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Mobilisation contre le renvoi des requérants déboutés (VD)
Mouvement de soutien au "523"
déboutés
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L'automne 1985 a vu la création des premiers mouvements de
soutien pour s'opposer aux renvois de requérants déboutés.
Depuis lors, de nouveaux groupements ont vu le jour. En hommage à
tous ceux qui sont sur la brèche, nous reprenons ci-dessous un
article publié dans le bulletin de SOS Asile Vaud en avril dernier.
(réd.)
Je suis tombée dans la marmite sans m'en rendre compte. L'innocence,
quoi ! Une visite de curiosité à St Paul, des gens passent,
une dame monte des escaliers avec une tarte aux pommes, une assemblée
générale au sous-sol, organisée, mais sans lourdeur,
des gens de tous bords et de tous âges, et il s'y trouve une amie
qui me dit qu'on doit ouvrir un refuge à Yverdon. Il se tient une
assemblée chaque semaine. Une personne s'annonce pour la présider,
une autre pour prendre le procès-verbal, et les inquiétudes
ou les colères s'expriment. Des idées fusent, elles se précisent
au cours de la discussion. C'est animé, chaleureux, les échanges
sont parfois vifs, mais chacun est écouté. On s'informe,
des réfugiés sont présents, patients, ils parlent
aussi. Je suis contente de désobéir à ce "père",
ce gouvernement que je n'ai pas élu.
Accompagnement des requérants
Une activité importante est l'accompagnement du requérant
au Service de la population (SPOP). Une personne entre avec lui dans le
bureau, elle doit bien connaître le dossier, et les autres battent
le pavé pour faire acte de présence et manifester leur soutien.
Déjà si tu es Suisse, quand tu vas dans un bureau de l'Etat
pour un papier, tu n'en mène pas large. Mais si tu es étranger,
demandeur d'asile, c'est le cauchemar ! Qu'est-ce qu'on obtient ? Des
peanuts, tout le monde s'en va déçu.
Ce gouvernement nous fait honte
A part ça, on fait notre possible pour se faire entendre des médias
et de la population. Et leur soutien nous donne des ailes. Ce gouvernement
qui nous fait hon-te, on essaie de la malmener, de le gêner dans
ses projets infernaux, jusqu'à ce qu'il cède. Se fait-on
des illusions ?
Et puis il y a la découverte de ces familles. On apprend leur histoire,
on est invité chez eux; ce café, ce qu'il est bon ! Quelle
amitié, quel accueil ! Mais leur angoisse se remarque. Parfois
elle éclate, et il faut être présent. Le soir, quand
je rentre chez moi et vais dormir sur mes deux oreilles, est-ce que je
me rends compte que la police peut les réveiller au milieu de la
nuit ?
Nous sommes en colère
Aujourd'hui, le cur n'est plus au gentil badinage. La santé
de nos amis se dégrade. Les trois mois de prétendue trêve
nous ont usés. Le gouvernement comptait qu'on "accepte",
c'est-à-dire qu'on se résigne. Il manque totalement de respect
pour toute cette population qui partage nos idées, qui signe des
pétitions, vient à nos fêtes et à nos manifestations.
Les arrestations et les renvois ont commencé, nous sommes en colère.
Francine Sacco
Du jamais vu dans la politique vaudoise en matière d'asile. Jadis terre promise pour nombre d'immigrés, le canton est-il en train de devenir un enfer ? Une caisse de résonance qui reprend très fidèlement tous les cantiques entonnés par le chef d'orchestre Christophe Blocher ?
Depuis 28 avril dernier, le canton a pris de nouvelles mesures limitant
l'accès des requérants d'asile à l'emploi. En effet,
toutes les personnes exerçant une activité lucrative dont
la demande d'asile avait été rejetée sont priées
de prendre congé de leur emploi.
Au total, ce sont plusieurs centaines d'hommes et de femmes contribuant
à l'économie du pays qui sont poussés à la
mendicité et à la charge du contribuable.
Dans les couloirs du Grand Conseil vaudois, certains représentants
de la droite soutiennent que "cette nouvelle mesure vise à
inciter les requérants déboutés à perdre toute
illusion de vivre en Suisse".
Une affirmation à prendre avec des pincettes. L'initiative pourrait
aussi se transformer en autogoal, au moins pour une raison: parmi les
personnes concernées par la mesure se trouvent de nombreux ressortissants
de pays qui refusent de "collaborer avec Berne".
