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Poèmes, textes
A l'ombre des jeunes filles
en plume
Paru dans VE no 118, juin 08
Seul
Paru dans VE no 116, février 08
Les cigognes
Paru dans VE no 115, décembre 07
Lâche-moi !
Paru dans VE no 113, juin 07
O toi ! Liberté !
Paru dans VE no 112, avril 07
Mes racines
Paru dans VE no 111, février 07
Non-entrée en
matière
Paru dans VE no 109, septembre 06
Les nouveaux sens
Paru dans VE no 106, février 06
Je suis un NEM
Paru dans VE no 104, septembre 05
Mon ami Tenzin dit que...
Paru dans VE no 102, avril 05
A l'ombre des
jeunes filles en plume
Aux arbres, les malheurs fleurissent
Que de mauvais air nous reste à respirer
L'exil n'est pas un royaume de mille joies
Je suis exilé, je ne suis pas bien
Loin, mes ombres de palmiers
J'ai perdu ma mer, mon visage
Mon soleil, ma lune
tout perdu
Même en exil, je me sens mal
Le chant d'amour est faux, seules
Les chansons tristes sont vraies
Oh ! Combien d'ombres diaboliques
Oh ! Quand trouverai-je ma vie et ma terre ?
A l'ombre des jeunes filles en plume
Quelquefois je me sens bien
L'exil n'est pas un monde
Exil où je n'ai pas trouvé le sens d'exister
K. Kalamogan, poète tamoul réfugié
en France
Paru dans Documentation Réfugiés no 241, 1994
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Seul
J'ai mal, comme une fleur pâle
La tête est fanée, comme la fleur sans eau
Je pleure, oh, je pleure
Comme la pluie, comme la rivière
Mais seules des gouttes sèches
tombent sur mon visage
Ma douleur, ma pâleur
Pourquoi donc ?
La main est paralysée,
les yeux ne voient plus
Je suis handicapé !
Ils se moquent de moi
Ma personnalité de vaut rien
Comme si je venais d'un autre monde
Ne l'oubliez pas: je suis des vôtres !
Ne me jetez pas dans un coin
Ne me regardez pas si stupidement
Venez, partageons la vie
Non en ennemis, mais en amis !
Ibrahim Uetebay
réfugié kurde
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Les cigognes
Lundi après-midi, quand je suis retourné à Lucens,
J'ai vu les cigognes.
Sur chaque toit, il y en avait une.
Je les ai vues.
Je ne suis pas un homme qui pleure beaucoup,
Mais ça m'a touché.
Tu sais pourquoi ?
En Turquie, il y a un proverbe.
On dit que si tu vois une cigogne voler,
Ca veut dire,
Tu vas voyager.
Parce que les cigognes visitent Jérusalem,
Elles sont les pèlerins.
J'ai vu une vingtaine de cigognes qui volaient,
C'est la raison pour laquelle,
Je suis heureux.
Depuis que je suis arrivé en Suisse,
C'est la première fois que je les ai vues.
Peut-être, un jour,
Je pourrai aussi voyager à nouveau,
Comme elles
Ali Kokden
Paru dans "Voix d'Exils" no 15, septembre 04
Lâche-moi !
Si le jour de la justice n'est pas loin
Que le ciel
Si le monde du mensonge n'est pas lourd
Que la vérité
Je ne suis pas un criminel !
Je suis prisonnier d'opinion !
Victime de l'injustice
Lâche-moi !
Ma cellule est glaciale
Ma cellule est humide
L'hygiène dans ma cellule
Complètement déplorable
Lâche-moi !
Il y a des rats, des cafards
Et des puces
Partout
Ca donne des douleurs
Ca fait de la peine
Lâche-moi !
Je suis un humain. Sans liberté
Je suis sans voix. Sans droit.
Wondimeneh Aberra, pour tous les prisonniers d'opinion en Ethiopie
Paru dans "Voix d'Exils" no 26, février-mars-avril
07
Liberté,
Ton cri a secoué le monde !
