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6e révision de la loi sur l'asile / RéférendumLes Chambres fédérales ont adopté le 16 décembre 2005 la révision de la loi sur l'asile (LAsi) et une nouvelle loi sur les étrangers (LEtr) qui sont parmi les plus dures d'Europe. Ces deux lois s'inscrivent dans une logique d'exclusion, de discrimination et de répression. La loi sur l'asile (LAsi) multipie les mesures de dissuasion et d'exclusion à l'égard des réfugiés. Elle prévoit: - la non-entrée en matière pour les requérants qui ne peuvent pas présenter de papiers d'identité, - le renvoi des requérants vers des pays tiers soi-disant "sûrs", - l'exclusion de l'aide sociale pour tous les réquérants déboutés, - l'entrave du réexamen des décisions erronées, - et les deux lois multiplient les mesures de contrainte permettant de prolonger jusqu'à deux ans la détention en vue du refoulement.
Désinformation
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On parle beaucoup de la tradition humanitaire de la Suisse, et pourtant depuis vingt-cinq ans la Suisse n'a cessé de durcir le droit d'asile à coup de révisions et de mesures urgentes, assorties à une pratique de plus en plus restrictive. De la remise en cause des garanties de procédures (suppression d'une instance de recours, limitation des auditions fédérales, ) à la liquidation de certaines demandes sans examen sur le fond (non entrées en matière), en passant par la marginalisation des requérants d'asile (interdiction de travail, assistance réduite, isolement social, aide d'urgence, ) et leur criminalisation (l'emprisonnement des déboutés en vue du renvoi), tout a été fait pour dire aux réfugiés: ne venez pas chez nous.
5 octobre 1979
Suite à un Message du Conseil fédéral du 31 août
1977, le Parlement adopte la 1ère loi sur l'asile. Jusqu'alors
l'asile n'était mentionné que dans un article de la Loi
sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE),
et la pratique reposait sur des directives fédérales. La
définition du réfugié et le principe du non-refoulement
basés sur la Convention de 1951 (ratifiée par la Suisse
en 1955), sont désormais ancrés dans la législation
suisse, avec une procédure complète prévoyant deux
recours successifs. Cette loi compte 54 articles. Elle entre en vigueur
le 1er janvier 1981. Cette année là, 4'226 demandes
sont déposées et 83% des décisions prises sont positives.
16 décembre 1983
Suite à un Message du 6 juillet 1983, une 1ère révision,
supprime le droit de recours au Conseil fédéral, en laissant
subsister un seul niveau de recours auprès du Département
fédéral de justice et police (DFJP). L'audition par l'office
fédéral est supprimée pour les requêtes jugées
a priori manifestement infondées. Le renvoi est désormais
examiné simultanément, lorsque la demande d'asile est décidée.
Premières restrictions au droit de travailler. La loi révisée
entre en vigueur le 1er juin 84. En 1985, on compte 9'703 demandes.
Le taux d'acceptation chute à 12%.
20 juin 1986
Suite à un Message du 2 décembre 1985, une 2ème
révision de grande ampleur (la place manque pour mentionner
les révisions plus limitées) est adoptée par les
Chambres. L'enregistrement est centralisé dans quatre centres fédéraux
fonctionnant selon un régime de semi-détention (CERA), les
requérants d'asile sont répartis entre les cantons selon
une clé de répartition qui ne tient aucun compte des liens
sociaux pouvant exister, l'assistance peut déroger aux normes usuelles
et elle doit si possible être fournie en nature. La prise de décision
sur dossier devient la règle, et l'audition fédérale
l'exception. Une détention administrative de 30 jours est créée
en vue du refoulement. Le Conseil fédéral est autorisé
à déroger à la loi en cas d'afflux "extraordinaire"
de requérants d'asile.
Un référendum échoue par 32,6% de non contre 67,4%
de oui, le 5 avril 1987. La révision entre en vigueur le 1er
janvier 1988. Cette année là, on enregistre 16'726 demandes.
Le taux d'octroi de l'asile tombe à 5,5%.
22 juin 1990
Un Arrêté fédéral urgent modifie profondément
la procédure d'asile suite à un Message du 25 avril 1990.
Il introduit le principe d'une "non-entrée en matière"
avec renvoi immédiat pour différentes catégories
de demandes considérées comme abusives ou infondées,
notamment dans le cas de requérants provenant de pays que le Conseil
fédéral peut déclarer "sûrs" sans
autre justification. Le renvoi immédiat vers un pays tiers dans
lequel le requérant a transité plus de 20 jours est introduit.
Les contrôles dactyloscopiques (empreintes digitales) sont légalisés
et systématisés, et l'obligation de collaborer est étendue.
L'interdiction de travailler est généralisée pendant
les 1ers mois suivant le dépôt de la demande d'asile. Les
cantons ne peuvent plus proposer de permis "humanitaires" qu'après
quatre ans de séjour, et seulement si la procédure n'est
pas close. Une "admission provisoire" précise le statut
de ceux dont le renvoi est illicite, inexigible ou impossible. Seul point
positif, une instance indépendante de recours (CRA) est créée.
L'arrêté urgent entre en vigueur immédiatement. En
1991, on dénombre 41'629 demandes d'asile. Le taux d'acceptation
n'est plus que de 2,4% pour l'asile, auquel s'ajoutent 0,5% d'admission
provisoire.
18 mars 1994
Suite à un Message du 22 décembre 1993, une loi sur les
mesures de contrainte (LMC) est adoptée en procédure
accélérée. Celle-ci modifie essentiellement la Loi
sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE),
mais elle vise principalement les requérants d'asile déboutés.
Portée par une campagne politique et médiatique visant les
"requérants d'asile criminels et trafiquants de drogue",
la LMC fait passer la durée de la détention administrative
en vue du refoulement de 30 jours à 9 mois, qui peut être
précédée dans certaines conditions de 3 mois de détention
préparatoire, y compris pour les mineurs dès 15 ans. Des
assignations ou exclusions géographiques peuvent être ordonnées.
Les fouilles et les perquisitions sont autorisées en dehors de
toutes enquêtes pénales. Un référendum échoue
le 4 décembre 1994, la LMC étant acceptée par 72,9%
des votants. Cette législation entre en vigueur le 1er février
1995. L'année suivante, on enregistrera 18'001 demandes d'asile,
avec un taux de 10,3% pour l'octroi de l'asile et de 25,7% pour l'admission
provisoire (du fait de la guerre de Bosnie).
26 juin 1998
Trois ans après un Message du Conseil fédéral daté
du 4 décembre 1995, le Parlement adopte une révision
totale de la loi sur l'asile, qui élargit le refus d'entrer
en matière aux réfugiés sans papiers d'identité,
sauf en cas d'indices de persécutions. La procédure est
durcie en dérogeant aux règles de procédure ordinaire
en matière de langue et de délais, notamment. Une procédure
et un statut particuliers sont créés en cas d'afflux de
réfugiés de la violence, afin de les tenir à l'écart
de la procédure d'asile en leur accordant une protection temporaire
jusqu'à ce que le Conseil fédéral proclame que la
situation dans leur pays d'origine s'est améliorée. La loi
sur l'asile passe ainsi de 54 à 123 articles. Simultanément,
un Arrêté fédéral urgent est décrété,
suite à un Message gouvernemental du 13 mai 1998, pour imposer
l'entrée en vigueur immédiate des nouvelles clauses de non
entrée en matière. Les référendums contre
l'arrêté fédéral et contre la loi recueilleront
29,4 et 29,1% des votes. La loi entre en vigueur le 1er octobre 1999.
En 2000, passés les records dus à la guerre du Kosovo, les
demandes d'asile se montent à 17'611. Le taux d'octroi de l'asile
est de 5,3% et le taux d'admission provisoire à 38.0% (la "protection
temporaire" ne sera jamais appliquée).
16 décembre 2005
Les Chambres achèvent une énième révision
d'envergure du droit d'asile, suite à un Message du 4 septembre
2002. C'est l'objet des débats actuels.
Isabelle Furrer
"Bulletin de liaison pour la défense du droit d'asile", comme le proclame sa couverture depuis plus de 20 ans, Vivre Ensemble est bien sûr aux premières lignes dans la campagne contre la révision de la loi sur l'asile (LAsi). Dans notre numéro de février, nous avons cependant inséré une feuille de signatures qui porte également sur la loi sur les étrangers (LEtr), et ce numéro lui est plus spécialement consacré. Sommes-nous en train de renoncer à notre spécificité ?
Sur le terrain, la totalité des comités cantonaux et la plupart des organisations concernées par l'asile ont fait, comme nous, le choix du double référendum. Un choix qui s'est fait sans grands débats, tant il a paru évident.
Discutées parallèlement aux Chambres fédérales, ces deux lois puisent à la même source, et les valeurs fondamentales qu'elles bafouent sont les mêmes, au point qu'elles sont indissociables comme les deux faces d'une même pièce.
Protester contre des mesures de contraintes excessives, comme l'emprisonnement pour deux ans de personnes qui n'ont commis aucun délit de droit commun, nécessite de dire NON simultanément à la LEtr et à la LAsi, parce que les parlementaires ont décidé d'introduire les mêmes dispositions dans les deux projets de loi.
Refuser une société qui rejette les déboutés de l'asile dans la marginalité en leur refusant l'aide sociale, c'est bien sûr aussi dire NON à une loi sur les étrangers, qui refuse toute régularisation pour les sans-papiers en les maintenant dans la précarité.
S'opposer à des pratiques policières incontrôlées qui portent atteinte aux libertés individuelles, c'est refuser le droit de perquisition sans mandat judiciaire qui figure dans la LAsi. Mais c'est aussi, bien évidemment, rejeter les écoutes téléphoniques et les enquêtes par agents infiltrés prévues par le projet LEtr pour des questions de mariage blanc et de séjour clandestin.
Revendiquer des droits clairs plutôt que des décisions arbitraires, c'est s'opposer à la multiplication des procédures de non-entrée en matière sur les demandes d'asile, mais aussi refuser que l'octroi du permis C ou du regroupement familial soit laissé à la libre appréciation de la police des étrangers.
Vouloir une Suisse ouverte, qui rejette les logiques racistes et discriminatoires, c'est s'opposer au durcissement continu du droit d'asile face à l'arrivée de réfugiés du tiers monde, aussi bien que refuser une loi sur les étrangers qui pénalise les non-européens en leur fermant les portes de notre pays.
Alors que le double référendum contre la LEtr et la LAsi vient d'aboutir, en dépassant très largement la barre des 50'000 signatures, la campagne de votation qui va s'ouvrir devra intégrer cette logique commune pour favoriser un rassemblement aussi large que possible contre les deux "lex Blocher".
Yves Brutsch
Le référendum est lancé et les débats vont s'intensifier. Beaucoup de commentaires opposent le réalisme du durcissement face aux abus à l'angélisme des défenseurs des réfugiés. Réalisme ? Angélisme ? Si les mots ont encore un sens, c'est bien le manque de réalisme des partisans de la révision qui doit être dénoncé.
Est-ce réaliste de penser que la Suisse respecte la Convention de Genève lorsqu'elle prévoit de refuser l'entrée en matière aux personnes qui demandent l'asile sans déposer de papiers d'identité ? Toute l'histoire montre que les réfugiés qui fuient des persécutions ne disposent souvent pas de tels documents.
Est-ce de l'angélisme de dire que seul un examen effectif des motifs d'asile permet de savoir si un requérant doit être protégé ?
Est-ce réaliste de croire qu'il suffit de couper les vivres à tous les déboutés pour faire partir des demandeurs d'asile qui ont quitté une situation sans issue et qui ont bravé mille dangers pour arriver en Suisse ?
Est-ce de l'angélisme de dire que cette suppression de l'aide sociale qui va viser des milliers de personnes par an, ne va pas engendrer une dégradation majeure de notre vie sociale, accroître la petite délinquance, les problèmes de santé publique, la mendicité, le travail au noir ?
Est-ce réaliste de multiplier les possibilités de détention administrative, jusqu'à deux ans de prison, comme si cela apportait une réponse aux difficultés d'exécution des renvois, alors qu'une étude fédérale toute récente montre que le taux de renvoi effectif est le même à Zurich qu'à Genève, où la détention est utilisée cent fois moins fréquemment ?
On pourrait multiplier les exemples. En fait, depuis l'origine, la politique officielle a rarement reposé sur une analyse sereine de la problématique. Les idées toutes faites, les a priori et les calculs politiques (il est plus simple de dénigrer les requérants que d'apporter des solutions à des problèmes complexes) n'ont cessé d'empêcher un débat objectif.