En clair, certains pays refusent de délivrer des documents d'identité
à leurs ressortissants frappés d'une décision de
renvoi de la Suisse.
Conclusion, ces contribuables d'hier viennent aujourd'hui gonfler les
rangs des bénéficiaires de l'aide sociale à la charge
du canton.
De toute évidence, le Conseil d'Etat vaudois préfère
assumer ce risque que de voir dans le futur de nouveaux déboutés
s'opposer à leur renvoi en invoquant leur bonne intégration.
Tous les Kosovars de l'association "En quatre ans on prend racine",
qui avaient occupé l'Eglise de Bellevaux en 2001 sont aujourd'hui
titulaires du permis B. Une issue qui aurait été inimaginable
s'ils avaient été mis à l'assistance forcée.
Le canton de Vaud ne devrait-il pas être fier d'avoir permis cette
solution humanitaire ?
Le virage à 180 degrés adopté par la majorité
de droite du Conseil d'Etat frappe évidemment de plein fouet les
"523" déboutés dont le sort était toujours
sur le balant. Le 20 mai, le Conseil d'Etat dévoilait clairement
le chantage auquel il entend les soumettre: ou bien vous vous déclarez
"volontaires" pour partir, ou bien vous vous retrouverez sans
travail.
Au soir du 20 mai, l'UDC vaudoise se félicitait de cette "normalisation"
de la politique d'asile vaudoise. Faut-il comprendre que la norme, dans
ce canton, est désormais dictée par l'UDC ?
Manuel L. Hiol
Le 20 mai, le gouvernement vaudois a décidé de durcir
le ton face aux requérants d'asile déboutés en levant
le moratoire sur les mesures de contrainte annoncé en janvier dernier
(sauf pour les femmes kosovares isolées). Le conseiller d'Etat
Jean-Claude Mermoud confirmait ainsi sa politique: ils doivent tous partir,
par la force s'il le faut et s'ils refusent, leurs autorisations de travail
leur seront retirées. Au fil des mois, des situations ont pu être
régularisées par le biais de la circulaire Metzler et par
d'autres procédures, et le nombre des personnes menacées
de renvoi est passé de 523 à 297. Une centaine d'entre elles
sont encore en attente d'une décision de recours. Parmi les nombreuses
réactions de protestation de ceux qui depuis des mois se battent
pour obtenir la régularisation des déboutés, nous
avons choisi de publier celle de l'Association des survivant-e-s de la
Drina-Srebrenica (ASDS), car parmi les quelque 170 personnes menacées
de renvois forcés, se trouve un nombre conséquent de survivants
du massacre de Srebrenica. (Réd.)
Alors que la commémoration des dix ans du génocide de Srebrenica
approche (11 juillet 1995), plusieurs dizaines de rescapés de Srebrenica
déboutés se trouvent, après cinq mois de répit,
à nouveau menacés de renvoi.
Cette décision inadéquate a été prise contre
l'avis de la minorité socialiste et verte du Conseil d'Etat alors
que, sur place, la situation est toujours bloquée et ne permet
pas un retour dans la sécurité et la dignité. En
effet, après l'abandon de la "zone protégée
de Srebrenica" par l'ONU, et le génocide subséquent
de juillet 1995, cette région a été placée,
par les Accords de Dayton de fin 1995, sous la domination de la "République
serbe de Bosnie", dont les promoteurs, Karadzic et Mladic, sont les
principaux responsables du génocide.
Aide souhaitée
Nous espérons que la Suisse pourra contribuer, sur la base de son
expérience multi-communautaire, à résoudre le problème
de la Bosnie-Herzégovine, Etat actuellement divisé et sous
tutelle, afin de mettre tous ses citoyens sur un pied d'égalité
dans le cadre d'une République de Bosnie-Herzégovine réunifiée.
Ce serait la meilleure solution pour Srebrenica, ce qui mettrait ainsi
fin à l'injuste subordination de cette région à la
dite "République serbe de Bosnie" et permettrait la relance
de l'économie au bénéfice de tous ses citoyens.
Non aux renvois forcés
En attendant, nous sommes opposés à tout renvoi sous contrainte
et voulons, dans le cadre de la Charte de partenariat sérieusement
menacée par la majorité du Conseil d'Etat, élaborer
avec les intéressés un véritable plan de retour,
de reconstruction et de développement; et ceci sur une base volontaire.
