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Accueil des personnes en quête de refuge
L'hospitalité de la Suisse en question

Paru dans Vivre Ensemble n° 88 (juin 02)
(consultation en ligne des articles de VE)

Les conditions d'accueil à l'égard des personnes qui fuient leur pays et demandent l'asile en Suisse, sont inégales et varient selon les cantons. Elles tendent malheureusement à se dégrader en se basant sur les pratiques les plus restrictives, comme on peut le constater dans les cantons alémaniques. Dans ce contexte, il nous a paru intéressant de publier un article de synthèse rédigé par une collaboratrice de l'association IGA - SOS Racisme du canton de Soleure, l'un des plus restrictifs en ce qui concerne le respect des droits et l'accueil des personnes en quête de protection. (VE)

Avant de faire un rapide tour d'horizon des conditions de vie qui sont offertes aux personnes en quête de refuge, il faut savoir que celles-ci sont réglementées par la loi sur l'asile et ses ordonnances d'application. L'Office fédéral des réfugiés (ODR) en est l'organe exécutif et dispose de vastes compétences dans l'élaboration, puis la mise en oeuvre de directives qui seront appliquées par les cantons. Ceux-ci disposent d'une marge de manoeuvre, voire d'une certaine autonomie dans le domaine de l'assistance, de l'hébergement (appartements individuels ou foyers collectifs, répartition dans les communes) et de l'octroi de permis de travail.
Les dispositions légales réglementant le mode d'hébergement, l'accès au marché du travail et l'assistance (hormis une interdiction de travail initiale de trois à six mois) s'appliquent non seulement aux requérants d'asile, mais aussi aux personnes ayant obtenu une admission provisoire. C'est-à-dire à toutes les personnes en possession d'un permis de séjour précaire relevant du domaine de l'asile. Ces dispositions concernent donc souvent des séjours de longue durée, parfois plus de dix ans, vu la longueur des procédures d'asile et le fait que les statuts d'admission provisoire ne soient juridiquement pas limités dans le temps.

Inégalité de traitement
Après leur enregistrement dans un centre ad hoc, les requérants d'asile sont attribués à un canton (sans aucune possibilité de choix), qui les place dans une commune, tenue de les loger. En Suisse allemande, ce sont les administrations des communes de résidence où logent les personnes à titre de séjour précaire qui appliquent les règlements cantonaux. Au vu des disparités qui existent entre les pratiques des communes d'un même canton, il semblerait que celles-ci les réinterprètent avant de les mettre en oeuvre.
Ce système qui laisse une grande marge de manœuvre tant aux cantons qu'aux communes débouche sur des inégalités de traitement entre les requérants d'asile de différents cantons, voire de différentes communes. Si les requérants "genevois" reçoivent par exemple des abonnements leur permettant de circuler gratuitement à l'intérieur du canton, les "Soleurois" ne bénéficient pas d'abonnements sur les transports publics.

Logement problématique
Les logements mis à disposition sont souvent exigus et insalubres, mal adaptés aux besoins des personnes qui doivent y habiter. Une famille de cinq personnes a habité pendant dix ans dans une ancienne ferme soleuroise, insalubre, mal chauffée, infestée de rats et de cafards, qu'elle n'a pu quitter que lorsque l'état de délabrement avancé de la maison a nécessité sa démolition. Nous connaissons une famille de sept personnes admise à titre provisoire, logée pendant huit ans dans un "container" (sorte de cabine métallique), placé devant l'école d'un village argovien.
De telles conditions d'hébergements sont inadmissibles et incompréhensibles. La Confédération verse actuellement aux cantons des forfaits-logements de 11.85 fr. par personne et par jour(1), les communes devraient donc avoir la possibilité de loger décemment les personnes à sa charge. Dans les cas cités ci-dessus, la première commune devrait disposer de près de 1'500 fr., et la deuxième de 2'000 fr. par mois pour ces familles.