La réalité, la vraie, celle qui pousse des hommes, des
femmes et des enfants à nous demander asile, intéresse au
fond très peu les décideurs. Il est plus simple de déclarer
arbitrairement qu'un pays est "sûr" et de refuser d'entrer
en matière.
Battre en brèche l'angélisme avec laquelle une très
large part de l'opinion publique continue de croire que notre politique
d'asile, malgré tous les durcissements, reste guidée par
le souci d'accueillir les "vrais réfugiés" représente
bien le plus grand défi de la campagne référendaire.
Yves Brutsch
Un peu partout en Suisse, des comités référendaires cantonaux se sont constitués ou sont en voie de constitution. S'il est vrai qu'en Suisse centrale, Lucerne mis à part, les militants des petits cantons peinent à s'organiser, la bonne surprise est venue de Suisse orientale. Dès les premières réunions nationales, à l'été 2005, elle était représentée à travers un mouvement solidement constitué qui s'est formé en réponse à la mise à la rue des victimes de non-entrée en matière. C'est désormais le "Solidaritätsnetz" actif à Saint-Gall et dans toute la région qui porte le double référendum. L'occasion de s'intéresser à la genèse de ce mouvement citoyen, qui vient de publier un livre(*) dont nous reprenons ici un extrait de l'introduction. (Réd.)
"Le canton de Saint-Gall a mis en application l'exclusion de l'aide sociale après une non-entrée en matière (NEM) dès le 1er octobre 2004. Ce jour là, deux cents personnes qui étaient hébergées jusque-là dans les cinq centres pour requérants obtinrent leur "indépendance" - pour reprendre les termes de l'Office fédéral pour la migration (ODM).
En clair: elles étaient mises à la porte avec leur valise ou leur sac à dos. Environ vingt-cinq personnes ont demandé une aide de première nécessité à Altstätten, Saint-Gall, Oberbüren et Brunnadern. Quelques-unes trouvèrent un abri chez des amis, d'autres passèrent leurs nuits dans les parcs, la forêt, une cabine téléphonique ou dans une gare. Après les premières nuits fraîches et pluvieuses de mi-octobre, certains prirent contact avec la paroisse à Brunnadern (un village du Toggenburg) et à Saint-Gall.
Création d'une cantine
Dans le chef-lieu du canton, un petit groupe de citoyens engagés
s'était formé dès septembre pour développer
des scénarios en réponse à l'exclusion de l'aide
sociale. Suite à l'échange avec les personnes concernées,
ils décidèrent de mettre sur pied rapidement et sans grandes
façons une cantine pour les "NEM" avec des bénévoles.
Le départ eut lieu à fin octobre par des offices religieux
au centre cuménique Halden à l'est de Saint-Gall.
Les éléments moteurs étaient, outre les membres actifs
des Eglises, les membres du Cabi, un point de rencontre anti-raciste.
En quelques jours seulement, trente bénévoles furent trouvés,
et fin novembre les premiers repas servis au centre ville dans des locaux
sobres d'un groupe de solidarité.
Action humanitaire et politique
Auparavant, le 6 novembre 2004, trente-deux Saint-Gallois et six personnes
avec décision NEM avaient créé le "Réseau
de solidarité de Saint-Gall". Mais dès la deuxième
assemblée générale, en décembre, il fût
transformé en "Réseau de solidarité de Suisse
orientale", vu la participation de représentants d'autres
cantons. Dès le tout début, deux piliers fondamentaux furent
définis: l'aide humanitaire aux personnes concernées et
le travail politique au niveau local et national. Le réseau se
veut ouvert, tant en ce qui concerne les motifs d'engagement que dans
les formes de collaboration. On a volontairement renoncé à
fonder une association, à élaborer des statuts ou à
formuler des règlements internes. Le réseau de solidarité
ne veut ni récupérer, ni niveler ses membres, mais développer
et mettre en réseau le potentiel de citoyens actifs.
Solidarité immédiate
Avec le soutien de l'Entraide protestante suisse (EPER), une carte-réponse
fut élaborée grâce à laquelle on peut s'inscrire
comme membre et/ou comme volontaire. Les cuisinières et cuisiniers
furent rapidement au nombre de soixante. Un groupe se forma pour accompagner
les "NEM" dans leurs démarches administratives. Des avocats,
des médecins, des dentistes, des musiciens offrirent leurs services.
Des dons spontanés arrivèrent. Certains membres acceptèrent
de prendre des personnes concernées chez eux dans les cas d'urgence.
D'autres s'occupèrent des visites en prison.
Réseau en expansion
Le réseau de solidarité croissant a rapidement éveillé
l'intérêt des médias, fortement soutenu par la direction
de l'Eglise réformée du canton de Saint-Gall et par l'évêque
qui réside sur place. Une gigantesque table publique fut mise et
un repas servi sur une place centrale de Saint-Gall. La manifestation
qui suivit, "Dignité pour tous", mobilisa en mars 2005,
malgré un froid glacial, cinq cents personnes. En avril, le réseau
de solidarité invita environ cent représentants de la politique,
de la culture, des Eglises et des mouvements de base à un "Banquet
républicain" pour un bon repas et bien plus. Des discussions
animées et de brillants discours contre le durcissement du droit
d'asile ont mis en évidence que les droits fondamentaux ainsi que
la crédibilité de l'Etat et des Eglises sont en jeu. (
)"
Andreas Nufer-Siqueira
*"Und es sind Menschen auf der Flucht" (12 biographies de requérants visés par une non-entrée en matière, en partie en français et en anglais), Rex Verlag, Lucerne, novembre 2005 (190 p., prix: 29.80 fr.). Pour commandes: www.solidaritaetsnetz.ch
La Suisse de Christoph Blocher a de quoi faire froid dans le dos. Sa loi sur l'asile révisée voudrait nous conduire à une Suisse sans réfugiés, ou presque Une Suisse repliée sur elle-même, où les rares demandeurs d'asile qui parviendraient à franchir la frontière seraient menacés sous tous les prétextes de non-entrée en matière, exclus de l'aide sociale et visés par deux ans de détention en vue du refoulement.
Est-ce la mort du droit d'asile ? La réalité est plus complexe. La mort du droit d'asile a déjà été annoncée après l'arrêté urgent de 1990. Mais l'instinct de survie de ceux qui n'ont plus rien à perdre, la solidarité agissante des militants de l'asile, la marge d'interprétation qui subsiste pour nombre de clauses légales, les garde-fous du droit international et les contradictions de notre société, à la fois xénophobe et attachée à son image humanitaire, ont permis à des milliers de réfugiés, année après année, d'arracher malgré tout un droit de séjour. Il en ira encore ainsi à l'avenir, si nous restons mobilisés.
Contre une telle loi, le référendum va de soi. Après les débats consternants des Chambres fédérales, c'est un acte d'hygiène mentale. Il ne nous conduira sans doute qu'à 30 ou 33% des voix, tant le pays est marqué par l'alignement quasi total du centre droit sur l'UDC. Mais là n'est pas l'essentiel. Pour nous, le référendum est une chance. Etre capable de récolter 50'000 signatures, c'est amorcer une campagne de grande ampleur, qui n'a aucun égal dans notre vie publique. C'est à travers cette dynamique et celle des Etats généraux de la migration et de l'asile* les 17 et 18 décembre prochain, que nous pourrons le mieux organiser la résistance, renforcer les réseaux existants et en recréer d'autres, développer sous toutes ses formes un travail d'explication et de conviction au sein même de la population.
On croit parfois qu'une loi adoptée par le peuple sera appliquée d'autant plus durement. C'est le contraire qui est vrai. Car la campagne de votation, en dénonçant les excès de la révision, pousse ceux qui l'ont voulue à promettre une application raisonnable. Elle pose ainsi les bases d'une jurisprudence modérée. Après le vote de 1999, le nouveau régime de protection provisoire n'a jamais été appliqué, l'application des clauses de non-entrées en matière est restée bien plus limitée que ce que l'on pouvait craindre, et la possibilité de notifier des décisions en allemand en Suisse romande a été fortement limitée.
Vivre Ensemble, SOS Asile VD, la Coordination genevoise, la Freiplatzaktion à Zurich et tant d'autres fêtent cette année 20 ans de luttes pour la défense du droit d'asile. Vingt ans, c'est l'âge de la maturité. Celle qui nous permet de ne pas céder au découragement aujourd'hui, et de continuer, demain comme hier, à tendre la main à nos amis réfugiés. En bref, de continuer de faire vivre, envers et contre tout, une autre Suisse que celle du rejet et de la haine. Signer et faire signer le référendum, c'est poursuivre notre combat et résister à la blochérisation des esprits.
Vivre Ensemble
* pour plus d'information: www.sansnous.ch
La loi qui va sortir du processus de révision engagé depuis plusieurs années est d'ores et déjà critiquée par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies comme l'une des plus sévères. De fait, certaines de ses dispositions menaceront directement de renvoi des personnes qui jusqu'ici trouvaient protection en Suisse. D'autres multiplieront les discriminations et les atteintes à la liberté personnelle. La suppression généralisée du droit à l'aide sociale poussera les déboutés dans la clandestinité. En amont, tout sera fait pour que les réfugiés n'arrivent pas jusqu'à nous. En théorie, la Suisse, gardienne de la Convention de Genève sur les réfugiés, continue de dire son attachement au droit d'asile. Mais en pratique les réfugiés sont des indésirables. L'asile oui, mais par chez nous.
On le sait, le Conseil des Etats avait fait l'essentiel du travail à la session de mars, en acceptant toutes les propositions introduites à la hussarde dans cette révision par Christoph Blocher. Le National a entériné et l'essentiel des modifications apportées à la loi, sur des dizaines d'articles, sont désormais approuvées par les deux Chambres. Restent quelques divergences sur lesquelles il est probable que les Etats s'aligneront. Au final, cette révision placée sous le signe des abus devient elle-même abusive. Car les dispositions qui voudraient frapper les fraudeurs sont ainsi conçues qu'elles visent en pratique tout le monde.
Réfugiés en danger
La clause de non-entrée en matière (NEM) pour les requérants
qui ne peuvent présenter de documents d'identité à
l'arrivée est ici symptomatique. Car un requérant sans papiers
peut aussi bien les avoir cachés que se les être fait confisquer
dans son pays. Jusqu'ici la loi faisait la différence en interdisant
la NEM si des "indices de persécution" ressortaient de
l'audition. Désormais, on pourra renvoyer les réfugiés
dont le cas présente des indices de persécutions
Il
n'y aura d'exception que si l'audition révèle dès
le début un cas d'asile manifeste ou la nécessité
de mesures d'instruction complémentaires. La belle affaire: 496
personnes ont obtenu l'asile en 2004 (regroupement familial mis à
part). Mais il n'y a eu que 30% de cas suffisamment manifestes pour être
tranchés dans les deux mois, et seules 47% de ces décisions
positives ont impliqué des mesures complémentaires, d'ailleurs
souvent ordonnées bien après l'audition. Désormais,
ces réfugiés passeront à la trappe s'ils ne présentent
pas dans les 48 heures un passeport ou une carte d'identité (tous
les autres papiers ne comptent plus, pas plus que ceux qui seraient présentés
tardivement).
La détresse, un abus ?
La volonté de renvoyer le maximum de personnes, même celles
qui n'ont commis aucun abus, est évidente avec la suppression de
l'admission pour "détresse personnelle" en cas de renvoi
après une longue intégration. L'Office fédéral
des migrations (ODM) et la Commission de recours (CRA) pouvaient ainsi
renoncer à l'exécution du renvoi si la procédure
avait duré plus de quatre ans. A l'entrée en vigueur de
la loi révisée, en 2007, ce sera terminé. Seuls les
cantons pourront encore proposer un permis pour cas de rigueur, mais seulement
après plus de cinq ans. Ils pourront certes le faire même
après la clôture de la procédure. Mais c'est l'ODM
qui décidera. En outre l'application de la circulaire Metzler a
bien montré que seule une poignée de canton est intéressée
à faire ce genre de proposition de régularisation. La loterie
sera totale.
Traités comme des parias
Durant tout son séjour, le demandeur d'asile sera traité
comme un suspect, soumis de façon discriminatoire à diverses
mesures de contrôle. Obligation de se soumettre à la collecte
de données biométriques, perquisitions sans contrôle
judiciaire, expertises visant à déterminer son âge.
Débouté, il pourra être laissé à la
rue, n'ayant plus droit qu'à une aide d'urgence minimaliste, que
certains cantons cherchent même à éluder. La loi ne
fait pas une règle absolue de l'exclusion de l'aide sociale pour
les déboutés, dès lors qu'elle se contente de régler
l'indemnisation des cantons par un forfait unique. Mais on voit mal les
cantons décider de poursuivre l'aide sociale à leur frais,
sauf pour quelques cas particuliers. Le régime appliqué
en cas de NEM, et déjà souvent dénoncé dans
Vivre Ensemble, va ainsi frapper trois fois plus de monde.
