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Articles

Les principaux articles de notre bulletin de liaison, accessibles par numéro.

Vivre Ensemble N° 114, septembre 2007

Editorial
Vous êtes plus de 2’000 à nous lire

La revue Vivre Ensemble se porte bien. Sur la lancée de la campagne de votation et de la mobilisation qu’elle a suscitée, le nombre de nos abonnés a sensiblement augmenté. Avec 1’472 abonnés payants, 170 abonnements remis gratuitement à divers organismes, à la presse et à certains parlementaires, et compte tenu des exemplaires qui passent de main en main, se sont sans doute au moins 2’000 personnes qui nous lisent.

Un chiffre modeste, à l’aune de la grande presse, mais cette diffusion est loin d’être négligeable à l’échelle d’un mouvement de solidarité au sein duquel notre périodique sert de lien, et stimule trimestre après trimestre des engagements oh combien nécessaires.

La bonne santé de Vivre Ensemble montre que nous répondons bien à l’attente de notre public. Cela n’empêche pas le comité de rédaction de s’interroger parfois sur la nécessité de renouveler le contenu et la forme du journal. Cela vous intéresserait-il d’y contribuer ?

Vivre Ensemble est élaboré par une équipe intercantonale dont les membres sont actifs dans le domaine de l’asile depuis de longues années. Aucun n’est démissionnaire, mais de nouvelles têtes, ou plutôt de nouvelles plumes seraient aussi les bienvenues pour apporter un regard neuf sur la réalité de l’asile.

L’engagement au sein du comité de rédaction n’est pas extraordinairement lourd. Chacun des cinq numéros annuels s’élabore essentiellement à travers une conférence téléphonique pour fixer une liste de sujets à traiter et une séance à Lausanne pour discuter des projets d’articles. Il est aussi possible de collaborer avec des correspondants extérieurs qui nous signaleraient des sujets et nous enverraient des textes pour publication.

Malgré ses vingt deux ans et ses 114 numéros, Vivre Ensemble n’aimerait pas devenir une vieille dame respectable, dont le contenu est élaboré par quelques dinosaures de la défense du droit d’asile. Il se veut, demain comme hier, le reflet d’un mouvement de solidarité qui n’a jamais accepté de courber l’échine malgré une conjoncture politique défavorable, et dont le dynamisme a besoin d’un vecteur d’information et d’opinion comme le nôtre. Y-t-il parmi nos 2’000 lecteurs et lectrices des personnes qui voudraient relever avec nous ce défi ? N’hésitez pas à nous contacter si l’aventure vous tente.

Vivre Ensemble

Politique
Criminalité et statistique
Ces vérités que l’on tait

L’actualité est plus que jamais marquée par le thème de la prétendue «délinquance des étrangers», comme le montre la dernière initiative «pour le renvoi des étrangers criminels», que l’UDC a lancée le 13 juillet dernier On agite des chiffres pour tenter de faire croire que notre pays s’effondre sous le poids de l’insécurité, et que les personnes étrangères sont particulièrement sujettes à commettre des infractions. Dans ce concert de croassements sinistres, une voix vient apporter un éclairage plus serein, d’autant plus précieux qu’il vient d’un responsable de police.

Olivier Guéniat est chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel. Il vient de publier un utile petit ouvrage «La délinquance des jeunes, l’insécurité en question*», et il s’exprime dans le récent livre d’Innocent Naki, «Sois parfait ou retourne chez toi, chronique d’une exploitation populiste des faits divers en Suisse*». Ses mises au point face à la surexploitation des faits divers dans les médias viennent ainsi à la fois de son ancrage professionnel et de son expérience. Première observation, la catégorie «étranger» ne veut rien dire. Dans un pays comme la Suisse qui se caractérise par un accès à la nationalité si difficile, on considère comme «étrangères» des personnes qui vivent souvent depuis des dizaines d’années, voire qui y sont nées et y ont fait toute leur scolarité. Dans les statistiques, on mélange toutes les catégories, des plus stables (permis C ou B) aux plus précaires (permis F ou N), y compris les personnes venant en Suisse pour y commettre des délits... Une telle approche gonfle artificiellement le taux de délits imputés aux «non-Suisses», ce qui finit par donner l’idée qu’il s’agit de comportements attachés à leur «nature étrangère». Or, dans les faits, ce sont surtout les titulaires de permis C et B qui sont concernés, autrement dit des personnes qui partagent pour l’essentiel, le même vécu que les Suisses.

Criminalité en baisse
Deuxième observation, selon la statistique fédérale de police, on constate une diminution de la criminalité au cours des vingt dernières années. Le taux de criminalité le plus bas a été atteint en 2000, avec 90’000 délits enregistrés de moins qu’en 1991! Il faut savoir en plus que cette statistique n’a été créée qu’en 1982: on ne dispose donc d’aucune donnée fiable permettant la comparaison pour les années antérieures. Autant dire que les références aux années 50 ou 60 sont totalement fallacieuses...