Un rapport de l'Office cantonal soleurois de prévoyance sociale ouvre une piste de réflexion intéressante quant à la destination de cet argent. Le responsable de l'Office y explique aux membres de la Commission des finances les 18 millions d'économies réalisés en cinq ans sur les forfaits fédéraux (concernant l'assistance, le logement et les frais administratifs), et placés sur un compte-réserve "asile". "Les raisons principales de l'accumulation sur le compte de réserve "asile" s'expliquent par (…) des conditions de logement bon marché dans le canton et dans les communes."(2) Et de donner l'exemple d'une maison à Olten dont la location se monte à 2'800 fr. par mois, alors que le forfait remboursé par la Confédération s'élève lui à 10'000 fr.
Le but de l'opération serait-il de renflouer les caisses communales et cantonales ? Un procès-verbal de la Commission des finances soleuroise du 6 juin 2000 ne laisse aucun doute là-dessus: "le système signifie un allégement pour les communes et le canton. Le conseiller d'Etat (en charge du dossier, ndlr.) recommande donc de ne pas attirer l'attention sur le procédé choisi, surtout par rapport aux autres cantons et à la Confédération."(3) Ces faits avaient déjà été dénoncés par une enquête publiée par la revue "Facts" en mai 2000, qui arrivait à la conclusion que les cantons et les communes puisaient dans les forfaits fédéraux de façon totalement incontrôlée.(4)

Cohabitation forcée
Les célibataires n'ont que rarement la chance de disposer d'un logement, chambre ou studio individuel. Dans certains cantons (Genève par exemple), les requérants peuvent dans une certaine mesure choisir leurs colocataires, ceci n'est pas le cas dans le canton de Soleure. En vertu d'une décision de l'exécutif, les personnes (et même les familles) sont regroupées dans des "logements individuels" selon des critères d'appartenance ethnique: les "Balkanais", "les Africains", "les Arabes".
Le cas échéant, le canton n'hésite pas à rassembler des personnes qui n'ont en commun que leur statut de requérant d'asile. Telle cette "communauté", composée de trois femmes originaires d'Ethiopie et d'une femme venant de l'Irak qui se partagent un trois-pièces dans une ferme délabrée de la campagne soleuroise. A l'état lamentable de l'habitation et à la promiscuité vient s'ajouter pour la jeune femme irakienne, la difficulté de communication.

Système d'aide discriminatoire
La majorité des requérants d'asile et un grand nombre de personnes au bénéfice d'une admission provisoire ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins et sont dépendants de l'aide sociale. La Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS) a fixé à 1'100 fr. le montant mensuel nécessaire pour couvrir les besoins de base (nourriture, transport, entretien, vêtements, loisirs) permettant à la personne assistée de mener une existence conforme à la dignité humaine en Suisse. Les autorités fédérales estiment qu'un forfait mensuel de 480 fr. est suffisant pour couvrir les besoins des personnes à statut de séjour précaire. Tel est actuellement le montant des forfaits individuels versé par l'ODR aux cantons pour l'assistance de ces personnes. Ce qui n'empêche pas la plupart des cantons de réajuster ces montants à la baisse et d'empocher la différence. En pratique, on assiste à un nivellement vers le bas. Le montant mensuel attribué aux personnes concernées oscille en gros entre 300 et 400 fr. par individu.
Il est largement en dessous de cette somme pour les familles nombreuses, qui sont désavantagées par la forte dégressivité des tarifs familiaux d'assistance. Ainsi, Madame E. et ses cinq enfants domiciliés dans une commune bernoise, ne touchent que 1'021,50 fr. par mois, incluant les besoins de base et l'argent de poche.

Mesure disciplinaire
L'aide sociale peut être réduite ou supprimée si la personne assistée a un comportement que l'administration juge "asocial", qu'il s'agisse d'un refus d'exécuter un travail "d'utilité générale", d'une absence lors d'un contrôle de présence à domicile ou d'une désobéissance. Ainsi, M. O, requérant d'asile domicilié dans un centre bernois ayant rédigé de nombreuses missives à l'intention d'ONG et des autorités responsables pour se plaindre du non-respect de ses droits humains, fut placé en guise de punition dans le foyer de M, conçu spécifiquement pour les requérants d'asile "récalcitrants", dont les pensionnaires touchent des montants d'assistance minimaux inférieurs à la norme.(5)
M. O, indigné, refusa d'y passer une seule nuit .Ce qui lui valut cette fois, la suppression totale de l'assistance remplacée par un bon pour un repas journalier "Après une patience d'un mois moyennant un repas par jour et sans la moindre aide financière (même pas pour acheter un dentifrice ou un savon), le problème ne fut pas résolu. Il (le responsable administratif) me demanda de patienter encore. J'ai patienté au total quarante-neuf jours, avec un seul ticket pour un seul repas par jour au restaurant populaire".