Par conséquent, nous considérons comme non-adéquats
les entretiens individuels prévus avec les réfugiés
déboutés et nous demandons une convocation collective avec
des experts du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et d'autres
organismes, et la non-suspension du droit au travail.
Ivar Petterson - ASDS, 20 mai 2005
Le mouvement ne faiblit pas dans le canton de Vaud, bien au contraire. On a assisté à la fin de l'année 2004 et au début 2005 à la création de groupes locaux à la Vallée de Joux, Yverdon et Payerne qui sont venus rejoindre les groupes de Lausanne et Vevey/Riviera. D'autres groupes sont en voie de constitution à Morges et à Bex. Un nombre croissant de personnes montre son engagement en faveur des déboutés de l'asile, et sa solidarité pour des réfugiés de leur entourage menacés de renvoi forcé. Un soutien a été reçu même du Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés, qui a récemment confirmé l'impossibilité réelle et concrète de renvoyer bon nombre de personnes originaires de la Kosove, des minorités ethniques du Sud Serbie, etc.
Malgré cela, le Conseil d'Etat vaudois continue à exercer d'énormes pressions sur les débouté-e-s. La "vraie-fausse" trêve déclarée en janvier 2005 ne couvre en principe pas les célibataires et couples sans enfants, et surtout elle ne suspend que les mesures de contrainte. Autrement dit, tous les déboutés, même ceux bénéficiant de la trêve, sont régulièrement convoqués par le Service de la population et mis sous pression en vue d'accepter l'"aide au retour". La Coordination Asile a ainsi dû organiser des accompagnements, afin que les personnes convoquées ne se rendent pas seules à ces entretiens.
Etranges visites
Récemment, des déboutés kosovars ou bosniaques ont
alerté la Coordination Asile sur les mystérieuses visites
qu'ils recevaient, sans annonce préalable, d'un Kosovar. Répondant
à une question d'une députée qui s'insurgeaient contre
ce "démarchage à domicile fait à l'improviste",
le Conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud a confirmé que le gouvernement
avait mandaté une personne pour faire avec les déboutés
le bilan de leur situation, prendre note des réticences à
rentrer et surtout les informer sur l'"aide au retour". Un peu
gêné aux entournures, le Conseiller d'Etat a tout de même
précisé que les requérants déboutés
n'étaient pas obligés d'accepter cette visite, qui ne les
engageait en rien
On a surtout l'impression que le but recherché
était de prendre ces derniers par surprise et de contourner les
accompagnements de la Coordination Asile.
Volonté d'étendre le mouvement
Du 26 février au 17 mars au 05, un feu a brûlé sur
la place de la Madeleine à Lausanne pour montrer une opposition
à la politique d'asile de la Suisse. Ce feu a symbolisé
également la solidarité avec les personnes débouté-e-s
qui après des années de vie en Suisse sont menacées
de mesures de contraintes et de renvoi forcé. Le 17 mars 2005,
alors que le Conseil des Etats débattait de la loi sur l'asile,
la Coordination Asile Vaud a monté le feu de la résistance
et de la solidarité à Berne, montrant ainsi sa volonté
d'étendre le mouvement.
Christophe Tafelmacher
Si Lausanne a été au cur de la mobilisation contre le renvoi des "523" réfugiés déboutés, des refuges et des actions de soutien se sont également développés dans tout le canton. Pour saluer ce formidable élan de solidarité et rendre honneur aux nombreuses personnes qui, depuis plusieurs mois, s'engagent au quotidien auprès des requérants menacés de renvoi, voici un retour sur des visites au refuge de Vevey effectuées pendant la période des fêtes de fin d'année.
Comme la famille Demitri à Lausanne, la famille Jakupi à Morges ou la famille Krasniqi à Moudon, les Memetovic sont devenus le symbole de la résistance contre les expulsions dans la Riviera. Un groupe de bénévoles constitué par une dizaine de personnes mène un véritable travail de fourmis dans l'Est vaudois. Pas de récréation pour ces hommes et femmes qui, pendant la période des fêtes de fin d'année ont maintenu la flamme des campagnes de sensibilisation malgré la trêve annoncée par le Conseiller d'Etat Jean Claude Mermoud, en gelant les renvois jusqu'au 3 janvier 2005.