Détention pour tous
Au chapitre des mesures de contrainte, la diabolisation dont sont victimes
les requérants se concrétise lourdement. La détention
en vue du refoulement est prolongée et elle sera désormais
doublée d'une possibilité de détention pour insoumission
visant tous ceux dont le délai de départ sera échu.
Au total, cette détention administrative pourra aller jusqu'à
24 mois. Une durée, totalement disproportionnée en dehors
d'une condamnation pénale. Le contrôle judiciaire dans les
96 heures est retardé jusqu'au douzième jour si l'intéressé
"a donné son consentement écrit" ! Pour bien faire,
une détention spéciale de vingt jours peut être ordonnée
par l'ODM en cas de renvoi depuis le centre d'enregistrement. Une rétention
policière de 72 heures est aussi possible pour toute démarche
de procédure, ainsi qu'une détention de soixante jours lorsque
le canton se sera procuré les documents de voyage. Enfin, tout
débouté pourra se voir interdire de quitter un certain territoire,
sous peine de
trois ans de prison ! Une panoplie inouïe, qui
fera certainement les beaux jours des cantons répressifs, sachant
que Zurich a mis cent fois plus de personnes en prison que Genève
entre 2001 et 2003.
Rendre la Suisse inatteignable ?
Force est de constater, à teneur de cette loi, que les demandeurs
d'asile sont des indésirables, qu'il faut traiter comme des criminels.
L'idéal, pour les tenants de cette politique serait bien sûr
qu'ils ne puissent pas gagner le territoire national. A ce chapitre, des
amendes sont prévues pour les compagnies aériennes qui manqueraient
de vigilance, et la procédure d'aéroport permet désormais
une rétention de soixante jours, de façon à pouvoir
rejeter la demande sans laisser entrer l'intéressé. La voie
des airs ainsi verrouillée, il faut se souvenir que dès
le début de la révision de la loi, une clause de non-entrée
en matière pour passage par un pays tiers a été adoptée.
Jusqu'ici il fallait que le requérant s'y soit arrêté
au moins vingt jours dans un autre pays. Dorénavant un simple transit
suffit, si ce pays tiers est déclaré sûr et qu'il
accepte la reprise sur la base d'un accord bilatéral. Vis-à-vis
des pays européens, le dispositif "Dublin II" viendra
se substituer à cette clause lorsqu'il entrera en vigueur. Mais
la loi suisse va au delà. On a déjà connu par le
passé des renvois dans des pays tiers comme l'Egypte ou l'Afrique
du Sud qui se sont terminés en prison.
Face à ce nouveau dispositif, les requérants seront obligés
d'inventer de nouveaux stratagèmes pour masquer leur itinéraire,
et on aura beau jeu de dénoncer les abus. Et si le véritable
abus était d'utiliser notre position géographique pour nous
débarrasser du problème sur les autres ?
Yves Brutsch
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"La Suisse accueillera toujours les vrais réfugiés". Depuis 20 ans, c'est derrière cette promesse lénifiante que le droit d'asile est systématiquement démantelé. Le 30 septembre 2005, dans Le Temps, le porte-parole de l'ODM, Dominique Boillat, va encore plus loi dans le cynisme. Ceux qui n'ont pas de papiers d'identité peuvent en effet échapper à la non-entrée en matière (NEM), explique-t-il, s'ils rendent d'emblée manifeste leur qualité de réfugié. "La personne peut, par exemple, présenter une cassette vidéo qui démontre qu'elle a été brutalisée par des policiers". Une vidéo de scènes de tortures ? Mais c'est bien sûr ! Comment ceux qui fuient leur pays sont-ils assez bêtes pour ne pas demander à leurs tortionnaires la preuve de leurs exactions ?
Au moment de boucler ces lignes, plusieurs inconnues subsistent dans la révision de la loi sur l'asile. Dans le cadre de l'élimination des divergences, le Conseil des Etats peut en effet encore imposer trois mesures de durcissement supplémentaires. La plus grave porte sur une redéfinition plus restrictive de l'inexigibilité du renvoi, qui donne droit chaque année à plusieurs milliers d'admissions provisoires (la notion de "danger concret" risque d'être limitée au seul "danger pour l'existence"). La deuxième exclurait aussi de l'aide sociale ceux qui demandent la révision ou le réexamen d'une décision négative et qui obtiennent de l'autorité le droit de séjourner légalement en Suisse. La troisième instituerait une médecine à deux vitesses en autorisant la réduction des prestations d'assurance maladie pour les seuls demandeurs d'asile.
Y-a-t-il encore une logique dans la révision en cours de la loi sur l'asile ? Le bon sens et la raison semblent en tout cas avoir disparu de ce dossier.
Les mises en garde se sont multipliées contre l'idée d'appliquer à tous les déboutés le régime d'exclusion de l'aide sociale qui est imposé depuis plus d'un an à ceux qui reçoivent une décision de non-entrée en matière (NEM). Une évaluation sur trois ans était prévue par les autorités fédérales pour éviter les retombées de ce basculement dans la clandestinité imposé à des milliers de personnes. Mais le Conseil des Etats, poussé par Christoph Blocher, a décidé de généraliser la mesure à tout le monde, soit trois fois plus de personnes, sans attendre de savoir à quoi cela pouvait bien mener.
Au chapitre des mesures de contrainte, on a fait encore plus fort. Ici, un rapport officiel venait de démontrer que la détention en vue du refoulement, introduite il y a dix ans, n'avait aucune efficacité. Il n'y a pas plus de renvois à Zurich, qui met chaque année des milliers de déboutés en détention, qu'à Genève, où l'on se limite à quelques dizaines de cas par an. Qu'à cela ne tienne. Les Etats ont allègrement décidé de multiplier les motifs de détention et d'en doubler la durée maximale. On pourra désormais faire deux ans de prison pour n'avoir pas eu de chance à la loterie de l'asile.
Mais il y a plus. Derrière la lutte contre les abus, plusieurs modifications, voulues par Christoph Blocher, viennent maintenant nier l'idée même du droit d'asile pour les personnes menacées. Si elles sont acceptées par le National, après les Etats, les personnes en situation de détresse personnelle ne pourront plus obtenir une admission provisoire; de même que les personnes menacées d'un danger concret mais non mortel. Par ailleurs, les réfugiés dont les persécutions ne sont pas d'emblée manifestes se heurteront à une NEM s'ils ne possèdent pas de documents d'identité. (voir dossier NEM)
Bref: dans bon nombre de cas où les autorités accordent aujourd'hui le droit de rester en Suisse, la nouvelle loi ne prévoit que le renvoi. Partant de la volonté de protection qui fonde le droit d'asile, on aboutira ainsi à une loi organisant la mise en danger des personnes en danger.
Un tel délire devrait inquiéter profondément l'opinion publique. Mais n'est-ce pas sur les peurs et les préjugés de cette même opinion, que les politiques ont élaboré cette révision paranoïaque ? Derrière la mise en cause du droit d'asile, dont la vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme souligne dans ce numéro (voir l'article de Boël Sambuc) les ressorts xénophobes, c'est tout l'édifice des droits humains qui se fissure. Il serait temps d'en prendre conscience.
Vivre Ensemble
C'est finalement le 27 septembre que le Conseil national reprendra l'examen de la révision de la loi sur l'asile. Le vote final pourrait intervenir en décembre, après un ultime round aux Etats. L'ensemble des mesures de durcissement prônées dans le message du Conseil fédéral du 4 septembre 2002 étant déjà adoptées, l'enjeu est désormais de savoir si les mesures complémentaires voulues par Christophe Blocher passeront la rampe. Avec, parmi elles, des mesures qui n'ont plus rien à voir avec les abus, mais qui excluent purement et simplement de nombreuses personnes en danger, bafouant ainsi le droit d'asile.
Parmi les multiples interventions adressées ces derniers mois aux parlementaires, un texte des Centres sociaux protestants (CSP) donne plusieurs exemples concrets pour illustrer les conséquences du projet de loi. Nous reprenons ici le cas de trois personnes qui ont obtenu l'asile ou l'admission provisoire, et que les modifications déjà acceptées par le Conseil des Etats auraient condamnées au renvoi.
Plus d'asile en cas de persécution ?
Une jeune femme d'un pays d'Afrique dépose en Suisse une demande
d'asile le 30 octobre 2001. Elle est totalement démunie de toute
pièce d'identité. Elle dit être de la famille d'un
militaire accusé d'avoir participé à l'assassinat
du Président de ce pays, avoir été agressée
par les militaires au moment de l'arrestation de cette personne, avoir
été violée à cette occasion et mise en résidence
surveillée. Le 6 octobre 2003, elle a reçu l'asile grâce
à des moyens de preuves irréfutables obtenus par le CSP
auprès d'Amnesty International et du CICR. Avec le nouvel article
32 al. 2 LAsi, cette jeune femme n'obtiendrait plus d'entrée en
matière sur sa demande d'asile, étant donné que sa
qualité de réfugiée n'a pas été établie
au terme de l'audition et que l'Office fédéral, qui ne croyait
pas à son histoire, n'a initié aucune mesure d'instruction.
Plus d'admission en cas de détresse ?
En 1996, un jeune requérant d'asile mineur et orphelin provenant
d'un pays africain a déposé une demande d'asile en Suisse
alors qu'il était âgé de 14 ans. Il a effectué,
durant toutes les années de procédure nécessaire
à l'examen de sa demande, sa scolarité obligatoire, puis
un apprentissage réussi avec d'excellentes notes. En 2002, alors
que son intégration en Suisse était excellente, qu'il subvenait
à ses besoins et n'avait jamais eu de comportement répréhensible,
la Commission de recours en matière d'asile (CRA) a ordonné
l'admission provisoire pour cas de détresse personnelle grave estimant
qu'après tant d'années d'éloignement, et sans réseau
familial ou social sur place, il ne parviendrait pas à s'intégrer
dans son pays d'origine, ayant passé toutes les années déterminantes
à son développement personnel, social et professionnel en
Suisse. A l'avenir, un tel cas ne pourrait tout simplement pas être
examiné si le canton de domicile n'en prend pas l'initiative.
Renvoi malgré un danger concret ?
Veuve de guerre ayant subi des viols collectifs durant ce conflit, une
jeune femme dépose en 2001 une demande d'asile en Suisse. Compte
tenu de la gravité du traumatisme subi, et des soins psychiatriques
aigus que son état mental nécessite, l'Office fédéral
des réfugiés (ODR) reconnaît un an plus tard, suite
au dépôt d'un recours contre son renvoi, que ce dernier n'est
pas raisonnablement exigible, et il lui accorde une admission provisoire,
alors que le conflit est terminé. Il a tenu compte du fait que
les soins indispensables à l'amélioration de son état
de santé ne sont pas accessibles dans son pays d'origine et que
la confrontation avec d'éventuels agresseurs et les lieux de ce
drame ne pourront qu'entraîner une décompensation psychiatrique.
Une solution qui serait rendue impossible, par l'exigence d'un danger
de vie ou de mort comme condition pour l'octroi.
Et ce n'est pas tout !
En outre, dans le cadre de la généralisation de l'aide d'urgence
à tous les déboutés, Christoph Blocher veut maintenir
à l'aide d'urgence pour les faire partir de Suisse, ceux qui obtiennent
la suspension de leur renvoi dans le cadre d'une procédure extraordinaire
de révision ou de réexamen. (voir V-E no 103, juin 05, p.
4)
On le voit, il ne s'agit plus simplement de durcir la loi. Ce que veut
aujourd'hui l'UDC et ses alliés c'est tout simplement empêcher
l'accueil de catégories entières de personnes qui bénéficient
actuellement de l'asile ou de l'admission provisoire. Un sursaut est-il
encore possible pour l'empêcher ? Lors des travaux de la Commission
préparatoire du Conseil national, seule la redéfinition
de l'inexigibilité du renvoi a été contestée
par une majorité.
Yves Brutsch
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Les cantons se disent souvent hostiles à une exclusion générale de l'aide sociale pour tous les déboutés de l'asile, sur le modèle de ce que subissent déjà les victimes de non-entrée en matière (NEM). On peine pourtant à voir les parlementaires du centre et de la droite s'opposer à ce projet. Les autorités cantonales ont-elles perdu tout contact avec leurs parlementaires ? C'est en fait un sordide marchandage qui semble avoir acheté la docilité des parlementaires bourgeois. Alors que la subvention unique, accordée au canton pour les frais de l'aide d'urgence que les déboutés de l'asile pourraient encore demander après avoir été chassés des structures d'accueil était encore de 5'000 fr. par personne au début de l'année, elle est maintenant prévue à 15'000 fr. Une excellente affaire pour tous les cantons qui organisent l'aide d'urgence de façon si dissuasive que presque personne ne vient la réclamer.