Contrôle de la sphère privée
L'assistance des requérants d'asile se confond souvent avec leur contrôle. Cette attitude, est de plus en plus perçue comme normale dans le contexte actuel de dérive sécuritaire. Ainsi, les requérants d'asile sont fréquemment soumis à un contrôle de présence hebdomadaire (Soleure), bihebdomadaire (Valais), voire journalier (Appenzell). Certains d'entre eux ne peuvent quitter leur commune plus de trois jours sans l'autorisation écrite de l'administration. Parfois même leur courrier est contrôlé. Ainsi dans une commune bernoise, le courrier transite par l'assistante sociale, qui le redistribue, entrant sans frapper dans les appartements dont elle possède un double des clés. Selon le témoignage de M. B., "elle lit le courrier. Quand je m'en suis plaint, elle m'a dit: de toute façon, vous n'avez aucun droit en tant que requérant d'asile".

Le "Bureau d'asile" soleurois
Quatre communes soleuroises ont délégué l'assistance des requérants d'asile à une organisation privée, autoproclamée "Bureau d'asile", employant des "assistants", dont certains sont des agents de sécurité privés. Le Bureau est dirigé par un policier à la retraite. Le Bureau a - "en accord avec l'Office cantonal de prévoyance sociale" - la compétence d'émettre des directives, contraignantes pour les requérants d'asile domiciliées dans les communes qu'il "gère".
En voici un échantillon: "Les requérants d'asile ont le devoir de séjourner dans leur commune d'attribution et d'y passer la nuit. Sur demande, de courtes absences peuvent être autorisées. Le requérant d'asile qui séjourne pour quelques jours sans autorisation hors de sa commune peut subir des réductions ou une suppression de son montant d'assistance. Tout requérant d'asile qui séjourne plus de quinze jours hors de sa commune sera dénonce aux autorités cantonales comme étant entré dans la clandestinité."(6) Ou encore concernant les modalités de paiement de l'assistance: "Les banques concernées seront avisées de ne plus remettre d'argent aux requérants d'asile après 11 heures. L'argent qui n'aura pas été touché ne pourra pas être réclamé ultérieurement."(7) De tels traitements ont des effets profondément humiliants sur les personnes concernées.

Restrictions dans l'accès au travail
Pour toutes les personnes du domaine de l'asile, l'accès au marché du travail est difficile, du fait de leur statut de séjour précaire. Si les cantons romands autorisent plus facilement les personnes à trouver du travail, beaucoup de cantons alémaniques ont une attitude restrictive à ce sujet. Le canton de Soleure a prescrit dès 1992 une interdiction de travail illimitée dans le temps pour les requérants et les personnes admises provisoirement. L'interdiction a été levée en décembre 1999, pour être remplacée par une interdiction limitée à une année.
Un peu partout, on constate la mise en place de formes de travail à l'usage exclusif de ces personnes. Les administrations communales proposent diverses activités, telles que le nettoyage et l'entretien de locaux communaux, de foyers d'hébergement, le transport de meubles lors de déménagements, l'aide à la rénovation de bâtiments administratifs pour lesquelles le travailleur touche un salaire horaire dérisoire.
Ainsi, un couple de requérants a rénové et nettoyé une maison appartenant à une commune argovienne. La remise en état a duré quinze jours et le couple a touché 75 fr. par personne !

Innovation soleuroise
Le canton de Soleure s'est montré particulièrement inventif en la matière. En vertu d'une directive cantonale édictée par l'Office cantonal de prévoyance sociale(8), un paysan en quête de main d'oeuvre bon marché peut s'adresser aux communes pour se "louer" les services de personnes à statut précaire. Le contrat de travail est signé entre la commune et le paysan, le travailleur est dédommagé au tarif fixé par l'Office de prévoyance (environ 5 fr. l'heure), le reste du salaire est versé par l'employeur directement à la caisse communale. Ce travail ne donne pas droit à l'obtention d'un permis de travail régulier. Si le requérant d'asile refuse ce genre d'activité, la commission d'aide sociale peut procéder à une réduction de son montant d'assistance.