Vols par effraction en diminution
Si l’on prend l’exemple des vols par effraction, on constate aussi une diminution au fil des années, contrairement à l’image donnée dans les médias d’une recrudescence de cambrioleurs venant de l’Est. Autre exemple de manipulation médiatique, les gitans installés en Suisse ne présentent que de petits problèmes, et on ne signale pas de vols; quant aux quelques cambriolages commis par des jeunes gitans provenant de France voisine, ils n’ont strictement rien à voir avec une criminalité organisée.
Encore une illustration de cette diminution statistique: en 1982, 18’000 mineurs ont été dénoncés par les polices cantonales. En 2005, ils n’étaient plus que 10’000 ! C’est tout de même 44% de moins...

Sentiment d'insécurité
Troisième observation, dans ce contexte général plutôt encourageant, les personnes en procédure d’asile n’occupent qu’une place négligeable. En écho à la polémique stigmatisant la communauté kosovare pour un abus commis sur une fillette dans le canton des Grisons, on constate que l’implication des mineurs requérants d’asile dans les actes de violence sexuelle représente le 4% du total.
Par contre, il est certain que les politiques excessivement restrictives, comme l’interdiction de travailler ou l’exclusion de l’aide sociale, mises en place à l’encontre des réfugiés génèrent une criminalité «de survie». Face à la précarité sociale qu’elles entraînent, ces politiques sont aberrantes, puisque le système finit par... produire de l’insécurité ! Ce sont d’ailleurs ces aspects-là qui apparaissent dans les faits divers, qui se centrent sur les personnes dont la situation sociale est précaire.

Population ciblée
Quatrième observation, en guise de rappel, les statistiques de police ne sont que le reflet... de l’activité policière. Exemple: à Neuchâtel, on se concentre sur le trafic de cocaïne en mains de ressortissants d’Amérique du Sud, et les chiffres font apparaître un taux important de Sud Américains impliqués; ce n’est pas le cas ailleurs, à Lausanne ou à Bienne notamment, où l’on vise le trafic des ressortissants d’Afrique noire. Cela étant, les Africains de l’Ouest ne contrôlent pas - et de loin ! - la totalité de la cocaïne vendue en Suisse, sans même mentionner le fait qu’ils sont absents du trafic d’autres substances (héroïne, amphétamines, etc.) contrôlé par d’autres communautés. Conséquence ? Les chiffres recueillis sur le trafic de stupéfiants ne reflètent qu’une petite partie de la réalité.
On oublie aussi trop souvent que, sur le marché de la drogue, c’est la demande qui influe sur l’offre. Or, cette demande existe parce qu’il y a des consommateurs, souvent suisses, qui viennent s’approvisionner. Supprimer tous les revendeurs «non-suisses» n’y changera rien.

Attention aux conclusions hâtives
Cinquième observation, il faut se méfier des conclusions hâtives à partir d’apparences trompeuses. Les policiers sont confrontés à des listes de personnes recherchées dont la majorité est de nationalité étrangère. Mais cela est tout simplement dû au fait que les Suisses ont un domicile connu: on sait où les trouver et il n’y a donc nul besoin de les faire figurer sur ces listes ! On ne saurait en tirer comme conclusion que les uns sont «naturellement» plus enclins à commettre des délits que les autres.

Infractions à la LSEE
Sixième observation, en guise de rappel là aussi, certains délits ne peuvent être commis que par des étrangers. C’est le cas de manière frappante pour le séjour illégal. C’est un délit qui peut se répéter facilement, surtout lorsqu’on est clandestin ou victime de non-entrée en matière (NEM). Malgré le fait qu’il n’y a dans ce genre de situation ni victime ni lésé, le fait de se trouver en état de récidive conduit de nombreuses personnes à purger des peines de détention fermes. Là aussi, le système de mise à la rue des victimes de NEM inauguré en 2004 conduit à une augmentation des infractions à la loi sur le séjour et l’établissement des étrangers (LSEE) et des condamnations. On fait vite déborder les prisons, en donnant une idée complètement fausse de la soi-disant «nature» criminelle des étrangers. Une étude récente de l’Office fédéral de la statistique a d’ailleurs montré qu’en 2005, dans les cantons de Genève, Bâle-Ville et Zurich, plus de la moitié des étrangers condamnés l’ont été pour une infraction à la LSEE.

