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Initiative sur l'asile de l'UDC: quelques données
Réfugiés, allez donc voir ailleurséditorial de Vivre Ensemble n° 89 (septembre 02)
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A peine la révision totale de la législation sur l'asile
est-elle sous toit, qu'on nous annonce chaque mois de nouveaux durcissements.
Interdiction de travailler prolongée, exécution toujours
plus brutale des renvois, restrictions de l'aide sociale, etc., etc. Tout
cela au nom d'un thème omniprésent depuis l'arrivée
de Jean-Daniel Gerber à la tête de l'Office fédéral
des réfugiés (ODR): comparée à ses voisins
la Suisse est trop attractive. La preuve: si l'on examine le nombre des
demandes d'asile, la Suisse est loin en tête des pays européens,
avec 583 demandes pour 100'000 habitants, alors que l'Italie n'en compte
que 12 (cinquante fois moins !). Entre les deux l'Allemagne et la France
font respectivement cinq fois et quinze fois moins bien que la Suisse.
Les lecteurs de Vivre Ensemble, à qui nous l'avons déjà
signalé, savent que ces chiffres sont bidon. Mais ils n'en ont
pas moins fait le tour de la presse, et une large part du public n'a pas
d'autre possibilité que de faire confiance à cette information.
Voilà pourtant qu'à la suite d'une question parlementaire
de la conseillère nationale Liliane Maury Pasquier, le Conseil
fédéral a dû admettre, avec beaucoup de mauvaise grâce,
en date du 4 octobre 1999:
- que la Suisse compte les personnes, enfants compris, la demande d'asile
faite par un père de famille de quatre enfants étant comptée
pour six, alors que tous les grands pays (notamment la France et l'Allemagne
et sans doute aussi l'Italie) la comptent pour une;
- que la Suisse compte les réfugiés de la violence placés
sous statut provisoire, alors que de nombreux autres pays (dont nos trois
voisins) n'intègrent pas dans leurs statistiques tous ceux qui
bénéficient de ce statut distinct de l'asile;
- que la Suisse ajoute encore à ses statistiques les nourrissons
nés en Suisse, les regroupements familiaux sans examen des motifs
d'asile et les deuxièmes demandes d'asile, gonflant ainsi l'écart
avec d'autres pays.
Sur cette base, tout le débat relatif à l'asile est faussé.
Et faussé consciemment, car les indications données en réponse
à cette question parlementaire sont connues de l'ODR depuis longtemps.
Bien sûr, le durcissement du droit d'asile passe ainsi comme une
lettre à la poste. C'est si facile d'abuser les médias en
jouant de son statut d'office fédéral. Mais en inquiétant
le public par des données aberrantes, l'ODR joue un jeu dangereux.
L'asile était le premier sujet de préoccupation des électeurs
alémaniques. Christoph Blocher peut dire merci à Jean-Daniel
Gerber.
Vivre Ensemble
Faut-il se réjouir de la venue du printemps ? Le 20 mars, en plein
équinoxe, le Conseil national a largement rejeté la dernière
initiative anti-asile de l'Union démocratique du centre (UDC),
avant de soutenir deux jours plus tard la Fondation Suisse solidaire.
Le jour même, le rapport final de la "Commission Bergier"
rappelait la lourde responsabilité de nos autorités dans
le refoulement de nombreux réfugiés à nos frontières
au temps du nazisme, et la nécessité de méditer ce
passé pour élaborer l'avenir.
Hélas. Il faut beaucoup de naïveté pour titrer, comme
l'a fait un grand quotidien lémanique le 21 mars, "l'UDC échoue
à durcir la loi sur l'asile". Car c'est exactement le contraire
qui est vrai. Une fois de plus en effet, le contenu des propositions de
la droite la plus dure a bien vite inspiré ceux qui mènent
notre politique d'asile. Et si l'initiative UDC elle-même a été
rejetée, ce n'est que pour mieux en concrétiser les idées
à travers la prochaine révision de la loi sur l'asile. Reculer
pour mieux sauter.
Cette sixième révision, lancée publiquement le 20
juin 2001 par la mise en consultation de l'avant-projet, reprend en effet
toutes les propositions formulées par l'UDC, comme la désignation
d'Etat tiers "sûrs" et le renvoi systématique de
ceux qui ont transité par ces pays (à commencer par nos
pays voisins), ou une assistance encore réduite à l'égard
des réfugiés déboutés. La limitation du choix
du médecin sera également inscrite dans la future loi, quant
aux sanctions à l'égard des compagnies aériennes
qui laisseraient passer des réfugiés, c'est la prochaine
révision de la loi sur les étrangers qui se chargera de
la concrétiser.
Seule différence entre le projet officiel et l'initiative UDC,
celui-là sera suffisamment bien ficelé pour être réalisable,
alors que celle-ci aurait été inapplicable sur certains
points. Rarement une initiative fédérale aura eu tant de
succès avant même d'être discutée devant le
Parlement. Et le projet de révision ne s'en tient même pas
là, puisqu'il en profite pour rajouter quelques tours de vis sur
d'autres aspects, comme les mesures de contrainte.
Cette analyse, pourtant, les médias l'ont complètement manquée,
et peu d'éditorialistes ont su faire le lien entre les fameuses
"leçons à tirer du passé" et la prochaine
révision de la loi sur l'asile. Ce printemps-là ne nous
annonce hélas rien de bon.
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