Prélèvements sur les salaires
Les personnes à statut de séjour précaire qui ont finalement la chance de trouver un emploi se voient prélever par la Confédération 10% de leur salaire pour le remboursement des coûts d'assistance et des éventuels frais de renvoi. Cette retenue à la source s'ajoute aux cotisations sociales usuelles (AVS, AI, etc.) et aux charges fiscales ordinaires. En plus de ce prélèvement spécifique, certaines communes retirent des montants importants sur les salaires, destinés à rembourser… les frais d'assistance ! De telles pratiques sont à l'ordre du jour dans plusieurs cantons (notamment Soleure, Berne et le Valais) et s'appuient sur le fait que l'aide sociale est remboursable. Or, dans le cas des personnes à statut précaire, ces frais d'assistance sont supportés exclusivement par la Confédération. Ainsi les requérants d'asile remboursent les communes pour des prestations qu'elles n'ont pas fournies.

Accès à la scolarisation
Au hasard de nos consultations, nous avons constaté que certaines communes (en particulier dans le canton de Berne) ne scolarisent pas les enfants de requérants en âge de scolarité obligatoire. Ceci semble être surtout le cas, lorsque ces enfants résident dans les centres de transit avant l'attribution à une commune. Or le séjour dans ces centres dure souvent plusieurs mois. Ceci rejoint une constatation faite par l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) basée sur des informations (non-exhaustives) obtenues au 5 décembre 2000. Dans deux cantons au moins (Berne et Schwyz), cette pratique reposerait sur des décisions prises par l'exécutif cantonal. D'autre part, les diplômes et les formations des requérants d'asile ne sont souvent pas reconnus en Suisse et ils n'ont que peu de chance d'y entreprendre des études, trop onéreuses pour ceux d'entre eux qui sont assistés. Il est aussi extrêmement difficile pour un jeune en fin de scolarité, de trouver une place d'apprentissage tant qu'il est en possession d'un statut de séjour précaire.
Certaines organisations offrent des formations ou des cours (de langue surtout), dont la durée est limitée à quelques mois. Parfois ces formations ressemblent plutôt à un travail mal rémunéré. Une jeune Ethiopienne de vingt-cinq ans a durant six mois effectué une "formation ménagère" dans une école d'agriculture du canton de Soleure, formation qui consistait en fait à faire le ménage et la cuisine pour les pensionnaires, et qu'elle a perçue plutôt comme une forme d'exploitation: "ça n'a pas été simple pour moi, j'ai travaillé 34 heures par semaines, parfois même 50 heures et je n'ai touché que 180 fr. par mois".

Restriction dans l'accès aux soins
La restriction par les cantons, de la liberté de choix de l'assureur et du médecin pour les personnes à statut de séjour précaire, a été introduite dans le prolongement de la révision totale de la loi sur l'asile (art. 26 de l'ordonnance application sur le financement). Une base légale que la prochaine révision se propose de consolider, en inscrivant cette limitation dans la loi elle-même. L'expérience montre pourtant que loin de se limiter au choix du médecin, cette restriction risque de déboucher sur une médecine à deux vitesses parfaitement discriminatoire.
Les deux exemples suivants illustrent ce propos. Un requérant d'asile souffrant de violents et subits maux de dos suite à une chute, se rendit donc chez le médecin, qui lui administra des anti-douleurs, sans l'examiner vraiment. Les maux de dos ne disparaissant pas, le jeune homme fut enfin examiné, trois semaines après l'accident et opéré d'urgence. A sa sortie de l'hôpital le médecin lui prescrit la natation en guise de thérapie post-opératoire. Le jeune homme, ne pouvant pas encore se déplacer à pied sur de longs parcours, fit la demande d'un abonnement de bus pour pouvoir se rendre régulièrement à la piscine couverte de la ville voisine située à une dizaine de kilomètres de son domicile. Sa demande fut rejetée. Les 80 fr. hebdomadaire d'aide sociale étant largement insuffisants pour qu'il puisse en assumer les coûts, il dut renoncer à cette thérapie. Un des enfants d'une famille de requérants d'asile domiciliée dans le canton d'Argovie décéda, suite à une chute dans la cage d'escalier de l'école primaire dont il fréquentait l'enseignement. Aussitôt, un psychologue fut engagé par l'école pour prévenir d'éventuels traumatismes chez ses camarades de classe. Les parents et les frères et soeurs de l'enfant décédé ne bénéficièrent d'aucun appui de ce genre.
Dans la commune de N, c'est l'assistante sociale qui contrôle l'accès aux soins médicaux pour les requérants d'asile. C'est elle qui délivre au requérant, une "carte de soins", sorte de "laissez-passer" qui autorise celui-ci à consulter le médecin. Pas de carte, pas de soins. Ces restrictions d'accès aux soins sont précarisantes et humiliantes pour les personnes qui les subissent. Elles sont aussi inadmissibles sous l'angle des droits humains. Il y a pourtant fort à craindre qu'elles ne soient qu'une étape d'un processus visant l'exclusion pure et simple des groupes concernés du système de l'assurance-maladie. (voir VE no 86, février 02, p. 4 et ss.)