Prudence requise
Conclusion: il faut être prudent lorsqu’on manie les chiffres et se méfier comme de la peste des affirmations fracassantes qu’affectionne l’UDC et que relaient les médias. La réalité est que les polices communiquent très peu sur leurs activités, et surtout de manière tronquée. Lorsqu’elles le font, c’est le plus souvent dans un but politique, jouant sur le sentiment d’insécurité pour obtenir plus de moyens ou éviter que leurs budgets ne soient revus à la baisse. Pendant ce temps, depuis 1982, la criminalité ne cesse de diminuer.

Christophe Tafelmacher

* «La délinquance des jeunes, l’insécurité en question». Olivier Guéniat, Collection «Le savoir suisse», Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2007.
* «Sois parfait ou retourne chez toi, chronique d’une exploitation populiste des faits divers en Suisse». Innocent Naki, Editions Swiss Métis, Marly, 2007.

Procédure
Bosniaques d’origine arabe
«Ni rester ni partir»

Des dossiers de réfugiés «bosniaco-tunisiens» sont en souffrance à Berne. Il s’agit de musulmans venus aider leurs coreligionnaires bosniaques pendant la guerre (des travailleurs humanitaires de diverses associations). Restés en Bosnie après la fin du conflit pour certains, ils y ont obtenu la nationalité ou une permission de séjour et y ont fondé une famille. Mais en raison de la nouvelle loi bosniaque sur la nationalité, qui préconise la révision des naturalisations obtenues depuis 1992, ils font depuis 2006 l’objet d’un retrait de nationalité et sont frappés de mesures d’expulsion. Dans le contexte de l’après 11 septembre, ces Bosniaques d’origine arabe sont en effet suspectés d’être des terroristes potentiels. Ils risquent l’emprisonnement et la torture en rentrant dans leur pays d’origine. Certains ont demandé l’asile en Suisse, qui se retranche derrière le fait qu’ils ont séjourné dans un pays tiers: la Bosnie. Afra Weidmann, mandataire de requérants d’asile à Zurich, nous alerte ici sur le sort de ces personnes. (Réd.)

En Bosnie, des centaines de familles sont menacées de séparation forcée par l’expulsion du mari et père dont le passeport bosniaque est confisqué ou auquel le prolongement de l’autorisation de séjour est refusé. Et en Suisse, pays qui se targue de respecter les droits de l’homme, qu’en est-il ? Six familles, mère bosniaque et père d’origine tunisienne, ont quitté la Bosnie quand la pression et les menaces contre «ces arabes» sont devenues de plus en plus inquiétantes. Pendant la guerre et encore quelques temps après, ils y étaient les bienvenus pour travailler dans le cadre des organisations humanitaires. Retourner vers le pays d’origine était impossible, tous avaient fui de sévères persécutions pour des raisons politiques. Ont-ils trouvé l’asile en Suisse, après toutes ces années de passage de pays en pays, sans jamais trouver un lieu de calme et de sécurité ?

Une situation ubuesque
L’article 52,1 a. de la loi sur l’asile suisse permet de refuser l’asile à une personne «qui a séjourné, avant d’entrer en Suisse, un certain temps dans un Etat tiers où elle peut retourner», sans que les motivations de sa demande d’asile soient examinées. Le renvoi vers le pays d’origine est exclu. Ces six Tunisiens avaient sans aucun doute passé du temps dans un pays tiers, ayant contracté mariage avec des femmes bosniaques. Et la deuxième partie de l’article ? Si «(...) elle peut (y) retourner». Ils ne le peuvent pas, parce que l’ambassade de Bosnie Herzégovine refuse l’entrée et le séjour aux hommes d’une autre nationalité sans passeport en cours de validité. Cela ne nous étonne pas, si on voit ce que se passe en Bosnie. En revanche, la réaction des autorités suisses est plus qu’étonnante.

Un impossible retour
Au lieu de tirer les conséquences qui s’imposent sur l’impossibilité de retour pour ces familles et de traiter enfin leurs demandes d’asile, nos autorités restent muettes. Rien ne bouge, c’est l’impasse. Les parents et surtout les enfants souffrent de cette situation de «ni rester ni partir»: interdiction de travail, réduction de l’assistance sociale, une vie sans perspective. De nombreuses interventions juridiques, une action de grève de la faim symbolique dont le slogan fut «Ni rester, ni partir» fut menée du 22 au 25 août 2006 par les familles et moi-même sur le terrain d’une église située au centre ville de Zurich. Le pasteur nous en avait prêté le lieu. Pour nous avoir donné l’hospitalité, il a reçu des courriels hostiles. L’écho dans la presse est resté marginal. A la conférence de presse, deux journalistes se sont déplacés: un petit article a été publié dans le Tages-Anzeiger. Pour les grévistes, ce fut l’occasion de devenir actif, de sortir de cette situation interminable d’attente et d'agir. Ces actions n’ont pas réussi à débloquer l’affaire. Qu’est-ce qui se cache derrière ce blocage bizarre ? Espère-t-on que ces familles disparaissent d’un jour à l’autre dans la nature ?