Yeb
Nous publions ici un texte de Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme, rédigé à l'occasion de la Journée du réfugié du 18 juin. Cet article de réflexion plus global permet de prendre du recul. Il nous a aussi intéressé par sa manière de rejoindre les préoccupations régulièrement exprimées dans Vivre Ensemble concernant la dérive xénophobe de la politique d'asile et son rôle de "laboratoire" dans le démantèlement de l'état social. (réd.)
Le 17 mars marque le degré zéro dans l'histoire de la politique de l'asile de notre pays. Ce jour-là, sur le plan des droits de l'homme, la Suisse est entrée en état de régression. En l'absence de toute menace sur le pays et avec un nombre de demandes d'asile au plus bas, le Conseil des Etats a souscrit à un durcissement sans précédent de la législation. Plus qu'un coup d'arrêt à une politique jugée laxiste, il faut y voir une tentative de déconstruction du dispositif du refuge en Suisse. A terme, c'est sans doute le système des droits humains qui est visé, tel qu'il a été élaboré en Europe et dans notre pays depuis deux générations, sur la base de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Constitution fédérale.
Dérive annoncée
Vue sous cet angle, la législation sur l'asile est devenue l'enjeu
emblématique d'un rapport de forces politique opposant les tenants
de la démocratie libérale de l'Etat de droit helvétique
actuel aux partisans d'une révolution conservatrice. Dans ce sens,
si nous ne réagissons pas, il est à craindre que les restrictions
des libertés fondamentales des personnes relevant de l'asile n'annoncent
une dérive autoritaire dans d'autres domaines.
Devoir de protection bafoué
Il est encore temps de s'opposer à une évolution qui n'est
en rien inéluctable. Dans le passé, la Suisse a disposé
d'une législation de l'asile progressiste en comparaison internationale,
conforme à l'idéal humaniste de l'après- guerre.
L'époque n'était pas encore au soupçon généralisé
d'abus. Au contraire, dans le discours officiel comme au sein de la population,
prévalait l'attachement au devoir ancestral d'hospitalité
et de protection des personnes persécutées dans leur pays
d'origine.
Aujourd'hui, à coups d'affiches mensongères et xénophobes,
les termes du débat public ont été inversés.
A la demande de sécurité des réfugiés on oppose
le sentiment d'insécurité de la population. Au devoir de
protection de la Confédération, on répond par l'abandon
ou le renvoi forcé et on invoque le souci d'économies.
Racisme omniprésent
Un aspect largement sous-estimé dans le débat est la permanence
du racisme à l'encontre des réfugiés. Or, nous sommes
convaincus que les préjugés racistes et les fantasmes liés
au métissage et à la pureté culturelle ont été
et sont toujours, de façon consciente ou non, des raisons importantes
au durcissement de la politique officielle de l'asile.
En 1985, le Conseil fédéral déclarait ainsi devant
le Parlement: "
contrairement à la situation de 1956
ou de 1968, le public ignore souvent tout des raisons qui ont poussé
les réfugiés à fuir. La couleur de leur peau, leur
culture si différente de la nôtre nous effraient."
C'est un fait que la majorité des candidats à l'asile vient
des pays extra-européens. Il est aussi significatif qu'un nombre
surprenant de personnes frappées de décision de non-entrée
en matière depuis avril 2004 sont des Noirs.
Discours ravageurs
Dans le domaine de l'asile, les discours d'incitation à la haine
ethnique et religieuse et en particulier la criminalisation des personnes
noires ont eu manifestement le temps de déployer tout leur venin,
jusque dans les administrations cantonales et fédérales,
atteignant des sommets lors de chaque campagne de votation.
Comment expliquer sinon, dans plusieurs cantons ou communes, le peu d'empathie
constatée à maintes occasions vis-à-vis des plus
vulnérables même quand ceux-ci sont exposés à
des situations intolérables ? Pas de toit pour dormir, pas de soins
élémentaires, pas moyen de rester ni de partir: du jour
au lendemain, des hommes, des femmes et des enfants sont rejetés
littéralement aux marges de la communauté humaine, certains
après de longues années passées en Suisse.
Conformes à la loi ou non, beaucoup de ces mesures paraissent aujourd'hui
dépourvues de légitimité éthique. Le sentiment
finit par s'imposer d'un nombre indéterminé de personnes
livrées, en raison de leur absence de statut, à une procédure
administrative déshumanisante et privées de toute possibilité
de se faire entendre, avec la bénédiction explicite ou tacite
de la majorité des responsables politiques.
Focalisation du débat
La question de l'ouverture ou de la fermeture de la Suisse aux étrangers
a été au cur du discours de l'appareil étatique
depuis le début du XXe siècle comme si la seule façon
pour le pays de se construire et de préserver son existence était
de se positionner "contre" les autres. Toutefois, aujourd'hui,
il y a quelque chose de plus: la focalisation du débat identitaire
et nationaliste sur un phénomène somme toute mineur pour
l'avenir du pays, l'asile, est source de division et de désagrégation
sociale. Cette démarche est aussi le fruit d'une stratégie
patiente de décrédibilisation des droits humains tels que
stipulés dans les conventions internationales liant la Suisse.
L'engagement pour la défense des droits humains est aux antipodes
du nationalisme teinté de racisme et de xénophobie qui tente
de s'imposer dans la vie politique suisse. Lui faire barrage c'est faire
preuve de patriotisme institutionnel.
Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme
Notre ministre de la justice n'aime décidément
pas les juges. La controverse née de l'arrêt "soleurois"
du 18 mars 2005 fédéral l'a obligé à trouver
un compromis avec la position du Tribunal fédéral (TF),
qui impose l'octroi de l'aide d'urgence, même en cas de refus de
collaborer à sa propre expulsion. Mais Christoph Blocher est têtu,
et le voilà qui récidive sur un point passé jusqu'ici
inaperçu. Il s'agit cette fois-ci d'annihiler un autre arrêt
de notre Cour suprême, qui exige que celui qui obtient la suspension
de l'exécution du renvoi par une demande de révision ou
de réexamen bénéficie à nouveau de l'aide
sociale ordinaire, même s'il avait fait l'objet d'une non-entrée
en matière (NEM).
Appelé à statuer sur un cas vaudois, le TF avait constaté,
en toute logique, qu'on ne pouvait pas continuer d'exclure de l'aide sociale
ordinaire un requérant dont la demande de réexamen était
jugée assez solide pour que la Commission de recours décide
de suspendre toute mesure d'exécution. N'ayant plus à quitter
la Suisse sans délai, ce requérant n'avait en effet plus
à être mis sous pression avec une aide d'urgence minimaliste
destinée à le pousser à disparaître.
C'était sans compter sur l'obstination de Christoph Blocher. La
commission du Conseil national, qui en discutera les 23 et 24 juin, avant
que le plénum ne tranche à la session de septembre, se trouve
donc invitée à annuler cette jurisprudence qui ne date que
du 9 février 2005. Un nouvel article 82 al. 1 bis viendrait tout
simplement préciser que celui qui ouvre une procédure extraordinaire
n'aura plus droit qu'à une aide d'urgence, même si l'autorité
compétente juge ses arguments suffisamment solides pour suspendre
l'exécution du renvoi.
Décourager les requérants
Où est la lutte contre les abus dont on nous rebat les oreilles
pour justifier le durcissement du droit d'asile ? Certainement pas ici,
puisque le renvoi est bloqué par les autorités elles-mêmes,
et que la demande de réexamen ou de révision pourrait bien
déboucher sur une décision positive. En fait, ce que vise
Christoph Blocher, c'est à empêcher l'aboutissement de ces
procédures, dites "extraordinaires", qui montrent régulièrement
que la décision initiale était erronée. Rester des
mois, voire des années à l'aide d'urgence est en effet une
perspective peu engageante. Il y a donc fort à parier que beaucoup
craqueront avant d'obtenir gain de cause, et disparaîtront purement
et simplement. Affaire classée.
Les priver de leurs droits
Ce nouvel empêchement à une procédure équitable
va de pair avec l'idée d'imposer une avance de frais prohibitive
de 1'200 fr. pour les demandes de réexamen. Mal informés,
certains oublieront d'en demander la dispense pour indigence. Cette mesure
s'ajoute également à la réduction du délai
de recours à cinq jours ouvrables en cas de non-entrée en
matière. A chaque fois, il s'agit d'empêcher des requérants
ayant des motifs valables de faire valoir leurs droits. C'est à
dire de commettre de nouveaux abus. Car le pire des abus, semble-t-il,
c'est de demander l'asile à un pays qui ne veut pas vous l'accorder.
Yves Brutsch
On présente parfois nos sénateurs comme
des sages, les voilà qui s'affichent ouvertement blochériens.
Non seulement toutes les propositions de durcissement ajoutées
au projet de loi sous l'impulsion de Christoph Blocher ont été
adoptées par le Conseil des Etats, mais celui-ci a également
repêché deux mesures écartées par le Conseil
fédéral et durci encore certaines formulations. Pour couronner
le tout, il a ainsi décidé, non seulement, de renoncer à
l'admission humanitaire, mais aussi de limiter très fortement pour
l'avenir les possibilités d'admission provisoire. Cette dernière
ne serait en effet plus autorisée qu'en cas de "danger pour
la vie", et non plus seulement de "danger concret" comme
aujourd'hui.
Après les débats au Conseil des Etats, le 17 mars 2005,
l'inventaire des mesures de durcissement de la loi sur l'asile (LAsi)
et des modifications annexes de la loi sur les étrangers (actuelle
LSEE, future LEtr) porte aujourd'hui sur plusieurs dizaines de points.
Parmi ceux-ci, le principe du renvoi aussi systématique que possible
vers des pays tiers arbitrairement qualifiés de "sûrs"
(nouvel art. 34.2 LAsi). Une façon pour la Suisse de dire clairement
qu'elle n'est plus intéressée à accueillir elle-même
des réfugiés.
Cette mesure, qui figurait dans le projet initial a déjà
été approuvée par le Conseil national, de sorte qu'elle
est irréversible, ainsi que de nombreuses autres (voir VE no 98,
juin 04, p. 10). Il en va de même pour la création d'une
possibilité de détention fédérale dans les
centres d'enregistrement (n.-13b.1.e et 13c.2 i.f. LAsi) et pour la transformation
des aéroports en véritables souricières pour les
nouveaux arrivants (n.-art. 23.2-4 LAsi).
Blocher bien suivi
Mais comme on sait, Christoph Blocher ne s'est pas contenté du
projet initial, et il a obtenu le feu vert du Conseil fédéral
pour ajouter une dizaine de points de durcissement à la révision
en cours. Le Conseil des Etats vient donc d'accepter toutes ces mesures
supplémentaires, qui s'en prennent tout spécialement aux
déboutés.
C'est ainsi que la nouvelle loi prévoit désormais une possibilité
de détention purement disciplinaire, qui devrait conduire les intéressés
à se déclarer "volontaires" pour le renvoi (n.-13g
LSEE). En combinaison avec la détention en vue du refoulement,
tout requérant visé par une décision négative
pourra désormais être emprisonné pendant deux ans
(n.-13h LSEE), même si un récent rapport officiel montre
que les longues détentions ne débouchent sur rien et coûtent
cher aux contribuables. Parallèlement, il sera aussi possible d'assigner
les déboutés à un périmètre limité
(n.-13e LSEE), avec comme sanction jusqu'à trois ans de prison
pour les contrevenants (n.-art. 114 LEtr).
Exclusion de l'aide sociale
Mais la mesure la plus prisée, parce qu'on en espère la
disparition pure et simple des intéressés, reste l'exclusion
de l'aide sociale que les cantons pourraient à l'avenir appliquer
à tous ceux qui auront reçu une décision négative
(n.-art. 82 LAsi). On généralise ainsi le régime
désastreux imposé depuis un an aux victimes de non-entrée
en matière (NEM). Les cantons qui ne voudront pas appliquer cette
mesure d'exclusion en seront pour leurs frais, puisqu'ils ne toucheront
plus à l'avenir qu'un forfait unique pour couvrir les frais liés
à la présence de ces déboutés (n.-art. 88.4
LAsi). Et ce n'est pas tout: plus royaliste que le roi, le Conseil des
Etats a encore décidé que l'aide d'urgence prévue
par l'article 12 de la Constitution fédérale au nom de la
dignité humaine pourrait être réduite, voire supprimée
pour tous ceux qui n'auront pas quitté la Suisse dans le délai
fixé. La Chambre haute décide ainsi délibérément
de violer la Constitution, sachant que le Tribunal fédéral
n'a pas le pouvoir de remettre en question les décisions du Parlement
!
