrochocs, aussi appelés "tasers". Seuls les
moyens pouvant entraver les voies respiratoires, comme les bâillons
ou les casques intégraux, seraient explicitement interdits, de
même que les techniques d'immobilisation susceptibles de mettre
en péril la santé des personnes. Si l'administration de
calmants est possible, il est tout de même précisé
que les médicaments ne peuvent être utilisés en lieu
et place de moyens accessoires.
Le projet autorise les menottes, entraves et autres liens. De plus, aucune obligation n'est faite de libérer le déporté de ses liens lors du vol, en particulier lors du décollage et de l'atterrissage. Alors que le projet de loi interdit les traitements dégradants, le Conseil fédéral précise que, dans certains cas, des langes pourraient être imposés à des personnes au comportement agressif, pour éviter les déplacements aux toilettes.
Possibilité d'agir par surprise
La LusC poserait également comme principe que la contrainte policière
doit être précédée d'un avertissement (art.
4). Malheureusement, cette obligation est immédiatement relativisée
dans le texte légal. Le rapport explicatif est très clair:
"La réglementation doit (
) permettre aux autorités
d'agir par surprise dans certaines circonstances". Il est pour
le moins choquant qu'en matière d'expulsion, la personne concernée
perde ce droit élémentaire à être informée
à l'avance des mesures qui pourraient être prises contre
elle.
Port du masque autorisé
Lacune importante du projet de loi, on n'interdirait pas le port de masques
ou de cagoules rendant impossible l'identification du personnel de l'escorte.
Or, le rapport du CPT avait révélé que cette pratique
était courante. Vu les intérêts en jeu, et notamment
les risques de graves atteintes à l'intégrité des
personnes expulsées, seuls des fonctionnaires de police clairement
identifiables devraient être chargés de ces missions.
Enfin, alors qu'aujourd'hui les agents des sociétés privées de sécurité n'ont que le droit d'interpeller des gens et de les retenir pour les remettre à la police, le projet de LusC permettrait de leur confier la prise en charge des personnes à expulser. Cette privatisation de la contrainte ne paraît pas admissible, d'autant moins si elle s'accompagne de la possibilité d'utiliser des armes telles que les pistolets électrochocs ou les matraques.
Une arme extrêmement dangereuse
Mais revenons sur la question des pistolets à électrochocs.
Cette arme envoie une décharge de 50'000 volts provoquant une douleur
telle que la victime en reste paralysée, quand elle ne perd pas
connaissance. Rappelons qu'on envisage l'usage de tels appareils contre
des personnes qui ne seraient pas libres de leurs mouvements. Pour le
Conseil fédéral, utilisés correctement, ces appareils
ne risqueraient pas, selon les connaissances médicales actuelles,
de provoquer des blessures sérieuses ou permanentes.
Amnesty International relève pourtant qu'aux Etats-Unis et au Canada, l'emploi des "tasers" aurait déjà occasionné la mort de plus de septante personnes ces trois dernières années ! De plus, utilisé à la hauteur de la tête, le pistolet à électrochocs peut provoquer une perte de la vue, porter atteinte au système nerveux ou défigurer la personne. Comment alors assurer le respect du beau principe ancré à l'article 3 du projet de loi: "la contrainte policière ne doit pas entraîner des inconvénients ou des dommages disproportionnés par rapport au but visé" ?
Appareils interdits pour le bétail
En décembre 2004, la Conseillère nationale Anne-Catherine
Menétrey-Savary a interpellé le Conseil fédéral
en rappelant qu'en Suisse, les appareils à électrochocs
sont interdits pour le bétail. D'autre part, elle souligne que
selon la loi sur les armes, les "appareils produisant des électrochocs
susceptibles (...) de porter durablement atteinte à la santé"
sont définis comme des armes visées par la réglementation.
Comment soutenir alors qu'elles ne présentent pas de danger lors
d'expulsions ? Dans sa réponse, le gouvernement s'est borné
à dire que ces pistolets sont déjà actuellement utilisés
par la police cantonale de Bâle-Campagne, leur introduction étant
planifiée par les corps de police des cantons de Zurich et de Berne,
de même que par le corps de police de la ville de Zurich.
Des traitements prohibés
La justification du recours aux pistolets à électrochocs
est particulièrement perverse: comme on prétend que ces
appareils présenteraient moins de dangers que d'autres armes, les
agents d'escorte seront d'autant plus facilement tentés de les
utiliser ! Au vu des risques relevés par Amnesty International,
il faut en réalité admettre que cet usage de la force s'apparente
bien à des traitements inhumains prohibés par le droit international,
notamment par la Convention européenne des droits de l'homme (art.
3) et la Convention des Nations Unies contre la torture (art. 1er).
Pas d'observateurs indépendants
Malgré de réels risques, qui se sont déjà
soldés par de nombreux incidents ayant parfois entraîné
la mort, la loi ne prévoit pas l'accompagnement systématique
d'un médecin, ni l'accompagnement par un observateur neutre. Ce
serait pourtant là une exigence essentielle pour veiller au respect
du principe de proportionnalité. Sur bien des points, la loi laisse
une grande marge de manuvre aux agents chargés du rapatriement.
Ils disposeront donc d'une liberté d'appréciation pour décider
de l'usage de la force, dans un huis clos propice à tous les dérapages.
Une fois rapatrié, l'intéressé lui-même sera
bien en peine de s'en plaindre, et sa parole ne suffira jamais à
équilibrer les justifications qui seront données après
coup par ceux qui auront usé de contrainte. Ne prévoyant
pas systématiquement la présence d'observateurs en cas de
vol spécial, cette loi revient en fait à un blanc-seing
sans garde-fou pour l'utilisation de la force.
Les déportés sont-ils des cobayes?
Le rapport explicatif le rappelle en introduction: le point de départ
des travaux ayant abouti sur le projet de LusC résidait dans des
situations tragiques au cours desquelles des personnes ont perdu la vie
ou ont été blessées lors de rapatriements forcés.
A l'arrivée, on se retrouve avec un texte qui n'offre aucune véritable
garantie de sécurité en faveur des personnes expulsées,
qui donne au contraire beaucoup de pouvoir aux agents d'escorte, ainsi
que la possibilité d'utiliser de nouvelles armes.
On peut donc craindre que les déportés ne soient les cobayes de ces nouvelles armes dites "non létales". Dans le cynisme officiel ambiant, ces personnes sont toutes désignées pour ce rôle, vu qu'on ne leur reconnaît pas les mêmes droits qu'à l'ensemble des citoyens
Christophe Tafelmacher
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