Des êtres humains en attente
Attend-on l’entrée de la Bosnie et de la Suisse dans l’Union Européenne dans un futur incertain ? Ou y a-t-il simplement une perte du sens des réalités dans les têtes des responsables ? Il n’y a pas lieu de spéculer sur leurs motivations, leur comportement est tout simplement indigne d’un Etat de droit. Six familles, totalisant dix-neuf enfants, ayant déposé leur demande d’asile entre 1999 et 2003, dont la moitié avec un délai de départ échu pour certains depuis 2003 et l’autre avec un renvoi suspendu suite à une demande de révision de leur dossier, sont actuellement concernées.

Et l’angoisse qui monte
Derrière ses chiffres se cachent la peur, les soucis, la dépression et la crainte d’une déportation séparée des femmes et des enfants. Une année après leur grève de la faim, les familles attendent toujours, menacées par l’exclusion de l’assistance sociale en janvier 2008. L’indifférence du public face aux problèmes de quelques familles est une triste réalité. Le drame en Bosnie est resté sans écho dans la presse européenne, leur situation en Suisse est restée sans écho dans la presse suisse. On pourrait parler d’«épaves» de la guerre de Bosnie, «épaves» aussi de la répression en Tunisie des années 1990. Des êtres humains indésirables partout.
Et nous, qui sommes toujours minoritaires en tant que porteurs de cette idée fixe que chaque être humain a le droit d’avoir des droits, où en sommes-nous ?

Afra Weidmann, co-fondatrice d’Augenauf (groupe pour les droits de l’homme) et mandataire des familles

Interview
Aumônière à l’Agora
Vingt ans aux côtés des réfugiés

Véronique Egger a accompagné pendant presque vingt ans, les personnes venues chercher refuge en Suisse. Laborante en chimie de formation, elle s’est engagée dès 1988, date de la création à Genève du ministère de l’Agora (Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile), d’abord comme bénévole pour l’accueil des requérants d’asile dans un mobil home à côté de l’aéroport, puis après une formation de diacre à l’Eglise protestante comme aumônière à l’Agora en 1995. Figure bien connue des requérants d’asile, elle a durant toutes ses années visité régulièrement les lieux d’hébergement des réfugiés. Petit retour sur son parcours, au moment où elle prend sa retraite.

En quoi consiste ton travail ?
J’effectue des visites dans les lieux où se trouvent les requérants pour leur offrir une aide spirituelle, une écoute, un soutien. J’ai effectué des visites régulières au Centre d’enregistrement (CERA) de Genève jusqu’à son transfert à Vallorbe. Après l’entrée en vigueur des mesures de contrainte, l’Agora a demandé de pouvoir se rendre dans les lieux de détention des requérants déboutés. Depuis lors, je me suis rendue une fois par semaine à la Maison d’arrêt de Favra, puis à sa fermeture au Centre de détention de Frambois.
En 2001, j’ai repris le poste d’une collègue à l’accueil œcuménique à l’aéroport de Genève et je vais tous les matins dans la zone de transit. J’y rencontre notamment les personnes qui y sont retenues après avoir demandé l’asile en Suisse. J’effectue également un accompagnement individuel des requérants d’asile à leur demande ou à la demande de médecins ou de travailleurs sociaux.
Les requérants ont besoin d’une écoute. Ils sont impuissants face à l’administration qui s’occupe de leur procédure d’asile ou de leur hébergement, et ils sont souvent traités sans considération par cette dernière. Le travail devient de plus en plus dur, mais l’important c’est «être avec». Des fois tu ne dis rien, tu es juste là, tu écoutes, parce que c’est tellement dur ce qu’ils vivent où ce qu’ils ont vécu, qu’il n’y a rien à dire.

Y-a-t-il des personnes qui t’ont particulièrement marquées ?
J’ai accueilli au début des années 90, un esclave mauritanien venu demander l’asile en Suisse. Il ne regardait que le ciel. C’était un esclave de père en fils, qui s’était révolté, avait blessé son maître et avait été mis en prison. Je contacté une œuvre d’entraide qui l’a accompagné durant sa procédure d’asile. Il a été attribué au canton du Valais et il a finalement obtenu l’asile.
En 1993, j’ai rencontré au CERA juste après son audition, une femme soudanaise avec ses trois enfants. Elle me disait: «je ne peux pas le dire, je ne peux pas le dire», un viol en fait. Elle a, elle aussi, été attribuée en Valais et s’est retrouvée à Gliss où elle était la seule noire dans le foyer et où l’intendant lui faisait des avances. Un jour, n’y tenant plus, elle a débarqué à Genève avec enfants et bagages. Elle a été changée de foyer et s’est retrouvée à Martigny. Elle a obtenu l’asile et, trois ans après, elle maquillait les Valaisans et les Valaisannes à l’occasion du Carnaval !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ton travail ?
L’introduction de la procédure de non-entrée en matière. Les personnes ne sont plus correctement auditionnées, on n’écoute plus les gens et on passe à côté de leurs problèmes. Le système des interrogatoires est piégé dès le début. Pour recevoir l’asile, il faut venir avec la tête sous le bras.
La situation des requérants déboutés détenus dans le cadre de mesures de contrainte est peut-être la plus dure. La personne est enfermée dans l’attente de son renvoi, elle ne sait pas de quoi sera fait le jour d’après, si son pays va lui accorder des papiers et si elle sera expulsée au petit matin. De plus, dans de nombreux cas il n’y a pas de doute sur la nationalité, et ce n’est pas de leur faute si leurs pays ne leur accordent pas le laissez-passer nécessaire au renvoi. On se rend bien compte de l’inefficacité des mesures de contraintes, qui maintiennent des personnes de long mois en détention.

Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant ?
Essayer des stimuler les ressources intérieures des gens, car l’attente d’une décision, les difficultés voire l’impossibilité de trouver un travail, l’inactivité, l’incertitude,... tuent les ressources personnelles. Quand les gens ont l’impression d’être dans une impasse, quand les personnes sont détenues en vue leur expulsion, j’essaie de leur donner la possibilité de voir plus loin. Et le fait que des personnes s’engagent bénévolement pour l’accueil des requérants d’asile à la Maison de la Croisette, me fait chaud au cœur.

Qu’est-ce qui t’a «fait tenir» toutes ces années ?
Le fait de ne pas être seule, je fais partie d’une équipe. J’ai des collègues pour partager ce que je vois et je suis entourée des bénévoles. Le réseau militant et professionnel des personnes que se battent pour le droit d’asile à Genève est riche et dense. Par ailleurs, j’ai la chance d’avoir le contact facile avec tout le monde. J’arrive à m’adapter aux personnes et aux situations.
J’ai créé des liens durables avec de nombreux réfugiés et voir l’évolution positive de certains est un réconfort. Des requérants que j’ai rencontré à leur arrivée me rappellent des années après pour me donner de leurs nouvelles. Ce sont des moments très forts. J’ai pu visiter le monde entier sans voyager avec les gens que j’ai accueillis, J’ai beaucoup plus reçu que je n’ai donné.

Et maintenant que vas-tu faire ?
Je vais profiter de ma retraite, voyager et... continuer comme bénévole à l’Aéroport.

Propos recueillis par Isabelle Furrer

Aide sociale
Canton de Soleure
Hors la loi ou fraudeur ?

Déjà pratiquée depuis 2004 en cas de non entrée en matière (NEM), l’exclusion de l’aide sociale pour ceux qui ont été déboutés de leur demande d’asile entrera en vigueur le 1er janvier 2008. Mais Soleure, une fois de plus, fait du zèle. Le service social du canton envoie depuis un mois des lettres aux requérants déboutés (hommes seuls), leur annonçant qu’ils vont être expulsés de leur logement (par la police si nécessaire), privés d’assurance maladie et exclus de l’aide sociale, certains dès le 31 août, d’autres dès le 30 septembre 2007, s’ils ne quittent pas le pays «par leurs propres moyens». Cela sans même leur communiquer où ils peuvent toucher l’aide d’urgence que leur garantit encore la Constitution fédérale, et en les menaçant d’emprisonnement pour insoumission.

Le procédé est-il illégal ? Le remplacement de l’aide sociale par l’aide d’urgence pour les requérants déboutés en fin de procédure, fondé sur le nouvel article 82 al. 1 de la loi sur l’asile (LAsi), introduit dans la révision partielle du 1er décembre 2005, n’entre en application que le 1er janvier 2008. D’ici là, les requérants déboutés ont encore droit à l’aide sociale ordinaire, comme toutes les personnes relevant du domaine de l’asile. C’est du moins ce que tout le monde a compris au moment de la révision de la loi.

Libre choix aux cantons
Faux, selon le service juridique de l’ODM, que nous avons contacté par téléphone le 12 juillet. «Le procédé est légal, les cantons ont une certaine marge de manœuvre. L’aide sociale est du ressort des cantons. Et le nouvel article 82 dit seulement que la Confédération va supprimer à partir de janvier 2008 les montants forfaitaires d’aide sociale, de logement et d’assurance maladie octroyés aux cantons pour l’assistance des personnes concernées.» En gros, les cantons peuvent faire ce qu’ils veulent, pourvu qu’ils attribuent au moins l’aide d’urgence, censée respecter la Constitution et couvrir le minimum vital indispensable à une «vie dans la dignité». L’Office fédéral des migrations (ODM) lui-même ouvre ainsi grand la porte à l’arbitraire, le sort des requérants dépendant du hasard de leur attribution à un canton ou un autre.