Des paroles et des actes
Devant le centre paroissial Sainte-Claire où la famille Memetovic
se réfugie depuis quelques mois, le groupe est représenté
par une sentinelle chargée de donner l'alerte en cas de descente
de la police. "Notre action est totalement pacifique. Nous ne pourrons
pas nous opposer si la police investit le site pour expulser les personnes
par la force. Mais nous resterons des témoins oculaires. Nous voulons
simplement présenter la réalité cachée des
personnes expulsées qui n'apparaît jamais dans le discours
officiel", confie un bénévole. Joignant les paroles
aux actes, les militants distribuent tous les samedis matin sur la grande
place du marché de Vevey, des tracts qui retracent l'histoire des
Memetovic depuis le déclenchement de la guerre en Serbie, pays
d'origine de la famille, et le dépôt de sa demande d'asile
en Suisse en 1999.
Une intégration exemplaire
Cela fait cinq ans que Sadrija Memetovic, son épouse et leurs trois
enfants vivent en Suisse comme demandeurs d'asile. L'intégration
de la famille ne laisse aucun doute. Les époux Memetovic avaient
des emplois stables jusqu'au retrait de leur permis de travail en automne
dernier, leur fille de dix-huit ans fait un apprentissage d'employée
de commerce et les deux derniers de la maison suivent normalement leur
scolarité obligatoire. Une image qui contraste avec celle des "requérants
d'asile profiteurs" brandie comme arme de campagne électorale,
par le camp des xénophobes. Très affectée par la
décision de l'Office fédéral des réfugiés,
la jeune fille ne cache pas sa déception. Elle veut surtout comprendre
pourquoi sa famille est sommée de quitter la Suisse comme des malpropres:
"j'ai de plus en plus le sentiment que notre sort se règle
sur la base d'une loterie, car les raisons profondes m'échappent
malgré ma volonté de comprendre", regrette Shpresa.
Un travail de sensibilisation
Le groupe de résistance a réussi le pari de mobiliser une
cinquantaine de personnes au cours des campagnes de sensibilisation dans
la ville. Il multiplie les actions pour faire entendre sa voix. Tandis
que le manifeste de protestation contre les renvois récolte des
signatures, le groupe appelle également aux contributions financières
pour aider la famille actuellement dans l'impossibilité d'exercer
une activité lucrative. D'autres organisations actives à
Vevey viennent s'associer au groupe des bénévoles qui a
déjà obtenu le soutien de l'antenne locale de la section
suisse d'Amnesty international.
Manuel L. Hiol
Voici de nombreuses semaines que, dans le canton de Vaud, les différentes associations et personnes réunies sous l'égide de la "Coordination Asile" mènent de manière décidée une lutte collective contre le renvoi de plusieurs centaines de requérants déboutés. Echos et réflexions.
Le 10 août, l'Office fédéral des réfugiés (ODR) annonçait le résultat de son "examen" des 1'273 dossiers présentés par le Conseil d'Etat. En réalité, la prétendue "analyse" au cas par cas débouchait, comme par miracle, sur le taux d'acceptation de 50% "estimé" en mai 2004 lors de la signature du protocole d'engagements entre Confédération et canton. La ficelle était sans aucun doute un peu trop grosse, au point que l'on a assisté à l'émergence d'un mouvement de solidarité large et massif, comme on n'en avait pas vu depuis très longtemps
Fort soutien de la population
Médias, uvres d'entraide, syndicats, Eglises, associations
d'étrangers, mais aussi élus municipaux, artistes et intellectuels,
sans oublier une majorité du Grand Conseil, députés
bourgeois en tête, ont exprimé leur soutien aux débouté-e-s.
La pétition de soutien, que l'on trouvait sur un seul stand à
Lausanne, a récolté en quelques semaines plus de 14'000
signatures, démontrant que la population suisse n'est pas aussi
foncièrement anti-réfugiés que le discours dominant
veut nous le faire croire. Impression confirmée le 11 septembre
par une manifestation de rue colorée et fréquentée
par un public aussi nombreux que diversifié. Cerise sur le gâteau,
un avis de droit de l'éminent professeur Pierre Moor, spécialiste
du droit administratif, démontrait l'illégalité de
tout le processus d'examen, les débouté-e-s n'ayant jamais
reçu la moindre explication quant aux motifs du refus fédéral
et ne se voyant pas non plus offrir de voie de droit pour faire contrôler
l'examen de l'ODR.