Admission provisoire charcutée
Par ailleurs, la Chambre des cantons, suivant l'avis de Christoph Blocher,
a décidé de charcuter les dispositions encadrant l'admission
provisoire, que le Conseil fédéral voulait initialement
revaloriser sous l'intitulé "admission pour raisons humanitaires".
Cette dernière expression, le Conseil des Etats, n'en veut pas.
On en restera donc à une "admission provisoire", avec
une amélioration très limitée de l'accès au
travail et au regroupement familial (après trois ans, et uniquement
si le logement est adéquat et si l'indépendance financière
est acquise, autant dire: très rarement). Mais surtout, la définition
de l'inexigibilité du renvoi, qui motive plus de 90% des admissions,
est revue drastiquement à la baisse. Il ne faudra plus seulement
démontrer l'existence d'un "danger concret", mais bien
d'un "danger pour la vie". Sur cette base, la majorité
des admissions actuelles risquent de passer à la trappe.
Et limitée...
Si on ajoute que la nouvelle loi prévoit un réexamen périodique
du bien-fondé de l'admission provisoire, et qu'elle fait disparaître
l'examen après quatre ans de séjour, d'un éventuel
cas de détresse personnelle en raison de l'intégration,
force est de penser qu'on s'achemine vers une liquidation de l'admission
provisoire. Ces dernières années, ce "petit asile",
qui sauve la mise aux malades graves, aux personnes vulnérables
et aux civils fuyant les violences de toutes sortes, était accordé
deux fois plus souvent que l'asile. Pour l'UDC, cette mesure humanitaire
représentait clairement le ventre mou de la loi sur l'asile. Les
sénateurs ont donc voté dans le sens du vent. Seule subsisterait
une possibilité de permis humanitaire sur proposition des cantons,
et d'eux seuls, avec approbation par l'Office fédéral des
migrations (ODM), et uniquement après au moins cinq ans de séjour
sans passage à la clandestinité. Une formule qui créera
d'immenses inégalités de traitement selon le canton d'attribution.
Non-entrée en matière étendue
Mais ce n'est pas tout. Les Etats ont aussi voté la proposition
Blocher de prononcer des non-entrées en matière pour tous
ceux qui n'ont pas de pièces d'identité (plus de 80% de
tous les requérants), à moins que la qualité de réfugié
ne soit établie dès l'audition ou que l'ODM estime que des
mesures d'instruction complémentaire sont nécessaires. Des
réfugiés reconnus dès l'audition, personne n'en a
jamais vu. On donne donc ici un blanc-seing à l'ODM pour prononcer
une NEM chaque fois qu'il le voudra. Et comme le délai de recours
est limité à 5 jours ouvrables, les cas de réfugiés
déboutés d'office ne peuvent que se multiplier.
Assurance maladie au rabais
Enfin, et parmi d'autres mauvais coups, que la place ne nous autorise
même pas à mentionner ici, tant ils sont nombreux, les Conseillers
aux Etats ont encore réussi à décider que les prestations
obligatoires prises en charge par l'assurance maladie pourront être
limitées pour les requérants d'asile (n.-art. 82.1bis LAsi).
C'est l'officialisation d'une médecine à deux vitesses,
dont les réfugiés non reconnus sont destinés à
être les cobayes, avant qu'elle ne frappe d'autres catégories
de la population. Pour tous ceux qui restent indifférents au sort
des requérants, ce devrait être un signal d'alarme. Comme
auraient dû l'être les baisses des prestations sociales, inaugurées
à l'encontre des requérants avant de s'étendre à
d'autres, ou l'utilisation abusive des abus afin de démanteler
les droits des requérants, puis des chômeurs ou des invalides.
Il y a urgence.
Yves Brutsch
Une nette majorité politique a soutenu l'accord bilatéral qui permettrait à la Suisse de faire partie de l'espace Schengen/Dublin dans l'espoir de limiter encore le nombre des demandes d'asile en Suisse. Le paradoxe, c'est que cet intérêt pour l'Europe disparaît là où un alignement sur les normes de l'Union européenne (UE) nous obligerait à donner plus de droits aux requérants. Car c'est un fait: à ce stade, la Suisse, championne du durcissement du droit d'asile, ne respecte pas les minima européens.
Depuis de nombreuses années, l'Union européenne s'efforce
d'harmoniser les politiques d'asile de ses membres. Quatre directives
sont déjà sous toit:
- sur la protection temporaire en cas d'afflux massif,
- sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile,
- sur la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la
demande (Dublin),
- sur les conditions d'obtention du statut de réfugié.
Une cinquième directive, relative à la procédure,
est à bout touchant.
Apparemment bien avancé, ce processus d'harmonisation reste pourtant embryonnaire à ce stade de par le caractère vague et peu contraignant de certaines normes. Plusieurs d'entre elles sont néanmoins clairement plus favorables aux requérants que ce que prévoit notre loi actuelle et le projet de révision.
Exemple à suivre
Dans sa définition du réfugié, l'UE admet les persécutions
non étatiques (voir V-E no 90, déc. 02, p. 17). Au chapitre
de la procédure, elle prévoit une assistance juridique.
Dans sa définition des pays "sûr", elle est beaucoup
plus exigeante que la Suisse. Notre pratique de non-entrée en matière
devrait aussi être assouplie pour correspondre à la procédure
européenne pour demande manifestement infondée, et le durcissement
prôné par Christoph Blocher contre ceux qui ne présentent
pas de papiers d'identité creuserait encore l'écart. Pas
question non plus, pour l'UE, de contacter le pays d'origine pour préparer
un renvoi alors qu'il subsiste une possibilité de recours.
Meilleure protection en Europe
Sur le plan social, la "protection subsidiaire", dans l'UE,
prévoit un accès au marché de l'emploi et des aides
sociales presque équivalentes à celles des réfugiés
reconnus. En Suisse l'admission provisoire est calquée sur le statut
des requérants, et son amélioration en admission pour motifs
humanitaires est contestée. Les mineurs jouissent aussi d'une meilleure
protection dans l'UE.
En bref, la Suisse qui a constamment poussé au durcissement du droit d'asile, est maintenant à la traîne derrière l'UE en matière de protection des réfugiés.
Yves Brutsch
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L'Office fédéral des réfugiés (ODR) n'est plus. Depuis le 1er janvier, l'asile est désormais englobé dans l'Office fédéral des migrations (ODM) dirigé par Eduard Gnesa, ex-patron de l'ex-Office fédéral des étrangers (IMES). L'occasion pour Asylon, ex-revue de l'ODR, de tirer sa révérence avec force regards sur le passé, anecdotes et réflexions. Parmi les motifs de satisfaction, cette grande fierté: la Suisse a donné plusieurs fois des impulsions majeures pour la politique d'asile en Europe. En bref: l'Europe forteresse, c'est grâce à nous. Voilà qui nous change des faux prétextes d'un Jean-Daniel Gerber (ex-directeur de l'ODR) qui expliquait toujours le durcissement en Suisse par l'obligation de faire comme les autres.
C'est d'abord la porte-parole de l'ODR, Brigitte Hauser Süess, qui
le souligne dans son éditorial: "La Suisse a toujours joué
un rôle de précurseur, comme par exemple pour le concept
de pays sûrs et pour l'aide au retour".
Urs Hadorn, dernier directeur ad intérim, et véritable garant
de la continuité de l'ODR, puisqu'il était déjà
le chef de la première équipe (17 personnes en 1981, 640
en 2004) complète: lorsque le Haut-commissaire Jean-Pierre Hocké
refusa de tenir compte des considérations de politique intérieure
des pays d'accueil, quelques pays (dont la Suisse) organisèrent
une concertation inter-étatique en excluant le Haut commissariat
aux réfugiés (HCR) de leurs discussions.
Pas de quoi être fier
Par la suite, comme l'explique l'ancien Délégué aux
réfugiés Peter Arbenz: "pendant de nombreuses années,
nous étions même la locomotive et le cerveau innovateur au
sein des consultations informelles (
). Et lorsque ce processus menaça
de capoter, nous avons fondé avec l'Autriche le Centre international
pour le développement de la politique d'asile (ICMPD)".
Un think thank d'où sortiront de nombreuses idées pour mieux
fermer l'Europe aux réfugiés.
Les fameux pays "sûrs"
Le numéro se termine sur un article consacré à ce
magnifique "concept international des pays sûrs" qui permet
de ne plus avoir à examiner sur le fond les demandes d'asile. Curieusement,
il n'est pas question dans ce dernier texte des 60'000 morts dans des
affrontements survenus en Inde depuis que ce pays est "sûr",
ni du coup d'Etat Gambien, ni de la guérilla en Casamance (Sénégal),
ni de l'amorce de la guerre civile en Algérie au début des
années 90' ou de la reprise du conflit angolais, à fin 1992,
alors que la Suisse venait d'y renvoyer des centaines de requérants,
leur pays ayant été déclaré "sûr".
Quant à la Bosnie, pays "sûr" lui aussi, on sait
bien que les milliers de soldats des forces internationales qui y stationnent
ne sont là que pour faire du tourisme.
Yeb
Les dégâts auxquels il fallait sattendre après lélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral commencent à apparaître très concrètement. Le chef du Département fédéral de justice et police (DFJP) lavait annoncé, il tenait à alourdir encore les mesures proposées initialement par le Conseil fédéral. Multipliant cet été la publication de rapports centrés sur les problèmes posés par limmigration illégale, faisant phosphorer les têtes pensantes des offices fédéraux, Ch. Blocher a lancé le 30 juin, onze propositions pour accélérer le démantèlement du droit dasile. Une surenchère à laquelle le Conseil fédéral lui-même a donné son feu vert le 25 août, ouvrant ainsi la voie à une véritable «lex Blocher».
Première mesure, généraliser lexclusion de
laide sociale pour tous les déboutés qui sapplique
déjà depuis le 1er avril après une non-entrée
en matière (NEM). Lidée est déjà bien
engagée puisque le Conseil national lui a donné son aval.
Le conseiller fédéral Blocher vient la préciser en
proposant de donner aux cantons un forfait unique de 4000 fr. par
cas pour la phase du renvoi.
De quoi allécher les cantons qui se font une spécialité
de faire «disparaître» les déboutés dont
le renvoi nest pas réalisable à court terme. Comme
les coûts sociaux de cette clandestinité forcée sont
difficiles à évaluer, cette mesure pourrait bien, comme
pour les NEM, réunir une majorité.
Prolongation de la détention
Diverses propositions viennent ensuite élargir les possibilités
de détention: linstitution dune rétention de
courte durée en vue dassurer certaines formalités,
la prolongation de la détention en vue du refoulement au-delà
de neuf mois, et surtout lidée phare dune détention
illimitée pour «insoumission», qui viserait ceux qui
ne collaborent pas à leur départ. Sur ce dernier point,
le Conseil fédéral na pas suivi. Mais rien nempêche
les Chambres de le faire. Par contre, la détention en vue du refoulement
pourrait aller jusquà 18 mois. En outre il est aussi prévu
dintroduire dans la loi la possibilité dassigner à
un périmètre donné (p. ex. «un village»)
les personnes visées par une décision de renvoi. En cas
de violation de lassignation, une peine de détention dont
la durée pourrait aller jusquà trois ans.
Opposition du HCR
Encore faut-il, pour appliquer ces mesures dexclusion et de détention,
que le renvoi soit prononcé. Pour multiplier les décisions
de non-entrée en matière, le chef du DFJP propose maintenant
de rejeter demblée les demandes du 80% de requérants
qui ne présentent pas de papiers didentité, en limitant
aux cas dasile manifestes lexamen préalable qui porte
aujourdhui sur lexistence dindices de persécution.
Ici, le risque de violer le principe de non-refoulement et la Convention
de Genève sur les réfugiés est évident. Le
Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a
donc lancé un premier tir de barrage en produisant une expertise
du professeur Kaelin, expert reconnu, qui conclut à la violation
du droit international.
Lot de mesures restrictives
Afin déviter la remise en question des décisions superficielles
rendues par ses services, Ch. Blocher cherche encore à empêcher
les procédures de réexamen, en exigeant une avance de frais
de 1200 fr., même en cas dindigence. Pour le traitement
des recours, la procédure sommaire serait étendue à
des recours non manifestement infondés. Certaines décisions
resteraient cependant soumises à trois juges. Autres propositions:
les informations pénales devraient être communiquées
au pays dorigine au stade du renvoi, et les prélèvements
de sûretés sur le salaire des requérants devrait servir
à récompenser les départs volontaires. Dernier point,
CB ne veut plus entendre parler dadmission «pour raisons humanitaires»
et préfère en rester à lactuel intitulé
dadmission «provisoire». Ici, tout séclaire.