De jolis bénéfices
L’aide d’urgence, à Soleure se chiffre à 8 francs par jour pour l’entretien d’une personne seule, et le montant est dégressif: pour une famille de 4 personnes il descend à 4,33 par personne, puis à 3 francs par personne supplémentaire. En appliquant par anticipation l’exclusion de l’aide sociale, dont les barèmes sont plus élevés, le canton se réserve de jolis bénéfices. Sur la base du droit actuel, la Confédération versera en effet au canton, jusqu’au 31 décembre 2007, les montants forfaitaires d’aide sociale, d’assurance maladie et d’hébergement pour les requérants déboutés, alors même que ceux-ci ne vont plus en bénéficier !

Françoise Kopf, IGA SOS Racisme

Observatoire
Visite d’un foyer pour demandeurs d’asile
Des requérants plutôt que des bisons

Engagé comme permanent de l’Observatoire du droit d’asile et des étrangers, Aldo Brina a profité de l’été pour sillonner les institutions liées à la thématique de l’asile et des étrangers dans le canton de Genève. Des visites, qui lui ont réservé quelques surprises, dit-il. Il nous livre ici un compte rendu relatif à sa découverte du foyer pour requérants d’asile «Les Tilleuls». Une présentation de la réalité évidemment plus personnelle que les «fiches descriptives» qu’il rédige pour l’Observatoire, et qui peuvent se consulter sur le site www.stop exclusion.ch/observatoire. (Réd.)

Il existe, quelque part sur le territoire du Canton de Genève, coincée entre l’autoroute A1 et la piste de l’aéroport de Cointrin, une minuscule parcelle de terrain. Selon mes sources, le vétérinaire cantonal aurait interdit au paysan voisin d’y faire paître son élevage de bisons: trop dangereux, à cause notamment de la pollution au kérosène. Du coup, on y a construit un foyer pour les requérants d’asile. Cette anecdote en dit long sur notre politique d’asile: les réfugiés ont-ils à nos yeux moins de valeur que du bétail ? Pour reprendre les mots d’une collaboratrice à qui je racontais cette histoire: «C’est vrai que les requérants d’asile, au moins, on ne les bouffe pas...». L’humour noir, un moyen de légitime défense comme un autre contre les agressions d’une réalité trop rude.
Dès mon arrivée au centre d’hébergement pour demandeurs d’asile des Tilleuls, la proximité avec l’aéroport m’apparaît comme un symbole de la précarité d’un statut instable - celui de demandeur d’asile -, comme un rappel de l’imminence du renvoi. Pourtant, le personnel sur place m’affirme que les résidents n’y songent pas, et que la piste d’aéroport se fond rapidement dans le paysage comme un détail quelconque, la nuisance sonore en plus...

Logements préfabriqués
Le foyer se compose de trois bâtiments préfabriqués, ou du moins fabriqués à moindres coûts. Ces constructions vieillissent en général assez mal, mais là elles sont presque neuves, le centre ayant été inauguré en mai 2005. Elles peuvent accueillir près de 160 personnes, logées dans des pièces individuelles, partageant salles de bains, toilettes et cuisines avec deux autres personnes (de ce point de vue là, c’est plus confortable que ce que j’ai pu voir dans d’autres centres d’hébergement). Les gens y sont regroupés si possible par nationalité. Certains appartements, un peu plus grands, sont prévus pour héberger des familles. Pour ces dernières, les assistantes sociales s’efforcent de garder une pièce pouvant servir de salon. Les demandeurs d’asile disposent également d’une laverie, de quelques mètres de pelouse entre chaque bâtiment, d’un grill - pratique en été - et même, intégration oblige, de conteneurs pour le tri sélectif. Pas très loin de là, un arrêt de bus permet aux résidents de se rendre en ville (il faut compter environ vingt minutes et un changement pour se rendre à la gare de Cornavin).

Des célibataires et des familles
Quand je fais remarquer que les lieux sont assez sales - des objets traînent un peu partout dans l’herbe -, on me répond: «Oui, la personne chargée de ranger et de nettoyer vient de voir sa demande frappée d’une décision négative. Ça se sent tout de suite.»
Sur les 160 places disponibles, à peu près 130 sont occupées lors de ma visite. Il y a trois femmes seules avec des enfants, quelques familles, mais la plupart sont des célibataires, majoritairement originaires d’Afrique ou d’Irak. Environ un cinquième seulement de cette population travaille.