Des incitations au départ
A noter aussi que la fameuse "aide au retour", en réalité
une incitation au départ, semble bien avoir fait fiasco. Une toute
petite minorité de personnes s'y est intéressée.
La plupart des débouté-e-s ne veulent pas adhérer
à cette forme subtile de renvoi forcé. Le premier cas de
retour volontaire, qui concernait une famille kurde de Turquie, s'est
déroulé de manière pour le moins chaotique. Le retour
d'une autre famille kosovare a été plus paisible, mais les
difficultés sont immenses et l'aide apportée bien insuffisante.
L'ODR fait également grand cas des "programmes spéciaux"
pour le retour des personnes vulnérables: pourtant, si ces personnes
doivent bénéficier de telles aides spécifiques, est-ce
bien raisonnable de les renvoyer ?
Mermoud ne démord pas
Malgré ce front large de refus et ignorant tous les problèmes
juridiques signalés, le Conseiller d'Etat Mermoud, membre de l'UDC,
est resté ferme dans son intention d'expulser coûte que coûte
les victimes du tri fédéral. Peu sensible aux règles
de l'Etat de droit, il prévoyait même de procéder
à des arrestations surprises de célibataires sans notification
préalable de "plan de vol", comme c'est pourtant la pratique
de l'administration. Le célibat serait-il en soi l'indication que
l'on ne respectera pas l'ordre de départ ? Le procédé
a choqué jusqu'à l'intérieur même de l'Etat
et une "fuite" opportune l'a rendu public. C'est l'élément
déclencheur qui a conduit la Coordination Asile à ouvrir
un refuge dans une église protestante, afin de protéger
les personnes menacées de renvois forcés.
Depuis lors, le refuge a été accueilli dans diverses paroisses,
en alternance, catholiques et protestantes. Ces déménagements
fréquents sont évidemment assez lourds à gérer,
mais en même temps, cela a permis de toucher divers quartiers de
l'agglomération lausannoise, et donc de sensibiliser de nouvelles
personnes au sort de ces déboutés.
Recherche de légitimité
Face à cette rébellion généralisée,
M. Mermoud a cherché à légitimer sa politique. Première
attaque, il a souligné lourdement le fait qu'une des familles menacées
avait été à la charge de l'assistance publique durant
des années, sans évidemment en expliquer les raisons, en
particulier les longues périodes d'interdiction de travailler qui
ne favorisent certes pas l'accession à l'autonomie financière
Puis, il s'est rabattu sur une proposition d'Amnesty International pour
créer un "Groupe de travail mixte" chargé de réexaminer
les dossiers, et de donner une caution juridique aux renvois contestés.
L'ODR s'obstine
Au moment où ces lignes sont rédigées (fin novembre),
le bilan de ce groupe de travail dont le mandat a été sévèrement
limité n'est pas encore connu, mais on indique officiellement que
seul un très petit nombre de requérants pourra rester en
Suisse. De son côté, l'ODR n'a pris aucun engagement, de
sorte que la plupart des dossiers qui lui ont été communiqués
par le groupe de travail ont été balayés d'un revers
de main
L'affaire reste donc brûlante et l'on annonce à nouveau des
dizaines d'expulsions pour les prochaines semaines. A mi-novembre, une
famille avec trois enfants est d'ailleurs entrée au refuge et son
plan de vol n'a pas été levé, contrairement à
ce qui était survenu précédemment pour les personnes
venues bénéficier de la protection symbolique des paroisses
solidaires.
Une mobilisation formidable
Une chose est sûre: cette formidable mobilisation marquera les esprits.
Dans cette période marquée par les attaques incessantes
contre les droits des réfugié-e-s, il est réjouissant
de voir qu'un consensus large a pu se dégager en solidari-té
avec des personnes menacées de renvoi. Il semble que la population
a été surtout sensible au fait que celles-ci vivent parmi
nous depuis de nombreuses années, se sont intégrées
par le travail ou, pour les enfants, par la scolarisation. Si les craintes
en cas de retour touchent aussi, notamment, la situation des femmes kosovares
isolées, on a l'impression que les raisons de fuite ne sont pas
au centre des préoccupations: c'est certainement le résultat
d'années de martèlement de la notion du "faux réfugié".
Une affaire vaudoise ?
Par contre, il est désolant de voir à quel point cette lutte
collective ne déborde pas les frontières cantonales. Mis
à part nos amis bâlois, aucune organisation de solidarité
avec les réfugiés n'a manifesté son soutien, pas
plus que la plupart des associations ou partis d'autres cantons. Ce serait
pourtant une erreur de croire qu'il ne s'agit que d'une affaire vaudoise.