Lhumanité na pas de place dans la loi sur lasile,
telle que la conçoit le chef du DFJP. Le Conseil fédéral,
par contre, tient à lappellation «humanitaire».
En guise dultime paravent ?
Yves Brutsch
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Le ralliement du Conseil fédéral aux thèses du chef du DFJP peut surprendre, mais celui-ci disposait en tous les cas dun allié sûr au sein du collège gouvernemental, en la personne de Hans-Rudolf Merz. On la un peu oublié depuis lors, mais il y a quatre ans, cest bien H.-R. Merz, alors Conseiller aux Etats radical qui menait loffensive contre le droit dasile, à travers une motion en huit points, largement approuvée par les Etats, et qui demandait déjà de raccourcir les délais de procédure, de limiter les recours et les réexamens, de classer tous les pays européens comme pays sûrs pour une non-entrée en matière, et autres propositions allant dans le sens dune «amélioration de la procédure dasile».
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Fermeture des frontières, enfermement accru pour les «récalcitrants», le Conseil national a encore fermé quelques portes en achevant, au mois de juin, la révision de la loi sur les étrangers. La discrimination des non-Européens sy trouve consacrée, et pour ce qui touche aux mesures répressives, qui touchent aussi les demandeurs dasile déboutés, le National a déjà fait plusieurs pas dans le sens de lUDC. La détention administrative est élargie, la durée limite de la détention préparatoire passe de trois à six mois, la nouvelle détention, lorsque les autorités cantonales obtiennent un laissez-passer, passe de vingt à soixante jours, et ceux qui transgresseront une assignation territoriale pourront être condamnés à une peine maximale qui passe de un an à trois ans. Tout cela avant même que Christophe Blocher ne lance ses nouvelles propositions... En Suisse romande, à la gauche de léventail politique, la discussion est déjà axée sur le lancement dun référendum.
Yeb
Les naïfs qui croyaient que Christoph Blocher allait
s'assagir, une fois élu au Conseil fédéral, peuvent
aller se rhabiller. C'est au contraire avec une efficacité redoutable
que "CB" a pris les choses en main. Et si cette révision
a été préparée par le duo Metzler/Gerber,
il entend bien y apporter sa marque afin de la durcir. N'ayant pas pu
influencer les travaux préparatoires du National, bouclés
en décembre, CB a déjà annoncé, sur une demi-douzaine
de points, qu'il entendait bien se rattraper en faisant modifier le projet
aux Etats. Le pire est donc encore à venir.
Pour l'heure, les débats au Conseil national, ont entériné
tous les durcissements proposés initialement par le Conseil fédéral
de Ruth Metzler:
Le renvoi aussi systématique que possible dans les pays tiers en jouant sur le label "pays sûr", les non-entrées en matière (NEM) et les accords de réadmission;
la transformation des aéroports en centres de procédure avec détention de soixante jours;
le subventionnement des cantons par forfaits globaux, avec bonus-malus pour les obliger à atteindre les objectifs fixés par l'Office fédéral des réfugiés (ODR) et à exécuter les renvois aussi vite que possible;
une taxe spéciale permettant de prélever jusqu'à 12'000 fr. sur les salaires des requérants, en plus de l'impôt à la source, afin de remplacer le système des comptes de sûretés qui obligeait à justifier les prélèvements;
la communication de données personnelles à l'étranger, même si la décision de renvoi fait l'objet d'un recours;
le resserrement des délais de procédure, pour pousser à des décisions bâclées (le délai de cinq jours pour recourir après une NEM est bien sûr confirmé);
une détention en vue du refoulement de vingt jours permettant aux centres d'enregistrement d'emprisonner les déboutés sans passer par les instances cantonales, si le renvoi est possible à court terme; et on en passe
Et on en rajoute !
A cela, le Conseil national a rajouté, sur proposition de sa commission:
la récolte de données biométriques (à quoi une proposition du radical Philippe Müller a fait ajouter les expertises pseudo-scientifiques visant à déterminer l'âge des requérants);
une clause ambiguë sur l'assignation dans un logement collectif dont les cantons "garantissent la sécurité";
la possibilité de supprimer l'aide au développement des Etats d'origine qui ne collaborent pas au renvoi;
et, cerise sur le gâteau, la transformation de la procédure de recours en loterie, selon que l'on tombe sur un juge libéral ou restrictif, un seul juge étant désormais appelé à trancher, au lieu de trois.
le National a par ailleurs adopté également une motion demandant l'application, à tous les requérants déboutés, du système d'exclusion de l'aide sociale ordinaire actuellement en vigueur pour les NEM.
Petite touche d'humanitaire
Bien sûr, les réviseurs du droit d'asile n'ont pas oublié
de se donner un alibi humanitaire en approuvant l'amélioration
du statut des requérants admis provisoirement. Si la loi entre
en vigueur, ceux-ci seront désormais admis "à titre
humanitaire", avec un accès plus facile au marché de
l'emploi, si les cantons veulent bien jouer le jeu; et une possibilité
de regroupement familial supprimant le veto cantonal, mais seulement s'ils
ont un revenu et un logement suffisant. Le principe d'une révision
régulière du bien fondé des admissions est en outre
ancré dans la loi. La proposition de la commission d'autoriser
le travail en cas de suspension du renvoi dû à une procédure
extraordinaire n'a en revanche pas passé la rampe.
Premier round seulement
Mais ce n'est que le premier acte. Véritable bête politique,
CB a en effet compris tout le parti qu'il pouvait désormais tirer
de ses nouvelles fonctions pour retravailler le projet à sa guise
avec l'appui des spécialistes de l'ODR. D'ores et déjà,
il a annoncé des "améliorations", telles que:
une reprise de l'idée de centres fédéraux à caractère disciplinaire;
une aide au retour pénalisant les entrées illégales ou les requérants sans papiers;
une prolongation de la détention en vue du refoulement au-delà de neuf mois;
Des idées en stock
Rendons justice à CB, il a aussi annoncé qu'il faudrait
peut-être envisager une forme de recours en cassation, si le juge
unique viole trop ouvertement le droit (c'est une bonne idée, ça.
Les requérants, qui ne parviennent déjà pas à
recourir eux-mêmes valablement, vont maintenant devoir passer un
master de droit administratif pour maîtriser les arcanes de la cassation).
En outre, grand seigneur, CB a consenti à dire, avec la gauche
(qui s'appuyait ici sur le respect de la propriété privée
!), que le prélèvement de la taxe spéciale sur les
comptes de sûretés constitués jusqu'ici posait problème,
s'il était effectué à titre rétroactif. Mais
là, CB n'a pas été suivi par ses amis, et il s'est
retrouvé, pour une fois, mis en minorité. On ne peut quand
même pas être trop généreux !
Vivre Ensemble
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L'abandon de l'exigence de persécutions étatiques, dont
l'ODR a reconnu à l'interne, en 2000 déjà, qu'elle
était inévitable, vu l'isolement jurisprudentiel de la Suisse,
fait l'objet de toutes les contorsions en marge de cette révision.
Dans son message, l'ancien Conseil fédéral s'est dit pour,
tout en soulignant que cela n'impliquait pas une modification de la loi.
Il revenait donc à la Commission de recours en matière d'asile
(CRA), d'interpréter la loi en tant qu'instance judiciaire. Mais
elle n'en a pas eu le courage. Le sujet est politiquement trop chaud.
On s'attendait donc à ce que le législatif, en pleine confusion
des pouvoirs, se mette à faire de la jurisprudence à la
place de la CRA à l'occasion de la révision de la loi.
Las ! Un radical bon teint en a parlé dans le débat
d'entrée en matière, mais personne ne lui a fait écho.
Et comme le parlement ne peut voter que sur un texte de loi, et pas sur
son interprétation, il n'en a plus été question.
Blocher, en ce qui le concerne, avait déjà donné
sa réponse le 8 mars, répondant à une question de
son compère Hans Fehr: "le Conseil fédéral suit
attentivement l'évolution de la jurisprudence dans l'Union européenne,
et il fixera la marche à suivre en temps voulu". En clair,
ni le législatif, ni le judiciaire n'auront le dernier mot, mais
bien le pouvoir exécutif. Montesquieu appréciera.
Vivre Ensemble
A peine la modification de loi sur l'asile décidée dans le cadre du programme d'allègement budgétaire entre-t-elle en vigueur, avec l'exclusion de l'assistance en cas de non-entrée en matière, que le charcutage du droit d'asile reprend à l'occasion d'une session spéciale des Chambres fédérales. Du 3 au 7 mai, celles-ci devraient en effet se prononcer sur la révision "ordinaire" de loi sur l'asile (LAsi) préconisée par le message du Conseil fédéral du 2 septembre 2002 (voir VE no 95, 12/03, p. 4, VE no 90, 12/02, p.4, VE no 84, 9/01, p. 9), ainsi que sur la révision "totale" de la loi sur les étrangers, dont certains volets touchent très directement au droit d'asile. Un héritage de Ruth Metzler, dont Christoph Blocher a maintenant la charge.
Une fois de plus, les atteintes au droit d'asile sont nombreuses dans cette énième révision, dont la principale nouveauté consiste à prononcer une non-entrée en matière pour tous ceux qui sont passés par un pays tiers "sûr". Jusqu'ici, la Suisse, qui a inventé la notion de pays "sûr" pour ne plus avoir à examiner en détail chaque cas individuel (une idée reprise depuis par de nombreux pays européens), ne l'appliquait qu'à des pays d'origine. En dressant à l'avenir une liste de pays tiers sûrs, qui englobera évidemment toute l'Europe, nos autorités veulent à l'avenir renvoyer aussi systématiquement que possible ceux qui auront transité par ces pays.
Accentuation des renvois
La Suisse étant au cur de l'Europe, cela concerne potentiellement
quasiment tous les requérants. Du fait des contrôles dans
les aéroports, seuls 423 requérants sur 20'806 sont arrivés
par la voie des airs en 2003. Une telle mesure, prônée par
l'UDC dans sa dernière initiative, pourrait donc dispenser la Suisse
de toute responsabilité à l'égard des réfugiés.
Fort heureusement, elle n'est applicable que si nos pays voisins veulent
bien reprendre les intéressés, ce qui est plus qu'incertain,
car il y aura rarement preuve formelle du transit par leur territoire.
L'application des accords de reprise signés bilatéralement
restera donc le plus souvent lettre morte, de la même façon
que les accords de Schengen et de Dublin n'ont pas changé grand
chose aux flux de demandeurs d'asile à l'intérieur de l'Union
européenne.
Reste que ce dispositif, même s'il ne devrait finalement s'appliquer
qu'à une petite minorité, conduira à des renvois
en nombre accru, notamment pour tous ceux qui auront la naïveté
de croire que le droit protège les honnêtes gens, et qui
donneront tous les détails sur leur itinéraire.
Durcissement aux aéroports
La volonté de rejet à l'égard des réfugiés
est d'autant plus manifeste qu'à côté de cette tentative
de fermer la porte aux arrivées par voie terrestre, les arrivées
aériennes sont aussi dans le collimateur. A l'avenir, la procédure
menée à l'aéroport ne se limitera pas à un
examen préalable et la rétention en zone de transit pourra
être portée à soixante jours, avant de se prolonger
en détention pure et simple. Parallèlement, le projet de
loi sur les étrangers impose des amendes aux compagnies aériennes
qui ne procéderaient pas à tous les contrôles voulus.
Bref, le droit d'asile dira encore plus clairement à l'avenir que
les réfugiés sont indésirables en Suisse, et que
seuls ceux qui se montreront les plus habiles pourront espérer
que leurs motifs seront pris en considération.
Taxe spéciale pour les requérants
Sur le plan financier, ce projet de loi simplifie le subventionnement
des cantons par la Confédération à travers un système
de forfaits. Mais dans le même temps, il ouvre la porte à
des mécanismes qui pénaliseront les cantons qui seront moins
expéditifs que d'autres pour l'exécution des renvois (voir
VE no 91, 2/03, p. 7). En outre, la nouvelle loi transforme le système
des comptes de sûretés, dont l'Office fédéral
des réfugiés (ODR) n'a jamais pu assurer correctement la
gestion, spoliant ainsi des milliers de requérants, par un prélèvement
fixe non remboursable sur tous les salaires des requérants. Et
cela, jusqu'à concurrence de 12'000 francs. Une taxe spéciale
sur l'asile qui n'a d'équivalent dans aucun autre pays.