A côté des pistes de l'aéroport
Le gros point faible du site, c’est l’environnement. Qui a bien pu décider de construire un centre d’hébergement à cet endroit ? Je l’ignore. En tous cas, ce n’était pas une brillante décision. Les avions qui vont se mettre en bout de piste pour décoller passent à une centaine de mètres des bâtiments. Toutes les deux minutes, les discussions sont interrompues à cause du bruit. Les bâtiments ont été insonorisés, mais tellement bien que l’humidité ne sort plus! «On est obligé de demander aux résidents d’ouvrir les fenêtres, sans quoi des champignons et de la moisissure apparaissent.»
Pour ce qui est de la pollution au kérosène, à part l’anecdote des bisons, je n’en sais pas plus. Mais à défaut de grands mammifères, j’apprends à ma grande surprise qu’un demandeur angolais vit dans le centre avec sa compagne suisse et leurs deux enfants, suisses également... Ce monsieur accepte de me conter son histoire, récit entrecoupé naturellement par le bruit des réacteurs.

Un cas particulier
Le couple a essayé de se marier il y a quelques années déjà, mais la mairie de la ville de Genève voulait avoir les papiers du divorce du futur époux, qui s’était déjà marié en Angola. N’ayant plus un seul proche là-bas, et ne pouvant pas y retourner faute de papiers d’identité, il ne lui était pas possible de se procurer de tels documents. La procédure de mariage est aujourd’hui toujours bloquée à ce stade. Pourtant, ils s’aiment et élèvent avec patience ou résignation leurs enfants dans l’ambiance multicolore des Tilleuls. Lui n’a pas de revenus (il est débouté), et sa compagne suisse est au chômage. L’Hospice général n’ayant apparemment pas encore fait suite à leur demande de logement en ville, ils ont été contraints d’habiter dans le centre d’hébergement des Tilleuls. Il y a donc des Suisses - et des enfants ! - qui habitent dans un foyer pour requérants d’asile !

Aldo Brina



Souscription réussie !

Après quelques mois d’expérimentation, l’Observatoire genevois, avait fait le pari de réunir au moins 70’000 francs pour pérenniser son activité autour d’un poste à temps partiel. Pari tenu, pour une grosse moitié grâce aux organisations membres de la Coordination contre l’exclusion, pour le reste grâce à des dons individuels. L’activité peut donc se poursuivre, avec l’ambition de s’étendre peu à peu à toute la Suisse romande. Au Tessin et en Suisse orientale, la mise sur pied d’observatoires régionaux est également en cours, de façon à ce que l’Observatoire suisse puisse s’appuyer sur des centres régionaux dans toutes les régions linguistiques.

Témoignage
Contrôle policier
Etre Noir est-il un délit ?

«Comment peut-on vivre dans un pays respectueux des droits de l’homme, les mêmes évènements que l’on vit dans un pays conduit par un régime sanguinaire ?», «les lois suisses seraient-elles fondées sur la couleur de la peau ou encore sur l’origine ?», «les contrôles policiers seraient-ils aveugles et uniquement pour les Noirs ?», voici les questions que se pose un requérant d’asile africain après avoir été victime d’une interpellation policière en gare d’Olten. Nous avons trouvé intéressant de publier son récit, car il est rare de disposer de témoignage de ce type rédigé par l'intéressé lui-même. (Réd.)

Le 31 juillet 2007, j’ai quitté la maison vers 11h25 pour faire mes achats dans un magasin sri lankais situé sur l’autre rive du fleuve Aare dans la ville d’Olten. J’y vais faire habituellement mes courses. Je faisais le trajet à pied. Le chemin le plus court est celui qui passe par la gare, je l’ai par conséquent emprunté. Arrivé à l’entrée Est de la gare, j’ai pris l’escalier pour descendre et je me suis dirigé vers la sortie. À une cinquantaine de mètres à peine, j’ai vu deux hommes prendre ma direction en sens inverse. J’ai continué à avancer et au moment de les dépasser, l’un d’eux s’est arrêté devant moi et l’autre s’est mis de côté pour me coincer.

Contrôlé à la gare
Le premier faisait environ 1m 70; le second environ 1m 85. Le plus petit m’a dit: «Polizei, contrôle» et m’a montré son badge. Je leur ai donc tendu mon permis N. Celui qui était à mon côté commença par téléphoner, quand au second, il me demanda de lui donner le petit sac que je portais en bandoulière. Je le lui donnai. Il exigea ensuite mon natel. Je lui obéis. Constatant que ce dernier était verrouillé (mon portable se verrouille automatiquement), il me le tendit et m’ordonna de le déverrouiller. Ne comprenant plus rien, je lui ai demandé les raisons d’une telle manœuvre ? Je jugeais mon portable personnel et à usage personnel.