En conclusion
L'accueil que la Suisse offre aux personnes venant demander sa protection est non seulement inhospitalier, mais constitue une nouvelle épreuve pour des personnes qui, précisément ont tenté d'échapper aux situations de violence qui régnaient dans leurs pays. Enfermées dans des centres d'enregistrement, puis entravées dans leur liberté de circulation, contrôlées jusque dans leur sphère privée, souvent mal logées et mal soignées, assistées à la moitié de ce qui est censé garantir une vie dans la dignité, victimes de législations arbitraires et de tracasseries administratives, les personnes à statut précaire ressentent cet accueil comme une nouvelle violence, une atteinte aux droits liés à la dignité de leur personne.
Devant cette violence symbolique qu'elles ne comprennent pas, elles se taisent de peur d'être expulsés (ce dont elles sont souvent menacés).Elles n'osent que rarement se plaindre des discriminations dont elles font l'objet. D'autant plus que ces discriminations sont ancrées dans un système étatique "à trois niveaux" (fédéral, cantonal et communal) de lois, de directives et d'ordonnances, complexe et peu transparent, permettant à chaque instance d'interpréter à sa manière les directives venant d'en haut avant de les appliquer.
Il faut le reconnaître, cette interprétation est assez consensuelle. Il y a peu de résistance au niveau des cantons même dans les domaines où ils jouissent d'une certaine autonomie. Par exemple, rien n'empêcherait ceux-ci de veiller à ce que les requérants d'asile et les personnes admises à titre provisoire soient logées correctement, de favoriser leur accès au marché du travail régulier, d'inscrire dans leurs budgets un montant destiné à compléter les prestations d'assistance pour les aligner sur celles des Suisses et des résidants, de renoncer aux contrôles de présence à domicile, de respecter leur sphère privée.
Le système des forfaits, quasi incontrôlable, permet aux cantons et aux communes de renflouer leurs caisses en empochant une partie des montants alloués par la Confédération pour le logement, l'entretien (assistance) et l'administration des personnes à statut de séjour précaire.
Et cette "incontrôlabilité" est assez commode pour l'ODR et les autorités administratives cantonales et communales, qui évoquent volontiers le "fédéralisme" pour se renvoyer mutuellement la responsabilité de discriminations particulièrement flagrantes, surtout lorsque celles-ci deviennent publiques.

IGA Soleure - SOS Racisme

1 Révision totale de la loi sur l'asile, ordonnance d'application sur le financement, articles 24 et 82. Ces montants varient légèrement selon les prix de location pratiqués dans les cantons.
2 Rapport de l'office de prévoyance sociale, 5 juin 2000, traduction libre.
3 P.V. de la commission des finances du canton de Soleure: "fonds Asylbereich", 6.6.2000, traduction libre.
4 "Das Asylgeschäft, im Asylwesen herrscht Willkür und Wildwuchs", Mai 2000.
5 Le système bernois d'aide sociale fonctionne selon le principe de "bonus/malus" dont l'introduction au niveau fédéral avait été proposée par la Conférence suisse des directeurs de police. Les directeurs romands l'ayant taxé de discriminatoire, le projet fut abandonné au niveau fédéral.
6 Büro für Asylwesen der Gemeinde Bellach, Vorholzstrasse 6, L., Herr R. H. im Oktober 2001, traduction libre.
7 Büro für Asylwesen, Vorholzstrasse 6 L., Herr R. H, im November 2001, traduction libre.
8 Asylinformation Nr. 11/2000, Merkblatt: Landwirtschaftliche Kurzeinsätze, Kanton Solothurn, Mai 2000.

 

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