Possibilités de détention renforcées
Au chapitre des mesures de contrainte (voir VE no 87, 4/02, p. 7), qui
figurent dans la loi sur les étrangers, le projet n'est pas en
reste avec la création d'une possibilité de détention
fédérale de vingt jours en cas de décision de non-entrée
en matière prise au centre d'enregistrement. La révision
totale de la loi sur les étrangers y ajoute, en outre, une autre
détention de vingt jours lorsque l'autorité aura dû
elle-même se procurer des documents de voyage, ainsi qu'une extension
de la détention en vue du refoulement ordinaire jusqu'à
neuf mois, en cas de demande d'asile faisant suite à une interpellation.
Le tout, avec un allègement des modalités de contrôle
judiciaire. Encore faudra-t-il disposer de suffisamment de places de détention.
Mais la tendance est bien là.
Collège à un juge !
Sur le plan de la procédure, le projet de loi pousse à bâcler
un peu plus les décisions en resserrant les délais d'ordre.
Mais le point le plus problématique a été rajouté
par la commission préparatoire du Conseil national. Celle-ci veut
supprimer l'examen des recours par un collège de trois juges, pour
ne plus confier la décision qu'à "un collège
(sic) composé d'un juge" ! Quand on connaît les
divergences qui séparent les différents juges de la Commission
de recours en matière d'asile (CRA), on voit déjà
la loterie qui résultera de la répartition des dossiers
entre juges répressifs et libéraux. Si l'on songe que le
droit d'asile n'offre qu'un seul recours, au contraire de tous les autres
domaines du droit, une telle "simplification", si elle était
confirmée en plénum, ne ferait que livrer définitivement
les requérants à l'arbitraire.
Et encore...
D'autres durcissements supplémentaires sont également prônés
par la commission ad hoc, comme la négociation systématique
avec les pays d'origine d'un accord de reprise, sous la menace d'une suspension
de l'aide au développement. Un chantage dont il n'est pas certain
qu'il sera accueilli avec enthousiasme par nos partenaires du tiers monde.
Il faut en outre s'attendre à une tentative de la droite dure d'étendre
à tous les déboutés du droit d'asile l'exclusion
du système d'assistance aux requérants d'asile qui frappe
depuis début avril les cas de non-entrée en matière.
Une proposition déjà formulée par voie de motion,
sans même attendre un bilan des mesures d'allègements budgétaires,
et qui confirmerait bien la volonté de nos autorités de
décider n'importe quoi sans même chercher à en évaluer
les conséquences.
Vivre Ensemble
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A bien chercher dans les dizaines de points négatifs de cette
révision, on trouve tout de même deux points positifs, qui
permettront sans doute aux porte-parole officiels de parler de projet
"équilibré".
Dans le prolongement des débats suscités par l'Appel de
Zurich, la commission préparatoire propose en effet de mettre fin
à l'interdiction de travailler qui vise actuellement les déboutés
dont le renvoi est bloqué, en prônant la suppression pure
et simple de l'art. 43 al. 2 LAsi. Une disposition tellement absurde que
bien des cantons y font exception pour ne pas multiplier les cas d'assistance
forcée.
En outre, face à l'accumulation de cas d'admission "provisoire"
de longue durée, le Conseil fédéral propose de parler
à l'avenir d'admission "pour raisons humanitaires" en
cas d'illicéité ou d'inexigibilité du renvoi, et
de favoriser l'intégration de ces personnes en leur donnant un
accès plus large au marché de l'emploi, en finançant
certaines mesures d'insertion, et en autorisant le regroupement familial
de ceux qui seront devenus financièrement indépendants.
Pour pousser les cantons à favoriser leur autonomie, la Confédération
prévoit cependant de couper ses subventions sept ans après
l'entrée en Suisse. Une contrepartie qui pourrait menacer cette
modification, et qui ne supprime pas toute l'ambiguïté de
ce statut, qui ne conduit pas automatiquement au permis B et qui sera
soumis à l'avenir à une révision périodique
susceptible d'entraîner la levée de l'admission.
Vivre Ensemble
C'est le 1er juin 1984 qu'a pris effet la première révision de la loi sur l'asile de 1979 entrée en vigueur en 1981. Depuis lors, l'application en Suisse du droit d'asile a fait l'objet d'un acharnement législatif sans pareil. On ne compte plus les révisions, souvent menées dans l'urgence ou selon des procédures accélérées limitant les débats parlementaires, parfois avec plusieurs projets législatifs entrecroisés. La révision en cours en est un bon exemple, qui a vu le projet de 2002 être doublé en 2003 par le fameux projet d'allègement budgétaire.
En pratique, et compte tenu des ordonnances d'application, on ne trouve sans doute pas une seule période de deux ans dans les vingt dernières années où la législation sur l'asile n'aurait pas été remise en question, souvent dans un véritable climat de panique propre à amplifier les courants xénophobes.
Il y a vingt ans, le conseiller national Lüchinger, réussissait même l'exploit, avant même que la première révision ne soit entrée en vigueur, de demander une deuxième révision de la loi en déposant une motion appuyée par la majorité de ses collègues à la session de mars 1984 du Conseil national. Une motion votée en bonne et due forme le 20 juin 1984. C'était le début d'une opération de démantèlement permanent du droit d'asile.
Pour chauffer leurs collègues, certains parlementaires avaient alors fait état d'informations sûres selon lesquelles les filières s'apprêtaient à engloutir Berne sous un flot de requérants. Le 9 mars 1984, la "Tribune de Genève" restituait la nouvelle sur trois colonnes sous le titre "10'000 Tamouls en route vers Berne ?". Il n'y avait alors que 8'000 demandes d'asile par ans, et on ne dénombrera en fin de compte, pour toute l'année et pour tout le pays, que 1'236 arrivées de demandeurs d'asile tamouls. Mais l'intox s'était révélée payante, elle se poursuivra sous d'autres formes. Jamais plus il ne sera possible de discuter sereinement d'un problème aussi grave que celui de l'accueil de réfugiés.
Vivre Ensemble
Avec la session de décembre des Chambres fédérales, qui s'est déroulée alors que ce numéro se trouvait déjà chez l'imprimeur, le volet asile des mesures d'allègement budgétaires devrait être clos. Mais les problèmes d'application ne font que commencer, et la surenchère politique n'est pas prête à s'arrêter. Sitôt connue l'avancée de l'UDC aux élections fédérales, la majorité bourgeoise de la Commission du Conseil national chargée de la révision de la loi sur l'asile en a rajouté plusieurs couches. Et la session spéciale que l'on nous annonce pour le mois de mai, afin de boucler les deux grandes révisions de la loi sur l'asile et de la loi sur les étrangers, s'annonce comme un inquiétant terrain d'exercice pour le camp blochérien et ses acolytes.
Lors de la session de septembre, l'UDC avait finalement bloqué l'adoption en urgence du projet budgétaire pour en rediscuter les implications financières. La suppression de toute assistance sociale relevant du droit d'asile pour les cas de non-entrée en matière, dans l'espoir de les voir disparaître dans la nature, se trouve donc reportée de quelques mois. Paradoxalement, la position de la droite dure devrait conduire à réintroduire une responsabilité de la Confédération sur le suivi de ces cas, et à favoriser la mise en place d'une assistance de substitution, basée sur la Constitution fédérale. Mais il serait faux d'y voir un cadeau pour les requérants d'asile.
Ce que vise fondamentalement l'UDC, c'est une centralisation de l'assistance qui permettrait d'aller jusqu'à la création de camps d'internement fédéraux. L'idée se retrouve en filigrane dans ses initiatives populaires. En transformant d'un trait de plume des milliers de requérants déboutés en "sans papiers", le projet officiel était d'abord un aveu d'impuissance, une perte de contrôle. L'UDC, elle, veut à tout prix contrôler l'exécution des renvois, quitte à renforcer à l'infini les mesures de contraintes. Qu'il s'agisse de problèmes pratiques ou des garanties du droit international, elle devra cependant admettre, tôt ou tard, que la marge de manuvre n'est pas si grande que cela.
Les limites du système
L'expérience des mesures de contraintes, appliquées dès
1995 pour assurer l'exécution des renvois montre, que la répression
peut conduire à une impasse. Le recours à une détention,
qui peut aller jusqu'à un an et frapper des personnes qui n'ont
commis aucun délit, n'a en effet rien résolu, et le blocage
dans l'exécution des renvois est plus grave aujourd'hui qu'il y
a dix ans. Le refus de collaborer des intéressés n'est d'ailleurs
pas le vrai problème. Quantitativement, la majorité des
renvois bloqués n'a pas pour cause une dissimulation d'identité,
mais le refus des pays d'origine, longtemps méprisés par
les pays occidentaux, de "jouer le jeu". Un jeu qui a souvent
consisté, pour les pays occidentaux, à tricher sur l'origine
des refoulés pour débarquer des Angolais au Congo ou des
Libériens en Gambie. Désormais, les pays d'origine veulent
contrôler chaque cas, et le système se bloque.
L'oeuf de Colomb
Dans la ligne tracée par l'UDC, la Commission du Conseil national
a cru avoir trouvé l'uf de Colomb en proposant d'inscrire
dans la loi la suppression de l'aide au développement pour les
pays récalcitrants. Il y a fort à parier que ce genre de
chantage ne fera qu'empirer les choses. Dans leur arrogance, les parlementaires
de droite ont d'ailleurs perdu de vue qu'ils ont tant freiné l'augmentation
des crédits de coopération que pour de nombreux pays, ceux-ci
sont dérisoires. A grande échelle, l'aide internationale
est même inférieure à l'argent que les immigrés
envoient à leurs proches restés au pays.
D'autres mesures adoptées aujourd'hui pour rouler les mécaniques
s'avèreront aussi inopérantes. On peut bien mettre dans
la loi que la Commission de recours en matière d'asile (CRA) doit
statuer en deux mois, ce genre de délais d'ordre n'a pas de caractère
impératif. L'Office fédéral des réfugiés
(ODR) lui-même s'était d'ailleurs révélé
incapable de tenir les délais fixés dans l'arrêté
urgent de 1990. La proposition de ne plus faire traiter les recours que
par un juge unique, au mépris de toute collégialité,
fera quant à elle des dégâts en accroissant la mauvaise
qualité des décisions. A coup sûr, on programme ainsi
l'augmentation des controverses et des recours extraordinaires. Au final,
la crédibilité du système en sera un peu plus contestée.
Tout indique que l'on s'achemine ainsi vers une politique d'asile qui
multiplie les coups d'esbroufe, mais qui ne fait que laisser pourrir toujours
plus les problèmes.
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On le sait, l'organisation du rapatriement des déboutés prend du temps et l'exécution des renvois reste parfois bloquée pendant de longues années. Pour sortir de cette impasse, les experts fédéraux n'hésitent pas aujourd'hui à souhaiter transformer un maximum de déboutés en "sans-papiers" pour les sortir des statistiques officielles. Le projet de révision de la loi a prévu, à ce chapitre, un système de bonus financier destiné à récompenser les cantons les plus brutaux.
C'est l'un des points les plus problématiques de la nouvelle révision de la loi sur l'asile, mais c'est aussi l'un de ceux qui suscitent le moins de discussion, car il n'apparaît pas explicitement dans le texte de loi. Sur ce plan, le projet se contente de donner les mains libres au Conseil fédéral pour définir le remboursement des frais d'assistance par forfaits globaux. La distinction entre frais d'assistance, frais de logement, frais de santé et frais d'encadrement qui obligeait peu ou prou à tenir compte des frais réels est supprimée; et surtout, la mention d'un remboursement jusqu'au jour de l'exécution du renvoi disparaît. En lieu et place, le message qui accompagne le projet de loi parle de "forfait unique pendant la durée du processus d'exécution des renvois, calculé sur la durée moyenne de ce processus".
Récompense aux plus expéditifs
L'idée sous-jacente à ce projet consiste en fait à
mettre les cantons en compétition pour les inciter à précipiter
le plus possible l'exécution des renvois en précisant bien
que le départ peut être "contrôlé ou non".
En clair, l'Office fédéral des réfugiés (ODR)
est prêt à se satisfaire d'une disparition, souvent plus
facile à provoquer à force de pressions policières,
que d'un rapatriement effectif. L'idée d'un forfait calculé
sur la durée moyenne du "processus" est particulièrement
perverse puisqu'elle signifie que les cantons expéditifs pourront
garder des montants importants alors que les cantons qui se refuseront
à brusquer les choses et qui dépasseront la moyenne devront
couvrir leurs frais eux-mêmes.