Sans aucune explication
Sans me répondre, il s’est acharné à fouiller mon petit sac et mon porte-monnaie. Le premier était toujours au téléphone. Après qu’ils aient terminé la fouille des différents objets et sans logiquement avoir rien trouvé d’illicite, je leur ai demandé ce qu’ils me reprochaient au juste, car j’estime me comporter en citoyen togolais honnête depuis mon arrivée ici en Suisse.
En réponse à ma question, le plus grand des policiers m’intima l’ordre d’enlever mes mains des poches et de me tourner la face contre le mur. Surpris et ne comprenant toujours rien, je lui ai demandé: pourquoi faire ? Sans rien dire, il a commencé par me bousculer et m’a fouillé de haut au bas. Alors qu’il n’avait rien trouvé, il a pris les menottes et me les a passées brutalement aux mains dans le dos.

Ni de réponse aux questions
Hors de moi-même et me sentant humilié devant une foule si grande qui me prenait peut-être pour «l’autre noir dealer, terroriste et voleur», je lui ai demandé: «Que veut dire tout ceci ? Et pourquoi ?» Le plus petit policier m’intima alors l’ordre de fermer ma bouche. «Pourquoi dois-je fermer ma bouche, quand vous m’humiliez pour rien ?» ai-je immédiatement rétorqué ? Le second qui m’avait mis les menottes, a commencé par me pousser violemment dans le dos en me disant d’avancer. Surpris, je lui ai demandé: «Où m’amenez-vous ?» Au poste, répondirent-ils.

Une humiliation sans borne
Le policier continua de me pousser sauvagement sur une distance de presque huit mètres jusqu’à la voiture de police, comme un criminel ou un terroriste recherché de longue date. Et ce, malgré le fait que je le priais de me laisser marcher par moi-même. Mains au dos et menottes aux poignets, je subissais cette brutalité, de sorte que ces dernières m’ont serré davantage et causé des enflures aux poignets et des douleurs atroces. Le poignet gauche m’a fait mal toute la soirée. La scène se passait toujours devant des passants curieux. Jamais de la vie, je ne me suis senti aussi humilié, ridiculisé.

Embarqué au poste de police
Ils me firent monter dans la voiture. Arrivés sur le parking du poste de police, il y avait un groupe de policiers (dix environ). Mes deux tortionnaires sont descendus et ont commencé par discuter avec les autres. Celui qui était assis à côté de moi m’a ouvert la portière et a continué à me pousser, comme il le faisait dès le début. A l’entrée du poste de police, allaient et venaient aussi quelques-uns de leurs supérieurs, qui m’ont vu sans rien dire. Une fois rentrés, ils m’ont conduit dans une pièce située dans un sous-terrain. Nous avons été rejoints par un autre policier, membre du groupe qui était sur le parking. Il parlait français. Je tiens à rappeler que le policier qui m’a mis les menottes, nourrissait depuis la gare une folle et incompréhensible colère contre moi. Il était tellement furieux, qu’il a enlevé la chaise en plastique que son collègue, qui servait d’interprète, m’avait tendue pour que je puisse m’asseoir.

Une incompréhension totale
J’avais alors les menottes aux mains, quand celui qui parlait français me demanda ma version des faits. Dépassé et ne réalisant pas vraiment ce qui m’arrivait, je suis resté bouche bée. Pendant tout ce temps, mon sac, mon porte-monnaie et mon natel étaient à leur disposition. Comme je ne répondais pas, il m’a enlevé les menottes. C’est alors que j’ai retrouvé un peu la parole et que je lui ai relaté les faits.

Une fouille complète
À peine mon récit terminé, il me demanda d’enlever mon t-shirt, mon pantalon et mes chaussures. J’ai obtempéré malgré moi. Alors qu’il ne me restait que mon slip sur le corps, le même homme m’ordonna de l’enlever. J’ai refusé, car c’est un acte abominable passible d’exclusion dans ma culture Ewé. Il me menaça. Vu la manière barbare avec laquelle les policiers me traitaient, j’ai eu peur pour ma vie. Je me suis alors plié à leur exigence. Tous les deux avec leur torche, ont scruté mon anus. Pourquoi ? Eux seuls peuvent le dire.

«C'est comme ça en Suisse»
Après leur forfaiture, ils m’ont demandé de remettre mes habits. Ils m’ont remis aussi tout ce qu’ils m’avaient pris. J’ai trouvé bizarre que ce soit après toute cette barbarie incompréhensible, que l’un des policiers m’a posé la question de savoir ce que je cherchais en ville. Je suis moi-même surpris de lui avoir répondu y être venu faire des achats. N’ai-je pas le droit de venir dans la ville d’Olten ? Probablement satisfaits de leur acte salissant, ils me remirent le porte-monnaie, le sac, le natel et le permis, sans me faire signer aucun procès-verbal. A la fin, j’ai reposé la même question au policier qui parlait français: «Que me reprochez-vous au juste ?» Voici sa réponse: «C’est comme ça en Suisse, c’est la Suisse».

Kossi Sessi Ganyo Kodzo

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