Moi, Kurde, j'entends aussi ta voix
Elle est douce,
Plus douce que le chant d'amour,
Plus chaude que le vent
qui réveille les bois
(
)
Liberté,
Ta voix a balayé la nuit,
Cette nuit obscure
Des tyrannies sanglantes
A toi toutes nos pensées,
Source de joies pures,
Immortel esprit,
Couronne de dignité.
Emir Kamuran Bedir Khan, poète kurde
Paru dans "L'Appel du Kurdistan", no 33, octobre 2006
Mes racines
En été ou au printemps
Je me souviens de mes déracinements
Pour tous les déracinés, ici et là
Ma peine est toujours là.
En été ou au printemps
Les déracinés dans leur fondement
Seront morts par éclairs blancs
Ma peine est avec moi, tout le temps.
Je me suis enracinée difficilement
J'avais besoin de vivre dignement
Ma peine m'abandonne péniblement
Elle reste avec moi, tout le temps.
Mes racines avaient besoin de liberté
Elles vont là où elles trouvent une possibilité
Le bonheur chante en moi à présent
Ma peine, je la sens tout le temps.
Victoria, réfugiée
Paru dans Le Chênois, no 441, mai 2006
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Non-entrée en
matière
"Quand on regarde un peu la loi, on peut se demander à
quoi devrait ressembler un réfugié
qui voudrait correspondre au réfugié dont parle la loi.
Ce devrait être quelqu'un qui a emmené ses papiers,
un passeport en règle,
son acte de naissance, sa carte de donneur de sang, son livret de famille.
Ce devrait être quelqu'un qui ne vient pas ici pour faire
la manche.
Quelqu'un qui a donc de l'argent, qui amène cet argent et qui
ne dépend pas de notre aide sociale.
Quelqu'un qui voudrait rapidement repartir, car il a un avenir ailleurs,
une famille,
une maison, un bon boulot qui lui permet de vivre.
Quelqu'un qui chez lui, pour des raisons politiques, a pris deux
ou trois mois de congé.
Quelqu'un qui rentrerait chez lui après deux ou trois mois, une
fois la situation stabilisée.
Quelqu'un qui ne viendrait pas ici pour faire de l'agitation politique
dans le but de stabiliser la situation chez lui,
et qui aurait le projet de s'intégrer au plus vite, d'apprendre
la langue, la culture et tout, pour repartir le plus vite possible
et révéler à la terre entière ce qu'il a
appris, afin que tout le monde sache et comprenne que la Suisse est
un sacré État de droit
Un État qui s'apprête à enfreindre le droit
international et à plonger dans l'injustice celles et ceux qui
ont fui l'injustice.
Un État qui s'apprête à rendre la vie dure à
celles et ceux qui ont risqué leur vie pour sauver leur vie,
à les enfermer préventivement, le temps qu'ils se souviennent
peut-être qu'ils ont ailleurs un oncle fortuné qui voudrait
d'eux
Si vous ne voulez pas que notre droit d'asile devienne une injustice,
et si vous pouvez vous représenter ce réfugié pour
qui est soi-disant faite cette loi,
alors il n'y a qu'une réponse à donner à
cette loi: non-entrée en matière.
Guy Krneta, dramaturge et auteur alémanique,
traduction Simon Koch
Paru dans le Manifeste
des artistes contre la loi sur l'asile, août 2006
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Les
nouveaux sens
L'officier qui m'a donné le visa
Le refuse à ma femme
Derrière l'ombre des palmiers
De Jaffna
Ma grand-mère
Est partie pour toujours
Et pour moi
Est-il possible
De retourner au pays ?
Les miens
De chair et de sang
Sont à Toronto et à Londres
Mais aucun ambassadeur
Ne veut croire à ma couleur
Réfugié
Je veux le sens de ce mot
Je ne peux pas regarder ceux que j'aime
Mais je suis condamné
A regarder des visages
Que je n'aime pas
Je vis comme un être d'une autre planète
Mais moi
Je veux le sens du mot réfugié
Ilavalai Vijayendran
Paru dans Documentation Réfugiés, no 190, juillet
1992
Je suis
un NEM
Je fais cette lettre pour que les gens comprennent vraiment
comment vivent les NEM.