Mermoud et Blocher ainsi que l'ODR l'ont bien compris: l'enjeu est de
faire taire toute velléité cantonale de contester les décisions
aberrantes de l'ODR, et d'éviter que les acteurs sociaux et politiques
les plus directement en prise avec les réalités des réfugié-e-s
ne viennent témoigner de l'ineptie d'une politique d'asile qui
ne sait même plus protéger celles et ceux qui en ont besoin.
Au fond, régulariser l'ensemble des cas présentés
par le canton de Vaud n'aurait provoqué aucun problème particulier,
puisqu'il s'agissait précisément de personnes bien intégrées
dans leur environnement social, scolaire et professionnel.
Mais cela aurait signifié donner raison à un canton qui
avait refusé d'expulser les survivants de Srebrenica en 1998, qui
avait fini par se montrer sensible au sort des Kosovars devant partir
en 2000 ou à celui des femmes kosovares isolées. Et ça,
c'était intolérable
La lutte se poursuit
A l'heure où l'on fourbit les armes en vue de la reprise des débats
sur la révision de la loi sur l'asile, il est important de créer
un mouvement capable de transcender les frontières cantonales et
de poser le débat sur le plan national. La leçon à
retenir de la lutte collective vaudoise est que la population a la capacité
de se mobiliser pour manifester son soutien à des personnes de
chair et de sang, à des destins qui lui sont contés, à
des familles que l'on voisine au quotidien.
Reste à faire le lien entre les débats à venir aux
Chambres fédérales, débats juridiques et abstraits,
et leurs conséquences pour les réfugié-e-s concer-né-e-s.
L'occasion a-t-elle été manquée en laissant la Coordination
Asile se défendre seule dans son canton ? Peut-être bien,
mais la lutte n'est pas terminée et toutes les énergies
et bonnes volontés sont les bienvenues !
Christophe Tafelmacher
Nous reproduisons ici le communiqué de presse de la Coordination asile du 12 août, qui donne les principaux axes dopposition aux renvois des 523 personnes rejetées par les autorités fédérales. Compte tenu de notre calendrier rédactionnel, il nous est impossible de vous faire part de tous les développements du bras de fer engagé entre les autorités du canton de Vaud et les membres de la Coordination asile. A lheure où nous écrivons ces lignes (fin août), un refuge sest ouvert le 26 à la Maison de paroisse de Malley pour héberger les premières familles menacées de renvoi. (réd.)
Cest avec une profonde colère et tristesse que nous avons appris la démission du Conseil dEtat; suite au protocole dengagements entre le Département fédéral de justice et police et le Conseil dEtat vaudois (signé en mai et rendu public ce jour), plus de cinq cents personnes sont menacées dexpulsion du canton, avec pour seul espoir une misérable aide au retour. La détermination du mouvement nen est que renforcée. Le canton de Vaud abandonne ses valeurs dasile et de protection, quil avait tenu jusquà ce jour en matière dasile. Cest ainsi une véritable démission du Conseil dEtat à laquelle nous assistons aujourdhui.
Des situations tragiques
Nous dénonçons cet accord honteux et affirmons notre détermination
à maintenir notre objectif de zéro renvoi. Nous ne pouvons
accepter que les mesures de contraintes soient utilisées et que
des êtres humains soient jetés dans des prisons en ayant
commis le seul «crime» de vivre en Suisse ! Non seulement
le tri effectué sur la base de la Circulaire Metzler a été
arbitraire et laisse sur le carreau de nombreuses familles intégrées,
de plus demeurent de nombreuses situations humaines tragiques où
le retour ne peut pas être envisagé.
Des retours inhumains
Parmi les personnes menacées dexpulsion, il y a des êtres
humains rescapés du massacre de Srebrenica, lun des plus
grands massacres en Europe, depuis la Deuxième guerre mondiale
! Cest comme si on avait demandé aux survivant-e-s de lholocauste
de retourner quelques années après sur les lieux des camps,
où vivraient en liberté leurs bourreaux. On ne peut également
pas tolérer que le canton de Vaud expulse vers la Kosove des femmes
seules, avec ou sans enfant, qui nont comme seul avenir que la prostitution
forcée ou lenfermement et lexclusion sociale. Et ce
ne sont que quelques exemples qui nous poussent à dénoncer
le contenu scandaleux de cet accord.