Moyenne à la baisse
Dans la mesure où le subventionnement des frais pour la phase de
renvoi est basé sur sa durée moyenne, ce système
fera nécessairement une moitié de cantons gagnants et une
moitié de cantons perdants, et elle poussera nécessairement
ces derniers à passer en dessous de la moyenne pour ne pas y être
de leur poche. Mais ce montant ne restera pas immuable: le message du
Conseil fédéral explique en effet clairement que dans la
mesure ou la moyenne baisse, le forfait sera réduit en conséquence.
Cantons sous pression
Les cantons resteront donc sous pression. Le calcul du forfait prépare
en outre un véritable marché de dupes. Si l'on en croit
le rapport des experts qui ont élaboré l'avant-projet, c'est
en effet sur la seule base des départs effectifs que se calculera
la durée moyenne du processus de renvoi, et donc le montant du
forfait. Mais les départs effectifs correspondent aux cas les plus
faciles. Si le départ est impossible, le séjour se prolonge
indéfiniment, et les frais d'assistance ne seront donc pas couverts,
même en moyenne.
Jusqu'où ira l'ODR ?
On le sait, le directeur de l'ODR rêve d'un système où
l'on couperait les vivres de celui qui s'oppose à son renvoi. En
mars 2002, il avait cosigné, avec la Conseillère d'Etat
UDC (Union démocratique du centre) Rita Fuhrer, un rapport sur
le financement dans le domaine de l'asile qui proposait de rendre la vie
impossible à ceux qui entraveraient leur renvoi.
A chaque conférence de presse, on l'entend mentionner les modèles
hollandais (suppression intégrale de prestations d'assistance)
ou danois (distribution de vivres tous les quinze jours) qui vont dans
ce sens, en regrettant que notre Constitution fédérale garantisse
le minimum vital et empêche donc d'introduire ce genre de mécanisme
dans la loi sur l'asile. Le but du forfait unique pour les déboutés
n'est rien d'autre que de contraindre les cantons à faire ce que
la Confédération ne peut pas faire ouvertement.
Vivre Ensemble
Madame Metzler l'a dit au conseiller national UDC Bugnon, en plein débat télévisé, le 3 novembre 2002: "Je compte sur vous et votre parti lorsque la loi sera discutée au Parlement". C'est que l'enjeu, pour le Conseil fédéral, n'est pas de s'écarter des recettes de l'UDC, mais seulement de les rendre applicables, et de traiter la chose plus discrètement que dans la Constitution pour ne pas effaroucher les autres Etats et le Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Nous aurons donc, mais sous une forme légèrement différente, le renvoi systématique dans des pays tiers déclarés "sûrs", des amendes pour les transporteurs, et une dégradation des conditions de vie des requérants, en particulier dans le cas des déboutés (VE no 89, p. 4). Mais le Conseil fédéral, aiguillonné par l'Office fédéral des réfugiés (ODR), ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Ses projets de loi contiennent des idées auxquelles l'UDC ne s'était pas attaquée. Petit tour d'horizon.
Un des grands axes négligé par l'UDC porte sur l'élargissement de la détention administrative en vue du refoulement. A ce chapitre, la révision de la loi sur l'asile prévoit à l'avenir une possibilité de détention de vingt jours pour tous ceux qui pourraient être renvoyés depuis le centre d'enregistrement. Il s'agit en effet de s'assurer ainsi que les intéressés ne pourront pas échapper au refoulement, notamment dans les pays tiers. Pour parfaire le verrouillage des arrivées par voie aérienne, le Conseil fédéral ajoute encore aux sanctions contre les transporteurs (qui s'appliqueront d'ailleurs aussi aux transporteurs terrestres, ce que l'UDC avait négligé), une durée de détention à l'aéroport portée de quinze jours à soixante jours.
Détention complétée
Dans le projet parallèle de révision de la loi sur les étrangers,
on introduit également, en complément de la détention
en vue du refoulement jusqu'à neuf mois (qui est réservée
à ceux qui ont manifesté concrètement leur volonté
de se soustraire au refoulement), une détention de vingt jours
applicable systématiquement suite à certaines décisions
de non-entrée en matière, ainsi qu'à ceux qui n'ont
pas déposé de papiers d'identité, une fois obtenu
le laissez-passer nécessaire à leur renvoi.
Droits de procédure attaqués
Sur un autre plan, le projet de révision de la loi sur l'asile
s'attaque une fois de plus aux droits de procédure. Un des vieux
rêves de l'ODR est de se soustraire autant que possible au contrôle
d'une instance de recours. Actuellement, les décisions de non-entrée
en matière sont assorties d'une clause de renvoi immédiat,
qui a pour conséquence que, malgré un délai de recours
de trente jours, le renvoi peut être exécuté après
un délai d'attente de 24 heures.
En pratique, toutefois, les renvois peuvent rarement être exécutés
rapidement. De sorte que de nombreux recours contre une décision
de non-entrée en matière ont lieu après dix, vingt
ou trente jours, et ils aboutissent à une restitution de l'effet
suspensif. A l'avenir, le Conseil fédéral propose dans tous
ces cas de limiter le délai de recours à cinq jours, ce
qui rendra irréversibles nombre de décisions abusives. Placés
en détention dans les centres d'enregistrement, les requérants
d'asile auront beaucoup de peine à agir valablement dans un délai
si court, qui sera sans doute le plus strict de toute l'Europe.
Admission "humanitaire"
Autre grand volet, à côté de ceux qui faisaient la
substance de l'initiative UDC, la question des admissions provisoires
pour ceux dont le renvoi n'est pas raisonnablement exigible. La situation,
ici est plutôt contrastée. Les médias ont surtout
retenu la proposition d'une admission "humanitaire" dont l'objectif
serait de favoriser l'intégration. Pour y parvenir, le Conseil
fédéral serait prêt à accorder aux bénéficiaires
de cette admission humanitaire une autorisation de travailler équivalente
à celle des permis B. En contre-partie, il prévoit de cesser
tout subventionnement sept ans après l'arrivée en Suisse,
laissant ainsi les cantons assumer les frais d'assistance pour ceux qui
n'auraient pas encore acquis leur indépendance. En outre, le projet
prévoit qu'à l'avenir, toutes les admissions provisoires
ou humanitaires seraient révisées régulièrement
et supprimées si le motif initial a disparu.
Economie et renvoi
Croit-on vraiment que l'intégration sera favorisée par une
telle épée de Damoclès ? Les personnes souvent traumatisées
qui bénéficient actuellement de l'admission provisoire s'en
trouveront encore plus déstabilisées (voir p. 14). En fait,
ce qui domine c'est la volonté de renvoyer tous ceux qui pourront
l'être avant que la durée de leur séjour rende irréversible
l'octroi d'une autorisation de séjour définitive, et éviter
la répétition des Actions spéciales destinées
à régler les cas les plus anciens. Derrière une visée
positive, la Confédération cherche en outre surtout à
faire des économies sur le dos des cantons. Ces derniers, qui ont
déjà massivement refusé l'idée d'un permis
B après six ans d'admission provisoire, ne s'en laisseront pas
conter, et il y a peu de chance que l'admission humanitaire passe la rampe.
L'idée d'une révision systématique de l'admission
visant à accroître le nombre des renvois, pourrait en fin
de compte être la seule à subsister.
Vivre Ensemble
Comme l'avait promis Jean-Daniel Gerber dès son arrivée,
alors que la 5ème révision du droit d'asile n'était
même pas encore bouclée, une 6ème révision
a été mise en route cet été qui nous promet
encore plus d'exclusion et de marginalisation. Axes majeurs de ce nouveau
projet: renvoyer toujours plus de requérants vers les pays tiers
et jouer sur les mécanismes de financement pour obliger les cantons
à limiter les autorisations de travailler et à exécuter
sans faiblir les décisions de renvoi de l'Office fédéral
des réfugiés (ODR).
Comme à son habitude, le projet élaboré par l'ODR
et soumis actuellement à consultation reprend les idées
avancées par l'Union démocratique du centre (UDC) en améliorant
leur mise en oeuvre pour les rendre praticables. On se souvient que la
dernière révision avait élargi les clauses de non
entrée en matière peu après le rejet de l'initiative
"contre l'immigration clandestine", une initiative UDC rejetée
en 1996. Cette fois-ci, les autorités fédérales n'attendent
même pas que le peuple se prononce sur la nouvelle initiative
"contre les abus dans le droit d'asile", en elle-même
irréalisable, pour en reprendre l'idée centrale: exclure
autant que faire se peut les requérants qui ont transité
par d'autres pays.
Nouveauté: les Etats tiers "sûrs"
Le projet de loi propose de dresser une liste de pays tiers considérés
comme "sûrs" pour justifier le renvoi lorsque le requérant
les aura traversés. L'exigence d'un séjour en transit de
quelque vingt jours est abandonnée pour faciliter ces renvois,
qui feront l'objet d'une nouvelle catégorie de décisions
de non entrée en matière. Seul obstacle, rien ne garantit
que ces Etats tiers "sûrs", dont la désignation
sera sans doute aussi arbitraire que celle de l'Algérie et l'Angola,
déclarés pays d'origine "sûrs" en 1991 (avant
d'être tardivement révoqué), voudront reprendre les
intéressés, ce qui obligera sans doute à entrer tout
de même en matière sur bon nombre de cas.
Mais idéalement, l'intention est claire et l'objectif recherché
depuis longtemps: placée au coeur de l'Europe, la Suisse pourrait
théoriquement se décharger de tous ceux qui arrivent par
voie terrestre, la voie des airs étant par ailleurs solidement
contrôlée. Comme le dit le Conseil fédéral
(à propos de la seule initiative UDC !), il s'agit là d'une
véritable rupture avec la tradition humanitaire de la Suisse.
Faire pression sur les cantons
Sachant bien que ces mécanismes de reprise ont peu de chance de
se réaliser à grande échelle (le taux de reprise
entre les Etats qui appliquent les conventions de Schengen et de Dublin
n'est que de quelques pour-cent), le projet revient à d'autres
idées présentées l'année dernière dans
un rapport sur le financement de l'asile co-signé par le directeur
de l'ODR et la conseillère d'Etat UDC Rita Fuhrer. Il s'agit en
bref de jouer sur le subventionnement pour contraindre les cantons à
plus de rigueur. C'est ainsi que le canton qui accordera des autorisations
de travailler aux requérants d'asile sera pénalisé.
Pousser aux départs
En outre, à l'avenir, l'ODR ne remboursera plus l'assistance des
réfugiés déboutés en fonction de la durée
effective du séjour (jusqu'à l'exécution du renvoi),
mais uniquement sur la base de la durée moyenne. En clair, le canton
qui enverra sa police dès le premier jour et qui, faute de laissez-passer,
saura convaincre les intéressés de "disparaître"
(pour agrandir le cercle des sans-papiers, ici ou ailleurs...) pourra
garder l'argent dans sa cagnotte. Celui qui dépassera la durée
moyenne, devra par contre financer lui-même les mesures d'assistance.
Une mesure d'incitation financière, qui nous rappelle que Jean-Daniel
Gerber et le responsable des finances de l'ODR, Jörg Frieden, nous
sont venus de la Banque Mondiale où l'on connaît bien les
effets dévastateurs des programmes d'ajustement structurels, imposés
au tiers-monde par le FMI à coup d'ultimatums financiers. Reste
à savoir si les cantons accepteront de se laisser ainsi infantiliser
dans cette mise en compétition récompensant les plus zélés.
Cas humanitaires en question
Mis à part ces deux volets, il faut s'attendre à des discussions
nourries autour du règlement des cas humanitaires. Pour les requérants
d'asile, l'ODR aimerait revenir à l'octroi de permis B, comme il
y a deux ans, mais en fixant dorénavant à six ans (au lieu
de quatre) la durée minimale de la procédure. Une limite
qui devrait réduire considérablement le nombre de ces permis.
Pour ceux qui ont obtenu l'admission "provisoire", dont on sait
qu'elle est souvent définitive, l'ODR prévoit le passage
automatique au permis B lorsque l'admission durera plus de six ans. Mais
il y a deux "mais". Tout d'abord, l'ODR annonce simultanément
son intention de passer ces cas au crible pour lever l'admission avant
la limite des six ans, partout où ce sera possible. Ensuite, il
faut bien voir que ceux dont l'intégration est la meilleure, obtiennent
le permis B sans attendre six ans d'admission (qui s'ajoutent à
la durée de la procédure d'asile).
Il s'agit donc essentiellement pour la Confédération de
transférer sur les cantons des cas d'assistance à long terme,
et il est peu probable que ceux-ci se rallient à cette belle idée.
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