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Le Courrier | L’asile raconté de l’intérieur

En ligne depuis le 25 avril 2015

Demandeur d’asile en Suisse, Olivier Bossa livre avec «Journal d’un exilé» un éclairage nouveau sur le quotidien des requérants. Rencontre.

Article de Mohamed Musadak, publié dans Le Courrier, le 25 avril 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

C’est un homme pressé qui est arrivé dans les locaux du Courrier. Olivier Bossa, demandeur d’asile togolais, annonce d’emblée qu’il a «beaucoup de choses» à dire. Son histoire, il l’a d’ailleurs déjà racontée dans son Journal d’un exilé, un livre autoédité en mars et basé sur son carnet personnel. Vendu à plus de 120 exemplaires, l’ouvrage consigne chaque étape du parcours migratoire qui l’a conduit en Suisse. De son départ en catastrophe du Togo à une cellule de Frambois, en passant par la tentation des trafics illicites et les entrailles du système administratif. Un récit déconcertant de franchise, antagoniste entre découragement, colère et espoir. Aujourd’hui débouté, dans l’attente qu’une délégation officielle du Togo l’identifie afin de procéder à son renvoi, Olivier Bossa livre au Courrier quelques aspects de son livre.

Ne pas céder à la haine et au désespoir

«Enfermés à Frambois, menottés pour les moindres déplacements, nous passions nos journées à ressasser notre haine contre ce système qui nous mettait en prison sans que nous n’ayons commis le moindre crime. Nous fomentions à longueur de journée des vengeances contre les ‘Blancs’, que nous irions commettre après notre renvoi en Afrique, raconte, amer, Olivier Bossa. Puis les attaques contre Charlie Hebdo ont eu lieu, ça m’a fait un électrochoc. J’étais écoeuré, je ne voulais plus céder à la haine.» C’est à ce moment qu’il décide de partager son journal. «Je me suis rendu compte que nous étions tous des Coulibaly en puissance…»

Pour le jeune Togolais, il était nécessaire de dire au ‘peuple suisse’ «qu’il détruit des hommes, les transforme en monstres et les renvoie chez eux.» Il fait part de son envie aux bénévoles de l’Agora (l’Aumônerie œcuménique auprès des requérants d’asile) qui l’orientent vers l’atelier d’écriture du Groupe des aînés de Carouge. Cocasse: «Que peut bien faire ce jeune homme noir au milieu de toutes ces dames âgées?», se demande, en préface du journal, Gerda Ferrari, une membre du groupe qui a appuyé son projet.

Un récit honnête

Rédigé au jour le jour, son journal n’esquive aucun sujet: les sommes payées au passeur, la corruption, les faux papiers pour arriver en Europe, tout est abordé sans pudeur. «Je n’ai rien à cacher», affirme Olivier. Il détaille son quotidien, parfois avec amertume, parfois avec philosophie, comme le respect qu’il a pour les policiers «qui ne font que suivre les procédures». Avec méfiance aussi. Les «dames de l’Agora» sont-elles de mèche avec les autorités? Pourquoi le premier contact avec les bénévoles de la Croix-Rouge consiste-t-il en une diffusion d’un film sur les vols spéciaux? «Les rumeurs vont bon train dès l’arrivée à l’aéroport. Nous n’étions jamais sûrs de rien et toutes les hypothèses paraissaient donc plausibles», se remémore le jeune homme.

Aucune chance dès le départ

«Dès la première audition, le piège se referme sur toi, affirme Olivier. Mais ça, tu ne le sais pas tout de suite.» Pour lui, l’absence d’assistance juridique lors de la première audition avec les fonctionnaires du Secrétariat d’Etat aux migrations est presque synonyme de condamnation. «On te sourit, on fait semblant de compatir et on t’interroge sur des sujets lointains, à la recherche de la moindre contradiction. Au bout d’une journée d’interrogatoire, on te fait signer un papier qui se veut être le procès-verbal exhaustif des discussions», explique-t-il. «La différence est flagrante lorsqu’une aide juridique est là par la suite, capable de faire remarquer les nombreuses omissions des procès-verbaux. Mais le mal est fait, quelle utilité de faire le médecin après coup?»
Au fil du récit, le protagoniste cède à la dépression, tente de résister et sonde inlassablement les chemins qui mènent tous vers une voie sans issue. «J’étais par moment tellement désespéré que lorsque j’ai fait le test du VIH et qu’il s’est révélé négatif, j’étais déçu. A Frambois, on imaginait que tomber malade donnait le droit de rester…»

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