Une résistance programmée
Le Conseil dEtat tente de nous bercer avec la fameuse formule: «le
verre est à moitié plein et vous le voyez à moitié
vide». En effet, les promesses daide au retour nous semblent
très vides
Le Conseil dEtat abandonne toute idée
dAsile lorsquil envisage des programmes daide au retour
destiné aux personnes vulnérables. De plus, les promesses
daide à la recherche demploi, dans des pays ravagés
par le chômage, sont largement insuffisantes ! Le Conseil dEtat
a signifié ce matin très clairement quil allait expulser
les personnes refusant laide au retour. Nous lui répondons
dores et déjà, avec la même fermeté,
que notre détermination et notre résistance à défendre
toutes les personnes désirant rester en Suisse, seront à
la hauteur de ses attaques.
Christophe Tafelmacher, Yves Sancey, Nanda Ingrosso, Coordination asile, Lausanne, 12 août 2004
La mobilisation continue dans le canton de Vaud face aux expulsions de trois cents requérants dasile déboutés annoncées par le gouvernement vaudois le 10 avril 2003. Dans le cadre des manifestations du Bicentenaire du canton de Vaud, des représentants des diverses associations actives sur le terrain de limmigration et de lasile ont occupé le 27 juin 2003 le Musée historique durant toute la journée. Une lettre a été adressée au magistrat socialiste en demandant un moratoire sur tous les renvois.
Mais il a fallu rester vigilant durant la pause estivale. Plusieurs plans de vol ont en effet été notifiés pour le début du mois daoût 2003, visant un Kosovar ayant récemment rejoint le Mouvement «En 4 ans on prend racine», ainsi quune femme membre de l«Association des femmes kosovares isolées» et une adhérente de l«Association des mères bosniaques seules avec enfant». Si le plan de vol du premier cité a été annulé en toute dernière minute, la situation des deux femmes reste très précaire: M. Chiffelle et le Service de la population se montrent très peu sensibles aux motifs de fuite spécifiques aux femmes.
La mobilisation continue
Pour marquer la rentrée, une manifestation commune a été
organisée le mardi 26 août au Grand Conseil vaudois. Tracts
et slogans ont fait pression sur le gouvernement et sensibilisé
les députés. Pour le moment, le magistrat socialiste se
déclare inflexible
tout en intervenant au cas par cas pour
éviter certains départs ! Chose préoccupante, aucune
information précise na été communiquée
concernant les expulsions annoncées. Aucun chiffre nest donc
disponible et personne ne sait à ce jour quel a été
le résultat du revirement vaudois. On ignore également à
quelle fréquence ladministration a eu recours aux mesures
de contrainte; un cas a dores et déjà été
signalé. Il faut donc continuer à se mobiliser. Des distributions
de tracts au marché sont organisées, avec pour revendication:
lannulation de lexécution de tous les renvois, loctroi
dautorisations de séjour durables, et la reconnaissance des
droits égaux pour toutes les personnes vivant en Suisse, indépendamment
de leur origine et de leur sexe.
Christophe Tafelmacher
Paroles de requérants déboutés
"Je vous prie de bien réfléchir pour trouver une solution humainement acceptable.
J'ai rêvé de passer les vacances dans les Alpes suisses, cet hiver."
Dredhza, 6 ans"Le 3 juillet, c'est mon anniversaire. Cette année, j'ai eu 8 ans et j'ai fait deux vux.
D'abord que je sois intelligent à l'école. Et j'aimerais avoir le permis."
Toi, 8 ans"Dis-moi que, comme enfant, je n'ai pas de droits fondamentaux.
Dis-moi que je ne suis pas suffisamment intégrée parce que je n'ai que 10 ans.
Dis-moi que tu as le pouvoir d'effondrer mes rêves.
Mais ne me dis pas que je suis une étrangère."
Tina, 10 ans"Mes parents ont travaillé en Suisse pendant vingt ans. Plusieurs de mes frères et surs,
avec leurs familles, ont obtenu ces dernières années la nationalité suisse.
J'ai aussi des oncles à Lausanne.
Au total, environ cent personnes de ma famille vivent ici.
Et, de mon côté, mes propres enfants sont la troisième génération en Suisse."
Vete, 42 ansParu dans 24 Heures, 15.12.2004
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