Je vais vous raconter ce que nous vivons à la Voie-des-Traz.
On y est très nombreux et tous mélangés.
Dans mon dortoir, il y a trente personnes.
On ne se connaît pas et on ne se comprend pas.
Beaucoup ont complètement perdu la mémoire
à travers des souffrances mal vécues
et une nourriture que ne convient pas.
Nous sommes trop nombreux pour pouvoir dormir,
les gens ne s'entendent pas bien, se dérangent.
Il y a le bruit des avions et des odeurs très fortes.
Il est difficile de garder les locaux propres, parce qu'il y a trop
de monde.
La nourriture est insuffisante: un sandwich à
midi et le soir un repas,
mais où il y a tout le temps du riz.
Beaucoup sont malades.
Il y a beaucoup de déprimés et de personnes qui,
depuis qu'elles sont NEM, sont devenues alcooliques.
Sans espoir, elles se détruisent petit à petit.
Les visites sont contrôlées.
Souvent on les refuse.
Et j'ai peur de faire venir un ami me trouver
On a le sentiment d'être mis dans un magasin ou
un dépôt de marchandises.
Les NEM sont des gens que la Suisse a voulu jeter à la poubelle.
NEM est un nom humiliant. Et on ne mérite pas de vivre dans
de telles conditions.
La Suisse est en train de détruire beaucoup de
gens !
J'espère que les autorités suisses nous donneront le
droit de vivre comme des êtres humains
B.A., Grand-Saconnex, 22 juillet
Paru dans la Tribune de Genève, 6/7.8.05
Mon ami tibétain Tenzin dit que la Suisse est belle et jolie.
Voilà un visage de la Suisse qui est souriant.
Malheureusement, la Suisse a un autre visage,
qui est beaucoup plus sombre:
c'est celui de la peur, du rejet, des expulsions forcées,
de l'exclusion, des plans de vol et des NEMS.
Mais qu'est-ce qu'une NEM ?
Une NEM, c'est une non-entrée en matière.
Et qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire que n'importe quel requérant d'asile, même
bien intégré,
peut du jour au lendemain recevoir ce papier maudit
et voir sa vie basculer.
Il perdra son permis de séjour, son travail, son appartement.
Le mot d'ordre de la NEM est: DEHORS !
IL N'Y A PAS DE PLACE POUR TOI ICI !
Pourtant
j'ose croire, espérer et rêver qu'un jour
ces lois inhumaines, qui jettent à la rue des personnes
comme Tenzin, Mustapha, Dimitri, Uran et Serguéï, disparaîtront.
Oui, osons croire, espérer et rêver qu'un jour
un large sourire couvre l'entier du visage de la Suisse.
Et que notre belle Suisse tourne ce visage souriant
vers nos frères et nos surs exilés,
dans un esprit de confiance et de générosité.
Ce sujet est brûlant, dangereux, scandaleux
et l'on ne peut pas en parler gentiment,
comme si c'était une mondanité.
C'est bien plutôt une bombe à retardement.
Tic-tac-tic-tac !
Mais les gens d'ici préfèrent qu'on leur chuchote des
douceurs,
qu'on les caresse dans le sens du poil,
qu'on leur dise : "oui, la Suisse est belle, jolie et gentille."
Si gentille qu'elle n'a qu'une seule envie,
c'est de s'endormir comme la Belle au Bois dormant,
bien au chaud, sans surprises, sans risques pris
et avec des comptes en banque bien garnis
Et on ira tous au paradis
des Suisses
Les étrangers, eh bien ils iront ailleurs,
dans leur propre paradis.
Les gens d'ici préfèrent qu'on leur chantonne des berceuses
pour leur faire oublier que dans les gares dorment des gars,
qui n'ont plus rien qu'un sac en plastique déchiré,
avec des affaires sales dedans.
Faut-il qu'un requérant ou qu'un SDF, meure de froid,
pour qu'ils daignent ouvrir un il et se dire:
"Ah bon, ça se passe aussi chez nous ? !"
Natasha de Félice
bénévole auprès de réfugiés -
novembre 2004
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